Je n’étais pas un danseur mais je ne sais pourquoi quand la Compagnie Andy Degroat a proposé à Montauban un stage de deux jours sur le tango je me suis lancé (1995). Peut-être parce que cette Compagnie avait de la vie une vision ordinaire et de l’art une vision élitaire pour tous d’un mot bien connu de Vilar. Incompréhensible mon propos ? En fait la Compagnie a pu travailler plusieurs années à Montauban grâce à Roland Garrigues et donc ce ne fut pas dans la ville, seulement un artiste de passage, mais une forme globale d’action,  aussi le témoignage de Roland Garrigues repris par La Dépêche (pas sur la version internet) est totalement juste. J'ajoute l'aticle du Figaro. Je me souviens très bien de ma dernière rencontre avec l'artiste. Brigitte Barèges venait d'être élu maire et avait proposé une conférence de presse. Il était présent pour savoir à quelle sauce il serait viré. Il ne m'avait pas trouvé très combattif pour dénoncer la politique à venir. Cette mort me fait penser à celle de Noël Arnaud, un grand artiste en dehors des clous, qui comme lui meurt dans la discrétion à Montauban. J’ai raté l’enterrement de Noël Arnaud, je ne vais pas rater celui d’Andy de Groat. J-P Damaggio

P.S. De l'article de La Dépêche de Roland Garrigues un passage a été enlevé par la direction du journal pour ne pas faire d'ombre à Brigitte Barèges : "viré sans ménagement".

 DÉCÈS DU DANSEUR ET CHORÉGRAPHE ANDY DEGROAT

Andy Degroat est décédé, hier matin, à l'âge de 71 ans, à Montauban. Roland Garrigues, ancien maire lui rend hommage dans ces quelques lignes.

« Il avait choisi de passer le reste de ses jours dans la Cité d'Ingres qui avait accueilli sa compagnie de danse de 1996 à 2002. Il vient de mourir dans le plus grand dénuement aidé par de rares mais précieux amis. Et pourtant ce commandeur dans l'ordre des Arts et Lettres avait fréquenté les plus prestigieuses scènes au monde. Il est né en 1947 aux États Unis, de racines européennes. Abandonnant ses études aux beaux-arts, il a rejoint «créative tribu» de Bob Wilson avec qui il travaillera comme danseur et chorégraphe et se liera avec ce qui se fait de mieux dans la danse contemporaine. Il créera une première compagnie «Andy Degroat dancers»à New-York en 1975, avec laquelle il tournera aux USA, en Iran, en France et en Italie. Elle sera remplacée par «Rédaction Notes», soutenue par diverses institutions culturelles d'abord à New-York puis en France. C'est peut-être pour cela qu'il portait à chaque poignet une montre marquant l'heure des deux pays que sépare l'Atlantique. Le ministère de la culture l'a subventionné de 1984 à 2004. Autodidacte obsédé par le mélange et la coexistence de styles, de techniques, d'époques, il s'intéresse à l'intégration de danseurs amateurs et professionnels dans les mêmes créations. Associés à Montauban, Andy Degroat et « Red Notes »ont participé au formidable fourmillement culturel des années 90. Ils ont contribué-à l'obtention du label Ville d'art et d'histoire. Il aimait revisiter les œuvres classiques ; nous nous souvenons de la création de « Casse-noisettes »et de la « Flûte enchantée », cette dernière jouée à l'Opéra Bastille. Nous nous souvenons de son spectacle d'adieux le 21 octobre 2001 au théâtre municipal de Montauban. Nous nous souviendrons de l'immense artiste trop discret qu'était notre ami Andy Degroat.»

Les obsèques civiles auront lieu le jeudi 17 janvier à 13h30 au créma-torium ACF de Montauban. Les visites seront possibles le jeudi matin de 9h à 11h30 à la chambre funéraire du crématorium (100 route de St Martial à Montauban).

 

Le Figaro 12 janvier

L'«oiseau» Andy Degroat, danseur et chorégraphe, est décédé

DISPARITION - L'artiste français, originaire du New Jersey, est mort jeudi matin à Montauban. Il avait créé la première chorégraphie d'Einstein on the beach de Bob Wilson. Et appris «la danse des éventails» aux danseurs de France.

Le danseur et chorégraphe français Andy Degroat est mort jeudi dans sa 72e année à Montauban. Auteur d'une soixantaine de chorégraphies, il a notamment travaillé avec Robert Wilson dans les années 1970 avant de fonder Red Notes, sa propre compagnie en France.

Né en 1947 aux États Unis à Paterson dans le New Jersey, Andrew de Groat a commencé des études d'architecte. Il rencontre Bob Wilson et participe à l'aventure du Regard du sourd créé par Bob Wilson en 1970. Il fera toute sa carrière en France, où il arrive au milieu des années 1970, lorsqu'Einstein on the Beach, de Philip Glass, est monté par le metteur en scène texan à Avignon.

Entre l'étoile Wilfride Piollet, épouse de Jean Guizerix, et Andy Degroat, les liens se tissent, et aboutissent à maintes créations comme Nouvelle lune créée dans une scénographie de nuages pour les adieux de Wilfride à l'Opéra de Paris, Giselle échappée aux Hivernales d'Avignon, ou Portraits de Danseurs pour lesquels Jean Guizerix rejoint la compagnie Red Notes d'Andy. C'est pour cette compagnie, fondée en 1970, que Degroat créé en 1978 son iconique Danse des éventails, marche en ligne sur une musique de Michel Galasso, ponctuée de mouvements de poignets où les éventails s'ouvrent comme des soleils.

 

«Il sera également proche de Jérôme Robbins, directeur du New York City Ballet et chorégraphe de West Side Story. Il assistait à ses répétitions à Paris et à New York», se souvient Brigitte Lefèvre, ancienne directrice du Ballet de l'Opéra de Paris. Les deux hommes partageaient notamment une immense capacité d'attention à la musique. «C'était un être singulier», dit encore Brigitte Lefèvre. «Il était comme un oiseau, longues pattes fines et tête d'une beauté absolue. Il s'est envolé jeudi matin vers le ciel et les étoiles», raconte Jean Guizerix, étoile de l'opéra de Paris, qui a très bien connu Andy Degroat. «La première fois que je l'ai vu en 1975 ou 1976, il était en jean et chemise rouge dans le foyer du Théâtre des Champs-Élysées et exécutait des mouvements de spinning, tournant sur lui-même indéfiniment. Il était alors très proche de Bob Wilson pour qui il allait chorégraphier Einstein on the Beach, que Bob confiera ensuite à Lucinda Childs.»

«C'était un poète qui pouvait chorégraphier tous les types de danse, de la danse indienne à la danse classique. Il n'était jamais dans la contrainte. Quand on lui demandait si on devait placer le bras comme ci ou comme ça, il répondait en riant: un soir comme ci et un soir comme ça», explique Jean Guizerix. «Tout ce qui lui importait, c'est l'attention à l'instant présent.» Au long de sa carrière, Degroat gardera son esprit, son imaginaire et son humour, très loin des modes. Malade depuis de longues années, il a été victime jeudi d'une crise cardiaque.