Chapitre_de_l_apostolat_pour_l_armistice

Ce matin en me levant je ne pensais pas mettre sur le blog ce chapitre du roman L’Apostolat de Raoul Verfeuil mais le cirque du président Macron me laisse sans voix ! Alors j’ai eu envie d’en revenir à l’histoire. Je sais, c’est par l’intermédiaire d’un roman mais le roman, sous les noms maquillés, raconte une atmosphère dont il faut se souvenir, une atmosphère aux pires contradictions, pour les socialistes pacifistes comme lui, les socialistes minoritaires, qui trois semaines avant, on enfin pris la tête du Parti socialiste. 

Voilà le tournant de l’histoire quand Clémenceau s'exprile à la tribune de l'Assemblée :

« Mais Clemenceau continue la lecture des conditions.

Lentement, il énumère toutes les clauses. Plus elles sont dures, plus elles sont inexorables, plus les acclamations qui les accueillent sont chaleureuses et bruyantes. A chaque instant, mus comme par un ressort, les députés se lèvent et applaudissent. Lorsque se lecture finie, Clemenceau salue solennellement, au nom de la France une et indivisible, l'Alsace et la Lorraine retrouvées, c'est de la frénésie. Sous le ressort invisible qui se déclenche, la Chambre tout entière est debout et hurle démoniaquement.

Lorsque Clemenceau, élevant les bras, s'écrie :

« Honneur à nos grands morts qui nous ont fait cette victoire », c'est de la démence pure.

Lorsqu’enfin il évoque le retour des soldats passant sous l'Arc de Triomphe, il semble que tout va crouler et s'abolir. Une triple salve d'applaudissements éclate, et députés, journalistes et public confondus dans la même admiration, le même délire et la même duperie l'accompagnent jusqu’à son banc de leurs vivats éperdus.

Jamais homme d'Etat ne connut pareil triomphe.

Courtès et Pollaure avaient écouté, envahis d’amertume et de tristesse, la lecture des conditions d’armistice. C'était ça la paix du Droit ? Jamais vainqueur n'avait imposé à un vaincu humiliation si outrageante et volontés si draconiennes ; jamais vainqueur n'avait parlé à un vaincu avec une telle brutalité et un tel cynisme

— Armistice de Brennus, dit Pollaure.

— Nous n'avons plus qu'à nous faire naturaliser Allemands, ajouta Courtès, mi-sérieux, mi plaisant, à la grande indignation des journalistes bourgeois qui voulaient le conduire à la questure et déposer contre lui une plainte.

Mais la séance continuait et M. Deschanel prononçait un discours grandiloquent qui, plusieurs fois, fit aussi se lever la Chambre, de ce même mouvement automatique qui dressait les députés à leurs pupitres et les faisaient, aussitôt après, se rasseoir, tels des pantins mécaniques de choix et de prix.

Et l'on entendit le citoyen Albert Thomas demander que deux représentants de l'Alsace-Lorraine au Reichstag, qui étaient présents dans une tribune et dont l'un avait, avant la guerre, flagorné bassement le Kaiser, eussent les honneurs de la séance.

La Chambre, encore une fois, se leva et se tournant vers les deux parlementaires alsaciens-lorrains qui saluaient de la tête, elle leur fit une longue ovation.

Puis l'on suspendit la séance cependant que les députés entonnaient la Marseillaise, reprise en chœur par les journalistes et le public.

— Je vais mettre en manchette : “Le jour de gloire », dit le rédacteur en chef du Petit Lutéçois.

— Une gloire qui coûte cher, observa Pollaure.

— Allons-nous-en ! fit Courtès, qui étouffait. Laissons-les à leur stupre. Ils l'ont enfin, leur victoire. Puisse la France ne pas en mourir ! »

 La France allait en mourir en juin 1940 mais personne ne le savait.JPD