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Un gilet jaune de Montauban m’a communiqué son ressenti dont je reprends quelques éléments :

« Des gens de tout âge avec une bonne représentation des retraités, des jeunes aussi (beaucoup de femmes). Le moteur c’est la précarité mais aussi (là j’ai été surpris) c’est la haine de Macron. Certains maintenant – mais ils le disent c’est important- avouent ne pas être allé voter. L’ennemi du mouvement c’est l’automobiliste irascible voire haineux qui fait n’importe quoi. L’ennemi de l’organisation c’est le manque de coordination, bien souvent l’improvisation. Je suis aussi surpris du comportement féminin très déterminé et super courageux (les jeunes font mon admiration mais je suis d’une génération peu habituée à cette posture) ; j’ai oublié le déterminisme général du refus des politiques et des syndicats, là il n’y a pas photo, même si dans les discussions en off on peut deviner les teintes.

J’ai été témoin du déblocage par les CRS de la rocade Nord ; il nous a été difficile de maintenir les plus fougueux pour éviter l’affrontement direct, ce qui nous a valu quelques bouffées de fumigènes. Le nombre de participants ne faiblit pas ; les actifs qui travaillent  jonglent avec les horaires et bon an mal an, le cap est maintenu. Il nous faut aussi réinventer des actions.»

Le 21 sur Castelsarrasin le blocage a été maintenu mais avec des évolutions. La veille les automobilistes sur l’autoroute, peu attentifs aux consignes sur les portiques, ont pu se laisser surprendre car il était impossible de sortir à Castelsarrasin et Valence (Vinci a empêché la sortie pour éviter la gratuité) donc ils se devaient d’aller à Agen ou Montauban suivant le sens de circulation ! Le 22 les forces de l’ordre ont « libéré les péages » et de plus les CRS sont intervenus pour empêcher tout blocage total. J-P Damaggio

P.S. Photo Alain Fourlenti devant la COMAI à Castelsarrasin le 17.

 

Voici La Dépêche du 22/11/2018

Pas d'avancées, mais des Gilets jaunes toujours mobilisés en Tarn-et-Garonne

Pour la cinquième journée consécutive, les Gilets jaunes se sont mobilisés dans tout le département. Ils ont multiplié des barrages filtrants hier, mais plus aucun blocage total n'a lieu.

«La fatigue commence à arriver», confesse un Gilet jaune sur le rond-point de Montauban, hier en milieu d'après-midi. Pourtant, malgré le froid, une centaine d'irréductibles occupe toujours le rond-point d'Aussonne, où ils assurent des barrages filtrants. «Tout se passe bien, on essaie de se relayer pour que chacun puisse aller se reposer un peu. Le plus important, c'est que tout reste calme», explique un homme d'une cinquantaine d'années présent sur les bords du rond-point du nord de Montauban.

Pour amplifier le mouvement hier après-midi, des grappes d'une trentaine de manifestants se sont déplacées sur d'autres giratoires pour des barrages sporadiques ; sur le rond-point du magasin Leclerc d'Aussonne notamment. Créant une belle pagaille aux alentours de 14 heures.

Mais à l'image des véhicules coincés dans ces barrages filtrants, rien n'avance véritablement. Aucune de leurs revendications n'est pour le moment entendue. Pire, une partie des automobilistes pourtant au départ solidaire du mouvement, commence à se lasser. D'autres leur lancent des «Bravo ! Il faut tenir !». De quoi leur redonner un peu de baume au cœur. Plus rares sont les coups de klaxons des poids-lourds.

Un constat qui se modifie au péage d'entrée sur la rocade de Montauban. Là, les véhicules qui arrivent de Caussade ou Cahors sourient en apercevant les Gilets jaunes postés à côté des barrières relevées. Ils ralentissent, s'arrêtent à leur niveau pour leur donner le fameux ticket. Pour cette fois, ce sera gratuit.

Les Gilets jaunes ne baissent pas les bras. Et préparent leur mobilisation pour la fin de semaine. Certains monteront à Paris samedi manifester. Les autres devraient assurer des actions localement. Et cela pourrait débuter dès vendredi, fameuse journée «Black friday» des grandes surfaces.

« C'est inadmissible que l'on nous empêche de manifester !, s'indigne Pascal Serrier, un Gilet jaune montalbanais. Les moyens policiers mis en place par la préfecture ne sont pas du tout adaptés à la situation que nous vivons. On veut faire passer ce mouvement populaire pour un mouvement populiste. Mais nous ne sommes d'aucun parti», répète à l'envi ce manifestant de la première heure. Il décrit les nombreuses forces de l'ordre lorsqu'avec des collègues habillés en jaune, ils ont voulu relever les barrières du péage de Bressols. Sans succès.

Plus au nord, sur le giratoire de la sortie n° 59 de l'A20 à Caussade, le ressentiment est le même. «Nous nous sommes retrouvés hier, alors que nous étions une trentaine, avec un convoi de 60 gendarmes ! C'était disproportionné, explique un homme d'une quarantaine d'années. Je les ai pris en photo et en vidéo : nous étions encerclés et nous ne pouvions rien faire. Nous ne sommes pas des zadistes !», lance-t-il.

Son ressentiment est partagé par un Gilet jaune de la cité du chapeau présent depuis samedi. «Lors de cette réunion, on nous a expliqué que l'on ne pouvait pas lever les barrières, pas faire de blocage complet, pas faire de barrage filtrant… On ne peut plus manifester si l'on ne reste pas sagement sur le rond-point !», se désole-t-il.

La dernière solution que les Gilets jaunes de Caussade emploient est l'opération escargot. Là, l'effet escompté se réalise. Une queue d'une vingtaine de véhicules, poids-lourds compris, sans représailles des forces de l'ordre. «Même si je conçois que nous pouvons embêter ceux qui travaillent, concède Pascal Serrier. Mais ce n'est plus possible pour nous de payer autant de taxes.»

Florent Duprat