Kamel_Daoud_et_le_dictateur

Il m’est arrivé de donner le point de vue d’un autre auteur algérien : Areski Metref, donc je tiens à faire référence aussi au texte de Kamel Daoud. Il ne parle pas explicitement des gilets jaunes mais de l’usage des mots qu’ils pratiquent et pour une part je rejoins sa mise en garde.

Déjà à 17 ans je refusais le slogan CRS=SS aussi quand j’ai vu surgir la photo, côte à côte, d’Hitler et de Macron doté d’une moustache, j’ai été estomaqué ! A cet ami qui la diffusait en notant que la ressemblance était frappante, j’ai seulement répondu que j’allais revoir mes connaissances historiques ! Ce cadeau à Hitler venant d’un antifasciste affiché c’est déroutant ! Mais le problème n’est pas seulement celui de l’exagération incongrue, mais du soutien que l’on apporte à l’adversaire dont un des combats permanents vise à détruire le sens de TOUS les mots !

 Vendredi soir à la réunion de Montech, l’homme qui a bien parlé à la tribune de démocratie, a reconnu qu’il risquait de choquer mais pour lui nous vivons en esclavage ! Un ami aimait reprendre cette comparaison et il m’apporta, avant même que j’indique mes doutes, un argument incontestable : les propriétaires d’esclaves étaient contraints de les loger et nourrir. Vu le capital qu’ils représentaient, ils ne pouvaient trop les malmener ! Or on peut jeter un ouvrier à la rue… C’est là bien méconnaître la réalité de l’esclavage !

Le problème n’est pas seulement celui de l’exagération incongrue mais c’est la négation de toutes les luttes sociales passées qui ont permis de faire de la France, un pays attrayant pour des millions de gens dans le monde.

 Pour Kamel Daoud, le premier problème vient de l’usage du mot de «dictateur» à l’adresse de Macron. Il demande alors : Quel mot reste-t-il alors pour les dictatures du sud ? Quand les dictateurs d’Egypte, de Turquie, d’Iran prétendent que la répression des gilets jaunes est bien la preuve que Macron est un dictateur, que faut-il en déduire ?

Dans mon livre sur les gilets jaunes, le mot dictateur n’apparaît qu’une fois, dans la bouche d’une gilet jaune qui traite de dictateur non seulement Macron, mais tout la classe politique !

Il m’arrive d’admettre le mot pour la France, mais seulement avec cet oxymore : dictature démocratique. Quand la démocratie prétend qu’il n’y a plus d’alternative à une situation en place, alors elle rejoint la dictature. Mais jamais je ne vais m’aventurer à traiter un président français de dictateur. Je l’appelle Eminent Monarque en tant que méthode, mais là aussi c’est mal connaître l’histoire que de l’habiller en Louis XVI.

Il est possible de répondre à Kamel Daoud que le mot est dans le contexte français, mais je doute qu’il puisse accepter cette relativité.

Pour les violences policières Kamel Daoud se trompe car elles n’ont pas en France les mêmes fonctions qu’en Turquie par exemple. Parfois les gilets jaunes font penser à la révolte des vignerons de 1907. Pendant des semaines, des dizaines de milliers de manifestants ont occupé les rues totalement pacifiquement, puis Clémenceau a fait appel à l’armée qui a déclenché les violences, pour susciter des ripostes violentes.

Dans une dictature, la violence policière est le fond du pouvoir. En France, les violences policières servent à masquer le fond du pouvoir.

Hier à Toulouse il y a eu 20000 personnes dans la rue et le soir à la télé, et le lendemain aussi, rien sur le cortège des 20000 mais, en boucle, deux actions des casseurs !

Voilà pourquoi, à mes yeux, parler de dictature en France joue le même jeu… que l’intervention policière : masquer le fond du pouvoir plutôt que de déchirer, comme c’est l’intention du mouvement, le voile qui le cache. J-P Damaggio