Cyril Labonne - Alouda Limonade

Jean-Jacques Dupont a écrit un très beau livre : Dictionnaire passionné de l'Ile Maurice. Je fais connaitre cette page afin d'inciter les lecteurs à acheter ce témoignage original sur l'Ile Maurice. Avec le séga on a envie de lire un livre sur tout ce que la musique des esclaves noirs du monde a apporté à la musique générale qui fait l'ambiance de nos temps actuels. Ce qui est amusant avec le morceau ci-dessus c'est que les commentaires sont au moins dans trois langues, tous pour dire ce que dit la note ci-dessous.

J-P Damaggio

Séga

" Il suffit d'un tambour, l'Afrique recommence. " (Max-Pol Fouchet)

" Rythmes endiablés, tamtam qui me hante, ravanes chauffées puis déchaînées, corps ondulants brillant à la lueur du feu, topettes de rhum parfumé ... " (Eileen Lokha)

Le séga est né de l'exil, c'est la musique des esclaves. Loin de leur pays d'origine, les esclaves de différentes contrées se réunissaient. Ils ne parlaient pas la même langue, n'avaient pas les mêmes coutumes, ni la même musique, mais cela ne les empêchait pas de communiquer autour de la danse et du chant. Puis graduellement la langue créole est apparue, s'est fondue dans la musique et a donné naissance au séga. Celui-ci exprime la douleur, mais aussi la sensualité des Africains arrachés à leur terre

Le mot séga viendrait de la côte Est de l'Afrique. Au Mozambique, tchega se rapporte à une danse très proche du fandango portugais. Le mot swahili "sega" désigne l'acte de retrousser ses habits, geste typique des danseuses de séga.

Les danseurs dandinent les hanches, se frôlent mais ne se touchent jamais.

Ils descendent doucement, au rythme de la musique en fléchissant peu à peu les genoux, de sorte que l'homme et la femme se retrouvent à genou face à face en bougeant le haut du corps. La danse devient alors sensuelle. Dans le feu de l'action et du rhum le chanteur improvise, et les accompagnateurs suivent facilement.

Trois ou quatre instruments traditionnels sont utilisés pour le séga. La pièce maîtresse est la ravane, un tambour taillé dans du bois de goyave de Chine et recouvert d'une peau de chèvre tendue. La maravane (ou kayamb) constituée de cannes à sucre alignées, est de forme rectangulaire, et contient des cailloux ou des billes métalliques. Le musicien agite l'instrument au rythme désiré pour accompagner le chanteur. Le troisième instrument est le triangle. Un quatrième, le bobre, n'est plus guère en usage à l'Ile Maurice, mais il est utilisé à La Réunion pour le maloya, un cousin du séga. Il est constitué d'un morceau de bois tendu par deux cordes et relié à une calebasse. De nos jours, les groupes de séga, les " ségatiers ", ont tendance à utiliser un mélange d'instruments classiques et modernes, tels que la guitare et la batterie.

Il y a quelques années, j'étais en Alsace pour assister à un mariage lorsque j'apprends que Cyril Labonne, célèbre chanteur de séga mauricien des années 1970, habite dans les environs de Colmar. Je prends rendez-vous avec lui un dimanche matin vers onze heures. Il a émigré en France il y a longtemps, et a épousé une Française. Il est fonctionnaire à la municipalité, travaille aussi dans une usine, et continue de donner des concerts à l'occasion de mariages et autres fêtes. Il me reçoit chez lui, presque en tenue de séga, en pantalon, chemise blanche ouverte jusqu'à la ceinture, et savates. Il m'accueille très cordialement et m'offre un whisky. Je lui dis que j'ai dansé au son de sa musique autrefois, en particulier "Alouda Limonade ", son grand succès. Il le fait jouer sur son ordinateur, les paroles me reviennent et voilà que je commence à chanter le séga. Un grand sourire illumine le visage de Cyril Labonne.