georges dumas

Après ses exploits au théâtre et avant de se lancer dans l’écriture de ses grands romans, Alexandre décide d’écrire Georges.

En 1843, le mulâtre Dumas a-t-il besoin de se glorifier en usant du cas du mulâtre Georges ? Pourquoi seulement un prénom sans le nom de Munier ? Parce que pour un mulâtre qu’importe le nom ? Et pourquoi ce choix de l’Ile Maurice ?[1] Pour prendre une distance par rapport à sa biographie qui aurait pu le pousser vers Saint-Domingue ? Ou parce que l’esclavage y avait été totalement aboli en 1839 (les Britanniques l’abolirent en 1807 mais il continua clandestinement) alors que pour les colonies françaises, il faudra attendre 1848 ?

Soyons clair, le livre ne se préoccupe pas des cocotiers mais bien des rapports de classe afin de combattre un préjugé : l’état de double infériorité dans lequel est maintenu un mulâtre qui pourtant a réussi socialement ! Double infériorité car il y a celle venant de la classe dominante et celle acceptée par la classe dominée ! Dès le départ le lecteur est prié de n’en oublier aucune des deux !

Dumas a-t-il été victime de ce préjugé ? A-t-il eu à souffrir du mépris qu’imposait un seul cheveu crépu ?

Personne ne peut vraiment répondre car Dumas était un homme de combat et non une victime prête à pleurer sur son sort.

Mais attention le roman ne porte pas le nom de Jacques, le frère de Georges, car si la couleur de peau ne peut justifier une injustice, elle ne peut pour autant tout justifier !

Dès le début une négresse a la parole : « Mo sellave mo faire ça que vous vié » («je suis esclave je ferai ce que vous voulez ») ou en petit nègre : « Moi esclave, moi, faire ce que vous voulez». Nous sommes alors en 1810 date de début du roman.

Dans le rapport de forces Dumas distingue trois cas de figure : le nègre, le mulâtre, le blanc. Pour le nègre, le mulâtre est du côté des blancs (il a ses propres esclaves), pour le blanc, le mulâtre est du côté des nègres, il en a les traits. Dumas est du côté des mulâtres, pas du côté de l’abolition de l’esclavage en pensant peut-être que si les mulâtres s’imposent comme citoyens, alors ça sera ensuite au tour des nègres (j’emploie nègre pour en rester au langage de l’époque).

"— Mes amis, je suis touché de la bienvenue que vous me faites, et plus encore du bonheur qui brille ici sur tous les visages : mon père vous rend heureux, je le sais, et je l'en remercie ; car c'est mon devoir comme le sien de faire le bonheur de ceux qui m'obéiront, je l'espère, aussi religieusement qu'ils lui obéissent. Vous êtes trois cents ici, et vous n'avez que quatre-vingt-dix cases ; mon père désire que vous en bâtissiez soixante autres, une pour deux ; chaque case aura un petit jardin, il sera permis à chacun d'y planter du tabac, des giromons, des patates, et d'y élever un cochon avec des poules ; ceux qui voudront faire argent de tout cela l'iront vendre le dimanche à Port-Louis, et disposeront à leur volonté du produit de la vente. Si un vol est commis, il y aura une sévère punition pour celui qui aura volé son frère ; si quelqu'un est injustement battu par le commandeur, qu'il prouve que le châtiment n'était pas mérité, et il lui sera fait justice : je ne prévois pas le cas où vous vous ferez marrons, car vous êtes et vous serez, je l'espère, trop heureux pour songer jamais à nous quitter."

C'était en 1824. J-P Damaggio



[1] Parce qu’il a trouvé une bonne poire qui lu a donné un manuscrit plus ou moins complet. Voir message suivant.