Nous le savons, Mai 68 hante, à tort, les esprits, et la manifestation des foulards rouges devait reprendre la grande manifestation de mai 68 qui vola au secours de de Gaulle. Ce fut un échec mais par contre le sondage que vient de publier Marianne confirme que les événements confortent finalement le pouvoir en place. Je sais, ce n’est qu’un sondage qui n’a rien à voir avec ce qui se passera en 2022, (au même moment sous Hollande tout désignait Juppé comme futur président) mais je considère qu’il trace un juste portrait de la situation présente.

Macron ne gagne que par les échecs de ses adversaires. En cela il a repris une stratégie du FN-RN. Pour se faire élire, il a siphonné les voix du PS (avec l’aide du MODEM à qui il doit tout) puis une fois élu, il a nommé un homme de droite comme premier ministre pour siphonner les voix de la droite. Donc aujourd’hui il passerait de 24% à 30% vu que la droite passerait de 20 à 8%. En route une partie des voix de droite vont bénéficier au RN-FN qui passe de 21 à 27% (la droitisation des Républicains signe la mort de de parti) et dans une moindre mesure à Dupont-Aignan qui passerait de 4,7 à 6%.

Pour le FN-RN, Florian Philippot peut dire qu’il n’est pas dans la liste ce qui réduirait un peu la montée du FN-RN.

 Du côté gauche la situation est catastrophique avec Mélenchon passant de 19,5 à 12%. Je sais, il peut invoquer le fait qu’en début de campagne en 2017 il était à ce stade, et que la campagne a fait le reste. Mais une fois de plus, il ne s’agit pas d’un sondage pour 2022, mais pour photographier le moment présent et malgré les actions de LFI, je pense que le 12% est juste. Le seul content est sans doute Benoît Hamon qui conserve le score du PS alors que le PS en tant que tel avec Olivier Faure est à 3% et Jadot à 2%.

C’est là qu’on voit que nous sommes bien face à une simulation «élection présidentielle» car les sondages pour les européennes sont bien différents. EELV s’en sort beaucoup mieux que Génération.s !

 Pour les autres partis, LO, NPA, Asselineau le résultat reste le même (autour de 1%) sauf Jean Lassalle qui passe de 1,2 à 2%. Le PCF n’ayant pas été présent en 2017 il n’est pas dans le sondage.

 On peut faire comme si cette photo de l’opinion était sans valeur, ou faire comme si les élections du mois de mai seront sans valeur, ou faire comme si Macron était au fond du trou, mais alors c’est se voiler la face.

 La force de Macron – et il le sait – n’a rien à voir avec sa politique mais avec les échecs et divisions de ses adversaires, adversaires qui, pour faire oublier qu’ils sont dans le brouillard, tentent de s’agiter en tout sens.

Oui, il perdrait le fameux référendum révocatoire… mais serait réélu aussitôt après ! Exemple typique des limites d’un référendum !

 Le problème de LFI n’est pas seulement celui de LFI. Mélenchon a défendu l’idée, ni droite ni gauche, et face au bilan catastrophique d’un gouvernement de gauche, la stratégie a fonctionné, mais face à Macron il a tenté un retour vers l’union de la gauche dont cette fois il serait le chef. Ce faisant il perd l’appui de ceux pour qui le refus du ni droite ni gauche est permanent. Podemos se retrouve face au même problème.

Avec les gilets jaunes Mélenchon a mis entre parenthèses le retour vers l’union de la gauche mais cette valse hésitation induit des échecs.

 Que peut-on espérer pour demain ? Que les forces politiques tirent les leçons des secousses que traversent la France, pour élaborer une stratégie visant au-delà de la prochaine présidentielle, une stratégie alternative solide, capable de traverser les événements, pour s’inscrire durablement dans le paysage politique. J-P Damaggio