JMB

Il m’est arrivé d’écrire un livre qui a suivi pas à pas le parcours électoral de Baylet (JMB) jusqu’au jour incroyable où le baron a été détrôné. Des lecteurs ont pu être déçu car je n’avançais aucune hypothèse sur les raisons de cet échec or voici peu, un grand connaisseur de la vie politique locale, m’a apporté la réponse d'une seule phrase.

Avant de la donner, rappelons les faits. Un sénateur est élu par un collège de grands électeurs que JMB connaissait parfaitement après des années de domination du Tarn-et-Garonne. Ajoutons à cela le pouvoir de son organe de presse si bien que des amis ont toujours considéré qu’il «tenait» tellement la vie politique locale qu’il était imbattable (et qui aujourd’hui ont encore du mal à intégrer son échec, dans leur réflexion).

Pour l’anecdote j’indique qu’un jour un habitant de mon village croisant je ne sais plus où JMB, ce dernier lui demanda : « D’où êtes-vous ? » et à la réponse « d’Angeville » JMB a fait tomber sa sentence : « Ah oui ! votre maire est de droite !» Or, en membre de la gauche, je l’écris clairement, j’ai préféré ce maire de droite (il ne s’est pas représenté en 2014) à la gauche style JMB.

Donc il maîtrisait parfaitement la situation et il a été battu par son pire ennemi qu’il a traité comme un moins que rien quand il était conseiller général ! Pourquoi ?

Voici la réponse : « Il a fait campagne, commune par commune, en montrant à chacun ce qu’il avait fait pour la dite commune, or le monde a changé ».

Et c’est exactement ce que la révolte des gilets jaunes montre tous les jours, mais non plus à l’échelle des élus de base, mais à l’échelle de la société. Voilà pourquoi il s’agit d’une révolution : dorénavant le monde ne sera plus le même et si quelques malins tentent de contrôler le phénomène, ils ne changeront rien à sa nature fondamentale ! Nous ne sommes plus une marchandise qu’on peut acheter ! En 68, l’extrême-gauche a cru pouvoir contrôler le mouvement, mais les années 70, qui furent la mise en œuvre de cette révolution, délaissèrent l’extrême-gauche, pour produire des modifications populaires importantes. Je l’ai écrit par ailleurs, le capitalisme, au cours des années 80, a su tirer son épingle du jeu, de cette mutation, au point de devenir le porteur des réformes, mais il n’a eu que les mérites que la gauche lui a laissés !

 JMB a perdu son poste de sénateur et tout aussi incroyable, l’année d’après il a perdu son poste de Président du Conseil général devenu départemental. J’en conviens, Hollande dans sa grande générosité lui a donné en lot de consolation un poste de ministre ! Il a ainsi confirmé sa myopie face à la mutation en cours. En effet, l’échec au poste de Président a tenu à un fil. Si, au lieu de pratiquer comme toujours, il n’avait pas, après l’élection des Conseillers départementaux, téléphoné à quelques-uns pour exercer des pressions féodales, peut-être les élus en question auraient-ils fini, au dernier moment, par sauver son poste ! C’est le témoignage, au moment du vote, d’un conseiller départemental qui me fait tenir ce langage.

Et d’ailleurs, à suivre JMB au Conseil départemental, depuis qu’il n’est plus ministre, il est évident qu’il a suivi un cours accéléré de mise à jour de son comportement, pour tenter un retour sur le devant de la scène.

Or la victoire de Christian Astruc annonçait en 2015, la victoire de Macron ! Non qu’il y ait la moindre ressemblance entre les deux hommes puisque l’un a connu tous les étages de la politique, de la vie municipale, intercommunale à départementale (et il procède avec modestie), quand l’autre, dès sa première candidature, a obtenu le poste suprême ! Astruc annonçait la victoire de Macron par le positionnement politique ni droite ni gauche qui au départ apparaissait sans suite possible.

Aujourd’hui la haine populaire contre Macron tient au fait que des millions de gens ont pensé élire un homme neuf n’appartenant pas à un sérail qu’il avait osé bousculer (crime de lèse-majesté vis-à-vis de Hollande par exemple) et qui finalement s’est montré pire que ses prédécesseurs.

La révolution en cours ne sera pas un sprint mais bien un marathon et pas de confusion : la référence aux cahiers de doléances n’a rien à voir pour le moment avec 1789, car cette année là, la tenue des Etats Généraux supposait en plus l’envoi de représentants ! Ce que je souhaiterais aujourd’hui comme je l’ai écrit dans un article. J-P Damaggio