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Yves Jamait, toujours la grande chanson française. Il vient de passer à Toulouse d'où les heureuses questions de La Dépêche.

Je l'ai célébré lors de son passage à Castelsarrasin avec Chloé Lacan. JPD

 

La Dépêche : Jamait : «Art mineur et émotions majeures»

Propos recueillis par Yves Gabay, Publié le 22/01/2019 à 07:28

Cela fait une quinzaine d'années qu'Yves Jamait trimballe sur les scènes de France et d'ailleurs sa grande carcasse, sa voix rauque et ses yeux tristes. 15 ans à célébrer les mots des poètes et inventer de belles mélodies entêtantes, qu'on retrouve sur son septième album, «Mon totem» (Wagram music). Et puis aussi ce soir mardi, en concert, au casino-théâtre Barrière, à Toulouse.

 Pourquoi ce titre, «Mon totem» ?

Souvent, une de mes chansons donne son titre à l'album, et j'aimais l'idée d'un «Totem» qui représente tout ce que je suis, à la manière des totems Amérindiens. Je voulais aussi faire un clin d'œil à cette idée nietzschéenne d'Amor Fati – le titre d'un de mes albums –, d'éternel retour, l'idée que je reviens vers tout ce que j'ai vécu.

 Ce nouveau disque frappe par sa diversité de sons, de couleurs…

Mon album précédent, je l'avais confié à Manu, du groupe Tryo, et mon accordéoniste Samuel Garcia. Je leur avais simplement dit : «Étonnez-moi». Comme j'avais bien aimé ce qu'ils avaient fait, je leur ai donné des maquettes guitare-voix avec des intentions déjà très fortes et je leur ai dit, à nouveau : «Allez-y, étonnez-moi – mais sachez que je pourrai dire non».

 Ce disque est-il le début d'une nouvelle ère ?

Une continuité, plutôt. Ce n'est pas très vendeur, ce que je vais dire, mais je fais un peu toujours le même album, mais pas au même âge. Après, les albums sont aussi des prétextes à aller sur scène, et c'est un nouveau spectacle que je présenterai à Détours de chant, une nouvelle aventure. Quant à la casquette… C'est une casquette irlandaise que je porte depuis 25 ans. Comme je suis, en plus, toujours en costume, mon intention n'était au départ pas très Gavroche. Mais bon, je ne vais pas non plus courir après ma caricature…

 Avec un texte comme «Les mêmes», vous dénoncez les dérives du monde actuel. Engagé, plus que «Jamait» ?

Citoyen, certainement, mais engagé… Qui suis-je pour dénoncer ceci ou cela ? En revanche, je travaille beaucoup sur les émotions, et la colère en est une. Je ne crois pas que les chansons peuvent changer les choses, mais elles peuvent être une béquille pour aider à les faire comprendre…

 Vous ouvrez «Détours de chant !» ce mardi…

La chanson française, c'est la seule que je connais. Je n'écoute pas la radio ni ne regarde la télé, je ne suis donc pas touché par ce qu'on nous donne à manger. Je sais donc que c'est une chanson qui est résistante, et je pourrais passer une heure à parler d'artistes magnifiques dont personne n'a jamais entendu parler. J'ai créé le «Bar à Jamait» pour faire entendre ces voix-là. À Toulouse, avec Juliette, Jehan, Big Flo & Oli, Manu Galure et bien sûr Nougaro, vous êtes pas mal… La chanson française est un patrimoine, hélas négligé par ceux qui disent que c'est un art mineur. Art mineur peut-être, mais avec des émotions majeures !