jarry

Après un compte-rendu global de la causerie avec Noël Arnaud je vais pouvoir m’attarder sur le propos de Claude Sicre qui a beaucoup apprécié Noël Arnaud car il s’est comporté en concitoyen.

A la première invitation à rencontrer Noël Arnaud il a aussitôt pensé à l’auteur des Vies parallèles de Boris Vian. Un livre qui a eu surtout du succès pendant les années 70 quand Boris Vian est apparu en pleine lumière. En déduire qu’aujourd’hui il est oublié c’est aller vite en besogne et tel sera en permanence le propos de Claude Sicre : aller vite en besogne, alors qu’il précisera que chez Noël Arnaud il a apprécié le sens de la nuance. Boris Vian est toujours joué au Festival d’Avignon par des jeunes courageux, il est toujours chanté et Germinal qui le présente, peu confirmer que le succès est encore là.

Mais laissons cette anecdote pour revenir au terme si beau et si essentiel de concitoyen (que Chirac aimait beaucoup). Claude Sicre a aimé chez Noël Arnaud le fait qu’intellectuel venu de Paris il n’a pas considéré les habitants du village comme des ploucs. Noël Arnaud est alors devenu le moyen pour Claude de rappeler (voire de répéter) sa théorie culturelle héritée de Félix Castan, qui n’était pas un absent des lieux, puisque nous étions avec Pierre Malrieu, le fils de Jean et grand ami de Félix. 

Nous avons ainsi appris que pendant 18 heures, au cours d’un voyage à Marseille, Sicre a été amené à tout comprendre de Castan. Quelle théorie culturelle ? La France est unitariste, une vision du monde qui nous imprègne tous, en conséquence les néo-ruraux ont regardé avec mépris les ploucs du coin. Il lui a été rappelé que son discours clivant était partial mais peut-on être théoricien sans être clivant ?

Donc à partir de la création de la parodie de Gazette, Noël a montré son implication dans le village, rappelé par d’autres, de manières diverses. On devient concitoyen quand on ne regarde pas de haut les citoyens. Et sans faire parler les morts, on devine dans la bouche de Claude que Noël Arnaud aurait été du côté des gilets jaunes. Je suis aussi du côté des gilets jaunes et le démontre sur ce blog depuis début novembre. Mais je ne prends pas les gilets jaunes comme une entité mais comme un bouillonnement social en mouvement contradictoire.

La preuve de l’unitarisme français, Claude l’a vérifié dans la pratique, suite au refus des uns et des autres de mettre en place une fondation autour du cas Noël Arnaud. Les autorités préfèrent créer des écoles de musique, toutes sur le même modèle, des centres culturels tous sur le même modèle etc (1). Pour rire j’ai envie de dire qu’à présent le modèle n’est plus français mais européen ce qui fait que pour obtenir des subventions il ne faut plus créer des musées mais des centres d’interprétation… 

Il arrive à Claude Sicre d’user d’explications identiques à celles qu’il dénonce ! Au pouvoir descendant des élites vers les ploucs toujours au cœur de sa dénonciation, il répond par une parole descendante de sa théorie vers des personnes désignées toujours sous la coupe des élites. Il fonctionne souvent ainsi : il a de grandes idées justes qu’il n’a pas toujours les moyens de mettre en œuvre. Il a prouvé par l’exemple avec son groupe de musique qu’il pouvait passer de l’idée à la réalisation. Mais un exemple reste un exemple. Sa théorie mécaniste aurait besoin de dialectique mais c'est juste ce que j'en dis.

Puisqu’à parler de musique revenons à Boris Vian grand défenseur du jazz. Toute la causerie aurait pris une tournure totalement différente si au lieu de partir des Vie parallèles écrites par Noël Arnaud nous étions partis de l’autre travail plus fondamental de l’écrivain, celui en lien avec Alfred Jarry. Quelqu’un l’avait mis un des livres sur le sujet parmi les documents disposés dans un coin de la salle. Il m’est arrivé de beaucoup travailler avec Alfred Jarry pour le confronter à Léon Cladel. Là nous aurions saisi en quoi l’humour de Noël était une arme de destruction massive de la bêtise d’où qu’elle vienne (2).

J-P Damaggio

(1) Pour ma part, depuis quarante ans je démontre au quotidien mon accord total avec cette idée que la construction d'une action neuve doit consister à cultiver son univers proche pour mieux aller à la rencontre du monde.

(2) Ce compte-rendu reste schématique, j'y reviendrais.