Tout mouvement phénoménal a sa propre histoire faite de mutations, de ruptures, d’avancées et de reculs. C’est en ce sens qu’il existe. En conséquence parler de gilets jaunes comme un mouvement en soi est une erreur qui renvoie plutôt à la question : de quels gilets jaunes parlez-vous ? De ceux de novembre, décembre, janvier, février etc.

J’ai déjà évoqué cette question suite au débat tenu à Montauban à partir de mon recensement des évènements de 2018.

Pour moi le premier tournant majeur je l’ai vécu à Montauban le 20 décembre au cours d’une assemblée où un jeune Caussadais a dit sa douleur suite à la perte de leur cabane, cabane construite avec l’aide des Montalbanais. Au même moment celle de Castelsarrasin était détruite avant même d’être construite.

Tous les ronds-points n’ont pas été «libérés» en décembre mais le tournant était en marche, je n’y reviens pas.

Depuis, toujours à partir du cas du Tarn-et-Garonne, nous avons assisté à une normalisation du mouvement. Elle est plus ou moins avancée suivant les lieux mais elle est en marche.

Elle est devenue évidente quand le mouvement a distingué les revendications et les moyens de les obtenir. Lister puis classifier les revendications sans lister puis classifier les moyens d’action conduit au découragement. Les revendications sont si nombreuses et les moyens si faibles…

Oui, le 5 février a été un nouveau tournant. Par des appels à la grève générale illimitée, des responsables des gilets jaunes ont atteint les limites de l’inconséquence. Qui pouvait croire à une grève générale et en plus illimitée ?

Pas moi en tout cas !

Cette normalisation est bien sûr le fait de la répression mais on ne pouvait pas attendre du pouvoir qu’il déroule le tapis rouge (ou jaune).

Voici les moyens actuels : la réunion, la manifestation de rue, le tout organisé par une poignée d’acteurs qui décident sans discussion. Rien de plus que ce qui est disponible traditionnellement.

Les services de Macron peuvent-ils se réjouir à la lecture de mon témoignage de plus en plus pessimiste ? Non car ils savent parfaitement (Macron l’a dit !) que le monde de demain ne sera plus seulement le monde des râleurs incapables de passer à l’acte, mais celui d’acteurs pour qui la dignité, c’est de passer à l’acte.

La lucidité à laquelle j’appelle toujours, n’est jamais considérée d’un bon œil pourtant c’est la valeur populaire la plus partagée même si les nombreux surendettements disent le contraire, sous pression de banques prêtent à tout pour égorger quiconque.

Les manifs du Tarn-et-Garonne de ce samedi me conduisent à ce constat. Il n’y avait pas cette fois la concurrence de la manif départementale de Caussade en conséquence la présence de 200 personnes, après la grève de mardi signe comme un échec. A Toulouse aussi la baisse est importante alors que la grève devait relancer la participation. D’autant qu’une première décision avait été de décentraliser la manifestation ce qui ne s’est pas fait.

L’idée de réaliser à Montauban une mise en théâtre des violences policières (reprise de l’exemple caussadais) ne pouvait rien apporter si ce n’est une mise au second plan des revendications. Mais je peux me tromper. JPD