la tribune

Le hall d’entrée du Conseil départemental archiplein. Au moins 1000 personnes. Pour une soirée spéciale, avec projection en avant-première du film documentaire de Luc-Henri Fage, consacré à la découverte de la Grotte de Bruniquel et qu’Arte prévoit de diffuser en 2019.

le réalisateur

Je l’avoue, je craignais un film trop pédagogique ou pas assez. Sauf que le réalisateur est parti prenante et il rend le sujet totalement émouvant. On participe aux recherches, on entre dans l’événement car le film a pris quatre ans de travail. Il n’interroge pas des personnes hors sol mais aide à comprendre comment on vit avec l’homme de Neandertal.

D’abord ce jeune Bruno Kowalczewski qui soupçonne que derrière «le trou de renard» il y a peut-être une grotte. Il remerciera dans le débat son frère, son père, sa mère, une famille qui a cru en son effort car il en a fallu pour enlever beaucoup de terre afin de libérer la petite entrée. Jusqu’à sa mère lui tenant les pieds au moment de l’ultime plongée dans la caverne. Il mérite le nom d’inventeur de la grotte et témoigne de cette alliance entre un acte du peuple et l’apport intellectuel.

Donc entre ensuite en scène Michel Soulier, spéléologue, membre de l’équipe de recherche qui va travailler sur la grotte et délégué de la Société Spéléo-Archéologique de Caussade. Avec ses amis ils agissent intelligemment en veillant à ne rien troubler puis ils vont plus loin grâce au lien avec François Rouzaud (1) à qui il sera rendu hommage dans le débat par Jacques Jaubert, préhistorien à l’université de Bordeaux.

la salle

Je suis sûr que des tas de gens, y compris à Bruniquel, se disent que faire tout un plat de quelques stalactites coupées et mises en scène c’est un peu idiot, or en suivant le film, on mesure comment, pas à pas, se décrypte ce qui fait l’histoire des hommes. D’abord la datation : 175 000 ans ! C’est Sophie Verheyden, géologue à l’institut royal des sciences naturelles de Bruxelles en Belgique qui va apporter sa «pierre» et le film permet de saisir comment on en arrive à ce point car le film a été fait au fil des ans en croyant également que le sujet était grandiose

Mais l’histoire de s’arrête pas là : il y avait des traces de feu. Inévitable ce feu car à 350 mètres de l’entrée comment s’éclairer ? Et pour construire la structure en place comment avoir un peu de lumière ? Intervienne donc d’autres spécialistes. J’insiste, il est émouvant de voir comment on cherche le feu possible (avec des os), comment on bouge plus de deux tonnes de concrétions, comment à partir de là on avance des hypothèses pour répondre à cette question : mais pourquoi s’enfoncer dans 350 mètres sous terre pour y construire une structure ?

le maire

Le film est construit comme un match de rugby : le mystère est entier avec des rebondissements tout au long de l’aventure, et à la fin c’est vrai on ne sait pas qui a gagné mais on a appris dans le débat qu’il peut y avoir une suite, un autre film ! Pour que le savoir l’emporte pour que Neandertal puisse marquer tous les essais.

 Je craignais aussi un débat fastidieux mais Francis Duranthon, conservateur en chef et directeur du Muséum de Toulouse, l’a rendu vivant, animé, riche et complémentaire du film. Vraiment un moment où on se sent devenir plus intelligent. Marco Peresani, préhistorien de l’université de Ferrare en Italie, va apporter un élément absent du film : le rapport avec les recherches génétiques. Bruno Maureille, paléoanthropologue de l’université de Bordeaux, rappellera comment historiquement a été présenté l’homme de Neandertal. D’abord réduit à un grand singe, puis ramené à une image plus proche de l’homme d’aujourd’hui. Il y a eu comme une lutte entre l’homo sapiens glorifié et le Neandertal ridiculisé.

Les invités étaient si passionnants que quand l’heure d’interroger la salle est venu on a vu poindre plusieurs questions qui par avance justifient le besoin d’un autre film.

L’homme était là il y a 175000 ans mais quand a-t-il quitté la grotte. Michel Soulier mentionne un morceau de bois brûlé daté de 40 000 ans. Est-il venu là apporté par un homme ou par accident quelconque ? Pour les chercheurs, et c’est le mérite du lieu : il est resté intouché depuis 170000 ans. Et les concrétions venaient-elles du lieu même ? Et quels outils pour les briser ? Et sous la couche de calcique que peut-il y avoir ? Et que dire de l’éventuelle autre entrée de la grotte ?

 Quand on sait que ce moment s’inscrit dans un vaste projet du Conseil départemental pour faire vivre la grotte à Bruniquel (sans la visiter bien sûr), on ne peut que dire bravo. Le projet est en de bonnes mains. Une occasion bien sûr pour faire le lien avec les autres éléments de préhistoire de ce coin de vallée de l’Aveyron. J-P Damaggio

Tout sur le site du conseil départemental


(1) François Rouzaud est mort l 24 avril 1999, dans sa cinquante-et-unième année. Il aura vécu ses derniers instants en guidant un groupe de collègues dans le réseau karstique de la grotte de Foissac, en Aveyron, afin de préparer un stage scientifique. Conservateur en chef du patrimoine à la DRAC Midi-Pyrénées (Service régional de l'archéologie), spéléologue de formation et diplômé de l'Ecole des hautes études en sciences sociales de Toulouse, François Rouzaud avait su développer une approche du monde souterrain privilégiant et associant sans compromis recherche et conservation patrimoniale. La discipline retiendra que, s'il s'inscrivit dans la continuité de ses prestigieux prédécesseurs à qui il vouait une admiration justifiée, il fut l'initiateur de ce qui s'est imposé depuis sous l'appellation de paléospéléologie.