Quand Podemos est né aux Européennes de 2014 le succès de ce mouvement a été assimilé trop vite au succès d’une stratégie. L’Espagne était alors depuis la mort de Franco sous le régime du bipartisme avec seulement la Gauche Unie (Izquierda Unida) et les partis régionaux basques et catalans qui pouvaient jouer un rôle marginal.

Comme partout en Europe le bipartisme arrivait en bout de course alors qu’on avait pu penser qu’il allait bloquer à jamais le système politique à partir du modèle des USA (je l’ai cru).

Sur la base de l’opposition entre la caste et le peuple, Podemos a considéré qu’il pouvait renverser le pouvoir en place et après 2014, pendant un temps, les sondages lui ont donné raison.

Or une fois le bipartisme cassé, surtout dans des pays où le vote est à la proportionnelle (Italie, Allemagne, Espagne) c’est la porte ouverte à la naissance d’autres partis et les mécontents de droite qui avait pu soutenir Podemos se sont tournés vers Ciudadanos.

Podemos alors a été contraint de penser à des alliances mais son premier discours ayant dénoncé la vieille politique faite d’alliances, sa nouvelle stratégie ne pouvait que l’affaiblir. C’est ainsi que Podemos + IU n’a pas donné un plus… mais un moins.

Toute stratégie d’alliance provoque des divisions internes qui ne pouvaient que s’accentuer.

De telles divisions ont été d’autant plus fortes en Andalousie qu’IU a souvent travaillé avec un PSOE dominant et aile droite de ce parti.

Il n’est pas sans importance d’observer que l’émergence du parti d’extrême droite s’est produite là où le PS0E est au pouvoir depuis la mort de Franco, un peu comme en France où tout passage du PS au pouvoir a permis le développement du Front national.

Sauf qu’en 2018 en Andalousie il y avait possibilité pour le citoyen de gauche mécontent du PSOE de voter Adelante (Podemos + IU).

Or je pense que c’est l’inverse qui s’est produit : non seulement les mécontents du PSOE ne sont pas allés renforcer Adelante mais ce mouvement a même perdu des mécontents qui ont préféré l’extrême-droite même si c’est massivement dans les zones de droite de la région que l’extrême-droite fait ses meilleurs scores.

Face à ce nouvel échec de Podemos, Pablo Iglesias veut relancer encore plus une politique d’alliance, en proposant la création d’un front antifasciste. Tout en se souvenant qu’une extrême-droite en Espagne renvoie au franquisme de sinistre mémoire, je crains qu’il ne faille pas s’en tenir à cette dimension nostalgique. Mais nous verrons la suite avec les élections européennes, élections qui posent des problèmes en retour à La France Insoumise alliée de Podemos car l’idée du Plan B n’est pas du meilleur effet en Espagne. JPD