1 ) De l’impôt

Il n’y a d’Etat que par ses recettes. Il n’y a de recettes que par les impôts. Il n’y a d’impôt que direct ou indirect. Du temps où gauche et droite s’identifiaient, l’une prenait aux pauvres pour distribuer aux riches, et l’autre prenait aux riches pour distribuer aux pauvres. Donc l’une était du côté de l’impôt direct, et l’autre du côté de l’impôt indirect. Je n’ai jamais su s’il existait un livre évoquant le combat héroïque de Jaurès pour imposer (c’est le cas de l’écrire) l’impôt sur le revenu.

Dans ce combat général pour le renforcement de l’Etat il y avait eu auparavant le renforcement des communes par les mêmes moyens.

2 ) De la TVA

Quand de Gaulle inventa la T.V.A. le PCF lança une grande campagne pour s’y opposer : « TVA=Tout Va Augmenter », ce à quoi il lui a été répondu que non car le taux était si bas que la taxe servirait seulement à rogner les marges des vendeurs.

Ceci étant, ensuite, on n’a jamais vu la gauche baisser le taux de TVA mais au contraire créer de nouvelles taxes pour deux raisons très simples : la droite a imposé «la baisse de l’impôt» (sur le revenu), et la taxe est si indolore !

3 ) De l’écologie

Une fois admis que la taxe c’est augmenter les prix, il a été considéré que cette augmentation avait de bonnes raisons. Vous payez des taxes non plus pour augmenter les recettes de l’Etat mais pour votre bien ! La taxe sur les cigarettes est le modèle du genre, une cigarette dont autrefois l’Etat fut le promoteur, comme il est le promoteur de la vitesse tout en imposant sa limitation sur les routes où, pour votre bien, vous payez des taxes amendes.

Bref, le grand écolo Sarkozy inventa l’éco-taxe par une négociation oubliée : les transporteurs routiers pouvaient augmenter le tonnage des camions, répercuter la taxe sur l’acheteur des produits, et bénéficier de carburant… détaxé ! N’est-ce pas d’autant plus génial que le jour où les transporteurs ont bloqué l’éco-taxe par une révolte bretonne, ils ont conservé les avantages acquis… l’Etat se contentant de compenser sa perte sèche par 3 centimes de plus à la pompe (merci Ségolène).

4 ) La voiture, le sel de l’histoire

Je n’ai jamais douté que la TIPP n’est rien d’autre que la gabelle de triste mémoire, la TIPP s’ajoutant bien sûr à la TVA. Les écolos l’ont dit dès les années 70 : augmenter le prix des carburants c’est diminuer la pollution si néfaste à nos santés. Toujours la taxe bénéfique suivant le principe vieux comme le monde : les victimes sont les coupables. Car les pollueurs c’est nous ! Battons notre coulpe et n’oublions pas d’éteindre le robinet d’eau en nous lavant les dents ! Or le gaspilleur en tout genre c’est un système, où le gaspillage est devenu le moteur économique, et où les compagnies pétrolières en sont devenues les garants. Il a un nom : capitalisme de consommation.

5 ) Les gilets jaunes

Le grand blocage est pour un samedi, jour où les gros camions sont au garage et en effet les transporteurs routiers sont peu friands de cette agitation. Pas plus que les agriculteurs appelés à la rescousse qui savent si bien faire plier les autorités pour la défense de leurs intérêts. Mais eux aussi bénéficient de carburant détaxé…

Le grand blocage n’a le soutien clair d’aucun parti politique qui n’osent rien dire contre des taxes qu’ils soutiennent, même si l’extrême-droite sait en parole dénoncer la voiture comme vache à lait de l’Etat.

Le grand blocage irrite les écolos qui voient dans les taxes la clef de la transition écologique quand elles n’en sont que le tombeau ! Et si la revendication est populaire c’est bien la preuve qu’il faut changer de peuple ! Ou changer le peuple pour les plus réalistes ! Comme pour les bonnets rouges, on sort l’argument frappant, c’est une jacquerie, alors que comme je viens de le montrer, les conditions sont bien différentes. Il ne s’agit plus de défendre les intérêts des transporteurs routiers !

Les gilets jaunes font donc désordre, au moment où Macron dans un geste généreux annonce la fin de la taxe d’habitation comme d’autres avant lui en avaient fini avec la taxe professionnelle. Car au bout de cette histoire, l’Etat veut en finir avec une taxe injuste (pour le moment plus en paroles qu’en actes) au nom de taxes justes ! Les taxes locales se sont complétées de parts nouvelles : départementales, régionales et à présent intercommunales et ont donc multiplié par trois leur injustice fondée sur un besoin majeur, l’habitation. Le besoin de la voiture n’étant pas moindre aujourd'hui, et beaucoup plus rémunérateur, alors vive la TIPP et donc vive les gilets jaunes qui osent dire NON. Sauf que comme pour l’éco-taxe, si la TIPP n’augmente pas, alors les pouvoirs trouveront une autre porte de sortie, mais si le peuple arrive à s’imposer par des canaux incontrôlables, alors la porte de sortie pourrait finir par être une sortie générale à longue échéance.

J-P Damaggio