michéa daziron

Il n’a pas souhaité préparer une intervention pour se limiter à répondre à des questions d’Alain Daziron avec qui il partage un certain nombre d’idées.

1 ) Le rapport entre démocratie formelle et démocratie réelle

Il s’inscrit dans l’histoire du capitalisme en partant de ce constat cher à Michel Clouscard : aujourd’hui tout est possible mais rien n’est permis.

Attention dit que rien n’est permis ce n’est pas mettre un équivalent avec les dictatures. Pour le dire autrement : le système capitaliste n’a jamais été du côté de la démocratie ; mais depuis Hitler, il ne faut pas négliger les libertés issues des droits de l’homme.

Le capitalisme préfère à la démocratie le système représentatif cher à Montesquieu. Le peuple étant incapable de se gérer lui-même mais il peut cependant dans sa sagesse élire ceux qui vont gérer.

En France la tradition républicaine a donné une forme particulière à la tradition libérale qu’il faut prendre en compte.

La démocratie c’est autre chose. Mais le peuple c’est comme les femmes : soumis aux émotions, peu fiable etc. donc il a besoin de représentants.

Ceci étant, l’évolution du capitalisme fait que, même ce recours à la représentativité prend l’eau. Le soir de l’élection les majorités sont prises entre deux feux : d’un côté les électeurs et de l’autre les créanciers. Tous les pays sont endettés à un point tel qu’il est même devenu impossible de rembourser la dette ! Ce qui fait que même le suffrage universel qui a été toléré par le capitalisme, l’est de moins en moins, le peuple étant amené de plus en plus à « mal voter »…

A la place on a même des tribunaux d’arbitrage dans tout l’édifice judiciaire (Michéa n’a pas renvoyé à ses livres mais le dernier évoque toute la question du droit).

 

2 ) Le populisme

Michéa a souvent fait référence à son passé de communiste et en particulier au prix populiste qui existait autrefois[1].

Pour comprendre le populisme il faut commencer par la Russie de la fin du XIXème siècle car le populisme est venu de la gauche.

D’un côté Marx le génial analyste du système capitaliste mais limité par la croyance, en son temps, au sens de l’histoire, qui s’appelait le Progrès. Par exemple, tout allait devenir inévitablement plus grand. Les populistes mettaient en cause ce progrès automatique.

Aux USA il y a eu aussi l’USA People Party.

En fait Michéa pense que la gauche s’est fait piéger par la formule « du passé faisons table rase » car ça c’est le but même du capitalisme.

Il rappelle les limites du fameux slogan de 68 : « cours camarade, le vieux monde est derrière toi » ; il avait envie de dire « ralentis camarade vu le futur qu’il y a devant nous ».

Tout comme le slogan : « Tout ce qui bouge est rouge » au moment où le capitalisme était en mesure de TOUT faire bouger !

Au sein du peuple tout n’est pas à jeter.

 

3 ) Orwell et la commun decency

Orwell a fait la guerre d’Espagne et en Catalogne il a trouvé un membre de la Guépeou qui lui a expliqué que sur le front d’Aragon les anarchistes passaient avec les franquistes. Orwell est donc l’homme qui a combattu le stalinisme sans tomber dans les bras du capitalisme.

Dans la foulée Michéa cite Camus, l’importance de la classe moyenne, et du café populaire. Contre le thème du Parti ouvrier, les populistes voyaient mieux les alliances avec la dite classe moyenne.

La décence commune nous renvoie à la question précédente : il existe dans le peuple des énergies révolutionnaires «de bon sens». Pas besoin d’un diplôme pour saisir l’indécence quand Darmalin dit qu’au restaurant il ne peut pas se payer du vin quand le repas lui coûte 200 euros. Le capitalisme a privatisé la décence. Mais le propos a été assez bref quand cette question est toute l’œuvre du chercheur !

