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Ah ! la victoire ! Toi, Raoul Verfeuil qui fut un pacifiste pendant toute la guerre toi qui a crié : « Jaurès, ils t'ont assassiné pour envoyer ton fils à la guerre et l’y faire mourir ! Jaurès, tu étais la France que j'ai aimée quand j'aimais encore mon pays celui qui leva si haut le drapeau de la démocratie. Puis la guerre est venue.» Oui, Raoul, du premier au dernier jour tu as été avec les pacifistes, et quand l’heure de la victoire a enflammé les esprits cocardiers, tu as inventé la formule qui a brisé le consensus. Tu as parlé du «boulet de la victoire» ce boulet qui comme un boomerang est venu en 1940 atterrir dans le wagon de l’armistice. Hitler a eu sa revanche. En 1919, on la lui avait offerte !

 Encore à ta mort, Verfeuil, L.O. Frossard rappelle dans Le Midi Socialiste du 3 novembre 1927 :

« Un jour, dans un congrès, à la veille des élections bleu horizon de 1919, il eut un mot qui lui valut une notoriété que nos candidats jugèrent fâcheuse : il parla du «boulet de la Victoire ». Quelle tempête dans les encriers du Bloc National ! Je ne suis pas sûr que ses amis ne lui reprochèrent point avec une affectueuse sévérité, cette audace oratoire. L'avons-nous assez traîné depuis dix ans bientôt, le «boulet» du pauvre Verfeuil ! »

 Encore à ta mort, Verfeuil, La Nouvelle revue socialiste n°20 1927, sous la plume de Jean Longuet écrira presque la même chose :

« Souvent nous aimions à le taquiner — affectueusement — en l'appelant le « Doukhobore » Verfeuil, tellement son état d'âme s'apparentait à celui des mystiques disciples de Tolstoï. On se souvient de sa formule caractéristique — et qui fut tellement exploitée par la réaction du bloc nationaliste — du «boulet de la victoire» que traînait la France de 1919.»

 Encore à ta mort, Verfeuil, Eugène Montsarrat sur ta tombe, dans un texte repris par Le Républicain dira :

« Par son action, le Parti écoute sa voix ; il devient majorité, il prend le secrétariat du parti de la Seine où il donne une nouvelle vie au socialisme. Dans un discours retentissant, il lance la fameuse phrase si prophétique "du Boulet de la Victoire". Toute la presse bourgeoise s'élève contre lui et ici à Montauban on chercha dans cette circonstance à effleurer sont honnêteté par la médisance. Nul mieux que moi n'a pénétré toute la beauté de cet homme dans l'indignation qu'il ressentait de se voir ainsi outragé.»

 Aujourd’hui en ce mois de novembre 2018 qui osera dire que les autorités françaises ne surent pas négocier la victoire qu’il fallait faire payer aux Allemands. Exemple typique de décision de nationalistes qui portèrent un coup fatal à la nation française ! Car comme le notera Henri Lefebvre en 1936 il n’y a pas pire ennemi des nations que les nationalistes ! Mais qui pouvait te comprendre cher Raoul Verfeuil ? Tu as écrit un roman pour dire ce que Longuet appelle «ton état d’âme», L’Apostolat. Je l’ai réédité mais sans succès. Heureusement avec un ami on su retrouver ta tombe à Montauban. J’irai la fleurir de rouge le 11 novembre. JP Damaggio