En France pays d’histoire, les comparaisons avec le passé sont allées bon train depuis le début des gilets jaunes et une des moindres concerne le rapport 1968-2018.

Comme pour les autres comparaisons les différences l’emportent sur les ressemblances. La ressemblance majeure tient à l’imprévu des deux révoltes et à leur aspect social.

Sauf qu’en 1968 ce fut, si je puis m’exprimer ainsi, une révolte de deux aristocraties absentes en 2018.

En 68 le déclencheur fut la révolte des étudiants qui, même si une démocratisation était intervenue, concernait la part la plus privilégiée de la jeunesse. Entre un étudiant dont le « destin » le porterait vers les hautes classes sociales, et une caissière de supermarché fortement exploitée, l’écart était immense d’où d’ailleurs la difficulté d’établir une jonction entre ce mouvement et le mouvement ouvrier.

Et quand enfin le mouvement ouvrier est entré dans l’action ce fut pour une bonne part grâce à ce qu’on appelait l’aristocratie ouvrière aux traditions syndicales fortes même si c’est la base qui est allée plus vite que le sommet avec les occupations.

Avec les gilets jaunes nous sommes dans un cas inverse : mobilisation des couches sociales les plus faibles et sans tradition syndicale si bien que la jonction avec le mouvement ouvrier s’est avérée globalement impossible même si après quelques hésitations la CGT a appelé à des grèves sans suite.

De 68 on a retenu deux choses : les slogans poétiques révolutionnaires d’un côté, et l’augmentation du SMIC réaliste de l’autre. Bilan, la CGT et le PCF auraient trahi la révolution !

De 2018 on retiendra le retour du drapeau tricolore, de la Marseillaise et de la spontanéité populaire avec le désir de contrôler les pouvoirs, la revendication du référendum d’initiative citoyenne étant le symbole de ce contrôle. Ceux qui souhaitaient la révolution n’étaient pas à l’extrême-gauche comme dans l’Europe de 68, mais dans une part de l’extrême-droite comme un peu partout en Europe.

Dans les deux cas cependant on retrouve une similitude : un pays qui ne sera plus comme avant !

Du côté du pouvoir on a retrouvé les symptômes de 68 : le désir de laisser pourrir puis le désir de négocier puis le désir de la grande manifestation de soutien au pouvoir. D’où l’appel lancé à des gilets jaunes pour obtenir des délégations. Ce point a été crucial car les appels à la grève que j’ai évoqués ont été vite abandonnés car des syndicats ont pu négocier. Ce fut le cas du côté des transporteurs routiers (abandon de la vignette prévue pour eux), du côté des policiers, du côté des agriculteurs et du côté des engins de chantier. Je fais le point à ce jour sans présumer ce que donnera l'anne 2019. A suivre. JPD