Est-ce parce que le bonnet était rouge que le NPA a soutenu les bonnets rouges et est-ce parce que les gilets sont jaunes qu’il ne les soutient pas, si on s’en tient à leur déclaration du 31 octobre ?

Laissons les plaisanteries pour réfléchir sérieusement.

1 ) La NPA reconnaît totalement le bienfondé de la revendication.

2 ) Mais «la mobilisation est surtout porteuse d’une vieille revendication du patronat routier.» Ce qui était vrai pour les bonnets rouges est plutôt faux aujourd’hui : le patronat routier a obtenu de répercuter sur sa marchandise toute augmentation du prix des carburants ! Mais il n’est pas impossible qu’il prenne le train en marche.

3 ) «A l’origine et en soutien à ces appels on retrouve la droite extrême et l’extrême-droite à la manœuvre. »Et est cité « Franck Buhler militant d’extrême-droite». Il est en fait du côté de Debout la France ! Sur ce point le NPA n’a pas tort : depuis longtemps ces courants là s’adressent aux automobilistes quand la gauche s’adresse aux salariés.

D’où la conclusion du communiqué :

« Tout cela il faudrait pouvoir le dire, touTES ensemble, dans la rue, par la grève, en bloquant le pays. Mais nous ne pourrons pas le dire le samedi 17 novembre dans des actions ou des rassemblements prétendument «citoyens» aux allures de foire poujadiste, dans lesquels nous nous retrouverions au côté des ennemis les plus farouches du mouvement ouvrier.»

4 ) Les ennemis du mouvement ouvrier seront donc dans la rue samedi ? Comme un certain jour de fin mai 1968, il arrive que la rue soit pour le système. Mais d’une part le mouvement ouvrier qui enchaîne défaites sur défaites, désyndicalisation sur désyndicalisation, me semble loin et d’autre part ses ennemis les plus farouches siègent plutôt dans les rédactions des grands journaux, dans les conseils d’administration, et au gouvernement. Contrairement à ceux qui pensent qu’il s’agit d’environ 5% de la population suivant le principe les élites contre le peuple, je pense qu’ils représentent environ 20% de la dite population car, y compris à gauche, le système sait se ménager des alliés divers.

Ou le NPA n’est pas conscient de l’ampleur de la colère ou il cache un certain mépris du peuple.

5 ) Le mot est lâché : le peuple. Le mouvement du 17 est significatif de l’avenir, je veux dire des luttes sociales de demain et là le peuple va se former. J’ai pu le vérifier au rassemblement de Castelsarrasin, c’est un France invisible qui a mis le gilet jaune. Habitué aux manifs depuis tant d’années j’ai constaté cette fracture entre la gauche de l’ancien monde absente, et ce mouvement sans référence de parti mais appelant à la dissolution de l’Assemblée nationale et à la démission de Macron.

6 ) Je ne sais ce que pense J-Cl Michéa de cette révolte mais elle est en filigramme dans toute son œuvre. Avec le danger d’une confusion avec les valeurs d’extrême-droite ? Le risque existe si on pense que les luttes de demain seront en continuité avec celles d’hier, qu’il fait en revenir aux luttes salariales etc. La phase nouvelle du capitalisme qui n’est pas seulement de son fait sera bloquée par une phase nouvelle de luttes sociales où les déclencheurs ne seront pas ceux attendus. Le tout c’est de reprendre confiance dans la capacité à se mobiliser et pas à se mobiliser pour se mobiliser mais bien pour gagner. Sui pouvait penser qu’un incident dans un petit village de Tunisie mettrait fin à une dictature très puissante en Tunisie. Oui, mais pour quel résultat va-t-on me répondre ? Comme si la voie vers un autre monde pouvait-être simple, directe et glorieuse à chaque étape ! J-P Damaggio