L__île_Maurice_avril_1966

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A l’heure où La Nouvelle Calédonie se pose la question de son indépendance un article de 1966 sur le cas de l’île Maurice m’incite à la réflexion. Rappelons que l’île Maurice avec ses 2000 km2 est un pays minuscule deux fois plus petit que mon cher Tarn-et-Garonne et encore plus petit que la Corse (8600 km2).

En 1966 deux ans avant son indépendance un article du Monde diplomatique plutôt que de se pencher sur les atouts de l’île a préféré pointer les faiblesses.

1 ) La démographie

«Sur cette île minuscule s’entassent plus de 750 000 habitants, dont le taux d’accroissement démographique dépasse 3 % par an. A ce rythme les Mauriciens seront presque 3 millions à la fin du siècle.»

Aujourd’hui il y a 1 200 000 habitants nous sommes donc loin des 3 millions annoncés pour l’an 2000. Cette erreur est classique chez les démographes qui produisent des courbes en oubliant qu’avec le développement le taux de natalité baisse. Mais encore fallait-il imaginer que le pays pouvait se développer !

2 ) Le développement économique

«Aucun pays au monde n’est autant tributaire que l’île Maurice des exportations d’un produit unique. Le sucre et ses dérivés représentent en effet 99 % du total des exportations et plus du tiers du revenu national de la colonie.» La production de sucre évoluant elle pouvait quitter l’île et aggraver la situation. Là aussi le constat est juste si on n’imagine pas que ce pays puisse créer d’autres modes de développement !

3 ) Le constat ethnique, social et religieux de l’île est également très juste et cette fois sans rien pronostiquer mais le lecteur peut craindre qu’une société aussi contrastée ne devienne fortement conflictuelle sans la tutelle britannique.

4 ) Oui, sur le papier l’île Maurice n’a rien pour elle pour être indépendante. Pas de matière première, pas d’industrie, une agriculture en perte de vitesse. Et pourtant, cinquante ans après c’est un pays, qui pour la région, est fortement développé. Par quel mystère ?

5 ) Le chapitre sur les partis politiques est également très intéressant. De quatre, ils sont passés à trois et leur côté pluri-ethnique et pluri-religieux permet d’éviter un communautarisme excessif. En 2018 le débat sur le système électoral reste vif, tout comme celui sur la corruption. En réalité le pays est un mixage du système anglais et du système français ce qui a permis un développement surprenant de l’île avec le tourisme comme force économique nouvelle mais une force entre les mains des Mauriciens comme le démontre la compagnie d’aviation Air Mauritius.

J-P Damaggio

P.S. Dans ce pays où la langue officielle est l’anglais la presse est le plus souvent en français comme l’historique Express. (le dessin est issu de ce journal)