Bernard Réglat

Je ne l’ai connu que pendant quelques années à partir de 1992.

Le PCF était cloisonné en cellules ce qui fait qu’il en était membre en même temps que moi sans que nous nous soyons rencontrés. Le journal de ce parti nous avait trouvé un point commun en 1982. Aux municipales nous avions refusé une alliance avec le PS.

En réalité la question était moins simple. Dans ma section de Nègrepelisse le maire sortant était radical donc, au nom des accords nationaux, il fallait faire alliance avec lui. Sauf que Jean Cambon, adjoint sortant pour le PS a décidé de faire sa propre liste ! (ce qui ne l’a pas empêché de rejoindre les radicaux en 1986 !). Même au second tour, le PCF n’a donné aucune consigne de vote. Du côté de Grisolles le problème était différent mais avec le même résultat : mépris du PCF donc riposte locale de ce parti quand la direction demandait de faire profil bas. Par la suite le PS de Grisolles deviendra plus unitaire et Marino Rigoni deviendra adjoint au maire mais sous les couleurs de Gauche 92. Pendant un mandat car en 2001 il a été le seul battu de la liste (c’était encore le temps du panachage). La gauche unie au gouvernement voulait éliminer les trublions du genre Gauche 92 donc les quatre élus municipaux furent éliminés de diverses façons. Et ce n’était pas pour cause d’inaction municipale… Et résultat à laprésidentielle, : Olicier Besancenot fit un score génial pour lui !

marino rigoni

En effet, j’ai pu le croiser quand en 1992 nous avons lancé la liste aux Régionales sous les couleurs de Gauche 92 (un mouvement voulant renouer avec une gauche écolo, laïque et démocratique). Sans lui, ce mouvement n’aurait jamais vu le jour car il a trouvé les moyens financiers pour aider à sa naissance. Il a découvert que près de chez lui habitait le directeur de l’Imprimerie 34 Bernard Réglat. Comme nous savions que nous ferions moins de 5% il fallait un imprimeur non seulement compréhensif (celui-là nous le connaissions à Montauban) mais très très compréhensif et Bernard Réglat accepta de jouer ce rôle. Qui plus est, Marino Rigoni, candidat en même temps aux élections cantonales a pu passer de cinq voix la barre des 5% ce qui fait que sa campagne était remboursée.

Le lecteur peut s’étonner que je rende hommage à ce militant à partir d’une vulgaire salade financière mais combien de belles choses Bruno Réglat a-t-il permis par sa générosité et, vous le devinez, celle de Marino n’était pas moins grande, car si la facture avait été revue au plus bas, il restait tout de même à l’acquitter.

Ensuite il sera candidat aux élections législatives de 1993 et 1997.

J’aurai voulu qu’il me parle de la guerre d’Algérie où il avait été contraint d’aller. Ou parler de l’Italie. Il aurait pu expliquer les leçons tirées de son action sur les terrains de foot.

Je pense que mieux que tout il me revient de reprendre les propos échangés en mars 1996. Plus de vingt ans déjà ! Et des questions d'aujourd'hui ! Par la suite, je ne suis jamais passé devant chez lui sans avoir envie de m’arrêter mais je n’ai pas osé le déranger. J-P Damaggio

 

Voici un article suite à un entretien Rigoni dans le n° 23 de Point Gauche !

A Grisolles, une nouvelle équipe municipale a été élue en 1995 et parmi elle, Marino Rigoni que j'ai rencontré le 14 Février: Il se retrouve adjoint à l'éducation et aux sports, domaine qu'il connaissait bien avant son élection puisqu'il était enseignant au collège de la ville et qu'il participa beaucoup à la vie sportive. Cependant la vie municipale lui révèle des réalités qu'il n'attendait pas même s'il en soupçonnait l'existence.

Il évoque d'abord les difficultés financières des uns et des autres. Celles de nombreux citoyens qui paient la cantine avec les plus grandes difficultés. Celles des commerçants qui sont dans l'attente du moindre marché municipal pour survivre. Celles des communes souvent endettées et qui ont donc un budget plus étroit qu'il ne le croyait. Par exemple : 35% des finances municipales vont aux salaires des employés, poste budgétaire qui n'a pas tendance à diminuer si on veut apporter de nouveaux services aux habitants (comme un centre aéré par exemple).

