Plus_à_droite_tu_meurs_Clouscard

En 1986, à sa naissance, la Revue M s’est présentée par son premier numéro, comme une revue voulant relancer la gauche. Issue de franges contestataires du PCF, comme ça sera le cas en permanence y compris pour les franges issues du PS, la critique sera toujours une critique sur la forme prise par la gauche, non sur le fond de sa fonction dans le capitalisme des temps nouveaux.

Nous aurons la Nouvelle Gauche, la Gauche alternative, la Gauche progressiste, la Gauche démocrate, l’Autre Gauche, la Gauche écolo etc.

 Pour Michel Clouscard le face à face droite-gauche était déjà mort politiquement, et il a donc pris la plume pour le dire. Son article a été publié avec quelques mots du directeur de la revue Gilbert Wasserman, qui dix ans après soutiendra le PS de Jospin, où il invite les lecteurs à poursuivre le débat. Ceci étant Michel Clouscard ne sera plus invité et ses livres ne seront plus mentionnés.

 Depuis, la question a été un serpent de mer et Mélenchon a tranché : laissons ce débat derrière nous. Mais il l’a fait pour de mauvaises raisons : Hollande aurait dénaturé la gauche ce qui est lui faire un grand honneur. Est-ce qu’une fois Hollande oublié nous allons en revenir à la figure d’avant, avec une France insoumise devenant une force de gauche ? C’est ce qui semble se préparer dès les élections européennes.

 Si Clouscard n’a pas attendu pour rejeter la référence à la gauche, c’est pour les raisons de fond qu’il résume dans l’article et avec lesquelles j’ai été d’accord dès ce moment-là. Pourtant j’ai contribué en 1992 à la naissance d’un mouvement politique local nommé : Gauche 92. Pour moi la référence à 1792 permettait d’échapper, par la république, au débat droite/gauche de 1992 que Les Verts de l’époque refusaient tout comme le Front National. Ces deux mouvements se sont développés dans la foulée de 1986 et ont réussi à se maintenir à travers leurs nombreuses évolutions car, dans leurs références, le refus du débat droite/gauche a pu rencontrer un écho chez les militants et électeurs.

 Dépasser le clivage droite/gauche c’est évoquer un clivage de sommet car à la base il existe toujours des engagements de gauche (je me considère comme quelqu’un de gauche) qui cependant doivent chercher à s’inclure dans un autre clivage du genre soumission/émancipation, égoïsme/solidarité etc.

 La grande agitation des années 80 constitue un tournant de l’histoire politique de la France puisque depuis les débuts du XXème siècle qui ont vu la constitution des partis radicaux, socialistes, communistes, le pays ne s’était familiarisé avec aucun nouveau courant. Bien sûr, l’extrême-droite avait des ancêtres mais sans réelle force sauf pendant la période 1934-1944.

 En 1986, Juquin aurait pu être le porteur d’un équivalent de la France insoumise mais il était sous la pression de chapelles diverses, allant de la LCR au PSU en passant par les Rénovateurs communistes ; il n’a pas su les transcender en institutionnalisant dès le départ des comités locaux indépendants de l’élection présidentielle (en Tarn-et-Garonne le comité Juquin représentait 120 personnes). La crainte de Mélenchon est la même : comment tenir ensemble des courants parfois contradictoires ?

La seule solution est d’en revenir à l’analyse minutieuse de la société que l’on veut révolutionner. Ce que faisait Clouscard dès 1986… J-P Damaggio