Parmi les revendications des gilets jaunes, la question des exilés(d’autres disent les migrants)  était jusqu’à présent reléguée loin à l’arrière-plan, quasiment absente. Mais les 10 et 11 décembre, Emmanuel Macron va à Marrakech pour signer avec d’autres chefs d’Etat le «pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières». Ce texte alimente depuis quelques semaines colères et fantasmes des extrêmes droites européennes. Elles y voient une manœuvre supranationale pour organiser la «submersion migratoire» du continent. En Slovaquie, le gouvernement a annoncé fin novembre qu’il ne signerait pas le pacte. L’Italie se réserve le droit de faire de même. De leur côté, les nationalistes belges menacent de faire chuter le gouvernement s’il y va. Ont aussi gelé ou annulé leur participation à cet accord la Hongrie, l’Australie, la République tchèque, la République dominicaine… Les Etats-Unis de Donald Trump, quant à eux, n’ont même pas pris part aux négociations en amont. La France serait vendue aux juifs du monde....

En France, le Rassemblement national mais aussi Les Républicains se sont emparés du sujet. Début décembre, Marine Le Pen consacre au pacte une conférence de presse bourrée de semi-vérités. Mardi soir, elle publie à nouveau une vidéo sur le sujet. Quelques jours plus tôt, c’est Eric Ciotti (LR) qui dédiait au texte une tribune alarmiste dans le Figaro. «Ce pacte est une menace pour notre souveraineté et notre identité», s’indigne de son côté Lydia Guirous, porte-parole de LR sur Twitter. Les ex-candidats à la présidentielle François Asselineau et Nicolas Dupont-Aignan sont contre. Mais appellent toutefois à un référendum sur le sujet.

Les contempteurs du pacte ont tenté de greffer le sujet au mécontentement des gilets jaunes. Exemple parmi d’autres : alors qu’un message circule depuis plusieurs jours pour inciter à un blocage le 10 décembre, l’extrême droite a profité de la collision des dates pour accommoder l’appel à sa sauce. «Gilets jaunes, vous devez bloquer Macron au sol le 10 décembre !» (pour l’empêcher d’aller signer le pacte à Marrakech), lance ainsi le site d’extrême droite Riposte laïque.

Que contient le texte honni ? Long d’une quarantaine de pages, le «pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières», divisé en vingt-trois objectifs, a été voté par l’Assemblée générale des Nations unies en juillet. Il se décrit comme un «cadre de coopération juridiquement non contraignant» : les textes de l’ONU n’engagent que ceux qui veulent s’y plier. Ce qui n’empêche pas les opposants au pacte d’affirmer qu’il s’imposera aux autorités nationales. Qu’importe si, tout au contraire, le document «réaffirme le droit souverain des Etats de définir leurs politiques migratoires nationales et leur droit de gérer les migrations relevant de leur compétence.»

En fait on n’a jamais vu un texte de l’ONU imposer ses règles à aucun pays.

Jusqu'à quel point cette question peut impressionner les gilets jaunes ? Je ne sais.

Pour les curieux voici le texte du document. J-P Damaggio