Quand débuta la Révolution de 1848, Félicien Mallefille fut envoyé par les autorités au Château de Versailles pour le mettre hors de portée des pillards. Ce n’est pas qu’il ait eu une formation militaire puisqu’il était «hommes de lettres», mais sa force physique pouvait en imposer.

C’est donc à Versailles qu’il a obtenu de la société populaire le soutien à sa candidature à l’Assemblée constituante. Il appartenait à la branche modérée de la Révolution, mais à la branche sincère.

En juillet 1848, il est envoyé en mission auprès de la Reine du Portugal.

Quand, à sa mort, Alexandre Dumas trace son portrait il écrit à ce sujet :

«Aussi, lorsque vint la Révolution, je regrettai de le voir fait ministre plénipotentiaire près d'une femme, au lieu de lui voir endosser l'habit aux larges revers des représentants du peuple en mission. C'était l'homme comme il convenait d'en envoyer dans ces chaudes provinces du midi, âpres à l'émeute et qui ont besoin d'être contenues à la fois par l'aspect et le caractère de ceux qui leur commandent. Mallefille fut du reste en Portugal ce qu'il avait toujours été : l'homme intelligent et droit. Diplomate sévère, n'admettant d'autre tromperie que la vérité, cette chose si inconnue en diplomatie.»

En passanrt, notons l'image que Dumas se fait du Midi...

 Le Courrier de Versailles où il a des amis écrit le 31 juillet 1848 :

« M. Félicien Mallefille, vient de recevoir du Gouvernement, une mission diplomatique qui a pour but la solution des différends de la République Argentine et de Montevideo. --C'est une grande et difficile lâche que nous sommes heureux de voir confiée à M. Mallefille, il en est digne par son caractère et son talent.»

 Félicien Mallefille connaissait parfaitement l’Espagne, le Portugal et même l’Argentine. Natif de l’ile Maurice, fils d’un marin il avait voyagé partout. Ne souhaitant rien demander à la République, il perdit sa fortune dans cette mission quand d’autres en auraient profité pour s’enrichir.

 Puis vient le coup d’Etat de 1851 et son ami Firmin Gaillard évoque ce tournant historique de la France après la chute de l’Empire en 1873 dans la Revue politique :

«Le coup d'État du 2 décembre 1851 a produit sur la société française l'effet d'une gelée d'avril sur les vergers en fleurs ; il a desséché toute une génération. Il n'y a pas aujourd'hui un homme de cœur qui n'ait conservé un souvenir poignant de cette froide matinée ou tout un peuple qui s'était endormi libre fut surpris de se réveiller esclave. Le silence succédant tout à coup au tumulte de la liberté, la presse servile, la loi bâillonnée, plus d'essor, plus d'avenir pour la jeunesse ; toutes les voies fermées, hors celles de la servitude.»

 J’ai trouvé ce résumé bien imagé. Si le peuple de Paris, après une tuerie sans nom, a été bâillonné en deux jours, comme toujours les insurgés de la Province sont oubliés. Il y aura donc les intellectuels qui seront éteints, et des dizaines de milliers de gens du peuple qui seront déportés. Pierre Dupont en oubliera ses chansons et Félicien Malleville, quand, pour soigner l’image du pouvoir, on lui proposera la Légion d’honneur en 1867, juste avant sa mort, il la refusera avec l’élégance classique qui était la sienne. Il m’arriva d’écrire un livre sur cette dictature à la française, pour célébrer des insurgés doublement oubliés. Par ceux qui firent (et font encore) la promotion du Second empire, et ceux qui s’en sont tenus pour le dénoncer, à dénoncer Napoléon III. J-P Damaggio