Le deuxième point apparaît plus positif. Grisolles, à mi-chemin entre Toulouse et Montauban, à quelques pas de l'Euro-Centre qui s'installe à Castelnau d'Estretefonds, et pas très loin de Blagnac ou de l'autoroute, se trouve donc située dans une zone favorisée si on s'en tient aux critères économiques actuels (on n'est pas.. à Féneyrols). Ce positionnement vient de permettre à la commune de récupérer deux nouvelles entreprises : l'une dans le domaine de la parapharmacie et l'autre un centre de distribution Décathlon. Ces créations de quelques emplois ne vont pas sans dépenses d'investissement pour la commune.

Dans son domaine de compétence, Marino évoque la mise en place de l'informatique à l'école primaire et une réflexion concernant la cantine de la maternelle. Pour le moment. Elle est assurée par une entreprise toulousaine par le système de la liaison froide. Il existe l'objectif de sa transformation en cantine communale. Marino ne peut s'empêcher de noter que cette maternelle neuve n'est pas aussi fonctionnelle qu'on pouvait l'espérer. De plus, des problèmes techniques se posent malgré sa récente mise en service (étanchéité de la toiture, linoléum qui se décolle, problèmes de chauffage l'hiver, manque d'aération et chaleur caniculaire l'été etc..). Architectes et techniciens auraient peut-être dû écouter les remarques des usagers avant la réalisation. Une telle démarche démocratique a été adoptée par la municipalité en ce qui concerne la réfection d'une rue : réunion avec les riverains évoquant devant les responsables de la DDE les problèmes propres à la rue, projet de la DDE soumis à la commission des travaux et retour devant les riverains. Concernant le sport, il permet de revenir sur l'ensemble des problèmes évoqués. Les problèmes financiers : les membres des clubs paient moins, les recettes des lotos et autres manifestations baissent. Quant aux dépenses, elles augmentent à cause des frais des transports, du matériel etc. Alors on se tourne vers la municipalité qui se doit de faire le total des subventions. Foot, rugby, basket, judo, pétanque, tennis sont quelques-unes des associations à aider. Plusieurs mériteraient plus, mais le total est déjà lourd, alors il faut faire des compromis. Si le collège n'est que modestement à la charge des communes, le gymnase est municipal et il en faudrait un autre or la mise aux nouvelles normes sera dure pour le budget. Il en est de même pour les bâtiments ou salles occupées par les associations.

Je pose ensuite une question sur les ordures ménagères. "C'est le gros morceau" me répond aussitôt Marino. Il existe un syndicat intercommunal avec Verdun, présidé par le maire de cette ville. Pour Marino, le problème dépasse largement les compétences de ce syndicat. Il faudrait un plan d'ensemble au niveau départemental et au-delà. Très vite, les problèmes vont nous dépasser. Pour ce qui est du tri des ordures, il existe même des difficultés avec la récupération du verre. Si la rentabilité économique du retraitement baisse, on risque sous peu de ne trouver personne pour ramasser les containers. Si on pense au problème des huiles, la bonne volonté suffit encore moins. Nous voyons croître le volume de déchets et baisser les emplacements pour les décharges.

De notre conversation à bâtons-rompus, j'ai retenu ces quelques informations (vérifiées par Marino) qui montrent que, malgré l'originalité de la commune, la municipalité de Grisolles est confrontée aux questions traditionnelles de la gestion municipale.

De ce début d'expérience d'adjoint au maire, Marino retient que l'action des conseillers porte surtout sur les choix à opérer plus que sur les équilibres dépenses/recettes. Avec l'exemple de la perte de la Franchise Postale (1), on a pu constater encore une fois que l'Etat se désengage. Maintenant, le courrier de l'école passe par la machine à timbrer que la mairie a dû acheter et si une aide financière a été prévue, on peut craindre qu'elle ne soit qu'une peau de chagrin supplémentaire.

Après une heure d'entretien, j'ai laissé Marino à son bricolage que j'avais interrompu. Sa femme me précise que je ne dois pas en déduire qu'il passe sa vie à la maison. L'après-midi, il n'oublie pas son tarot et pour le matin, il faudrait qu'il se remette à marcher [vu ses problèmes de santé].

(entretien réalisé par J-P Damaggio)