 

4 ) Que dire du progrès

Au départ l’histoire c’était les blancs contre les bleus puis sont arrivés les rouges. L’histoire n’est jamais binaire d’où l’importance de la dialectique. Le futur n’est pas toujours le mieux mais, si aujourd’hui vous dîtes que c’était mieux avant, alors on va vous regarder avec étonnement. Dire que c’était mieux avant ne signifie pas que tout était mieux avant mais qu’il y avait des éléments qu’il ne fallait pas perdre. Vazquez Montalban a été victime d’une polémique pour avoir dit que c’était mieux avant… du temps de Franco alors qu’il voulait simplement dire que sous Franco, par exemple, la solidarité était plus facile.

Dans une société socialiste toute innovation ne serait pas bonne naturellement, mais suivant la réponse à la question : est-ce qu’on gagne ou pas, plus d’humanité ? Les écrans aujourd’hui c’est très bien mais n’abusons pas !

Il renvoie à Thomas Franck et ses deux livres : Pourquoi les pauvres votent à droite ? Pourquoi les riches votent à gauche ?

Il faut prendre en compte les vertus ordinaires des gens ordinaires comme nous y invitait Rousseau. Je case ici une idée chère à Michéa : il faut utiliser les philosophes des lumières (porteur de la société bourgeoise) contre les philosophes des lumières (car ils apportent tant d’où l’importance de Rousseau).

 

5 ) Question de Vincent Azoulay sur la situation autrichienne qui montre que le capitalisme peut réussir à bien s’en sortir. Là Michéa reprend une exposé qu’il a souvent fait sur la crise économique avec la dette colossale. Il en a peut-être étonné plus d’un quand il a évoqué de Gaulle qui a demandé qu’on paie en or les réserves en dollars de la banque de France, ce qui a conduit ensuite à séparer l’or et le dollar. Il a même rappelé que les USA ont fait tomber de Gaulle et les révélations des documents de la CIA ont confirmé qu’en mai 68 les USA étaient derrière les révoltés !

Bref, à présent le système est près de l’effondrement financier même si les USA qui ont la planche à billets seront les derniers à tomber.

Il citera Varoufakis[2] tout comme Christopher Lasch, David Harvey et son livre Lire le Capital rendant hommage à la clarté d’exposé des auteurs anglo-saxons.

Les idées de Michéa semblent si rares, unissant anarchie et conservatisme qu’on n’imagine pas le nombre d’auteurs qu’il cite, qu’il célèbre !

Il a rappelé son passage au PCF sous forme humoristique, je ne sais plus par quel biais mais je retiens ce fait connu : le militant critique qui est soutenu par un autre qui finalement devient celui qui conduit le procès ! Les blagues en réunion de cellule qui étaient de l’autodérision à la manière des blagues juives. Du côté nazi ce recours aux blagues était plus qu’improbable.

 

Il y a bien eu un débat mais d’autant plus bref que les réponses de Michéa étaient trop longues. Juste un point en conclusion. Michéa n’emploie pas le vocabulaire approprié quand il qualifie toujours de «parisiennes» les élites. D’où cette anecdote.

Avant le débat, devant moi, deux hommes que je connais bien, se sont croisés. Le premier chaleureux dit à l’autre : « Mais tu ne me reconnais pas ? ». L’autre cherche dans sa mémoire et c’est vrai il lui fallait remonter loin, répond : « Non, je ne vois pas ? » J’essaie d’avancer un indice. Mais rien à faire. « Nous étions dans la même promotion à l’Ecole normale !» L’un était resté attaché à ce souvenir et l’autre attaché à l’oublier pour mieux tenter d’être parmi l’élite ! Il se trouve justement que Michéa explique que l’élite n’a plus de lieu précis mais vit pourtant en cercle fermé, donc trouvons un mot pour ce lieu sans géographie, mondialisé. J-P Damaggio



[1] Parmi les courants littéraires qui ont été en partie ou totalement oubliés, celui du « roman populiste » figure en bonne position.