La proclamation royale de l’abolition de l’esclavage a été décidée à Londres le 1er février 1835 après que les propriétaires d’esclaves aient faits des pieds et des mains pour retarder cette date.

Et croyez-vous que les dits propriétaires aient finalement été victimes de cette décision ?

Pas du tout, elle leur fut en réalité… une planche de salut !

D'un côté, ils perçurent de larges indemnités, de l'autre côté, ils obtinrent le maintien des esclaves libérés sur leurs terres, au moins quatre années. Bien employés par les plus avisés, cet argent et ce délai permirent la restructuration des flux de main-d'œuvre et la mise en place d'un système d'exploitation de la main-d'œuvre indienne qui ne fut pas un cadeau pour ces populations.

 Les Noirs vont alors fuir les plantations et les Indiens vont venir les remplacer. Cette amélioration de la condition des plus déshérités ne fut pas la fin de la suprématie des planteurs.

Contraints d'abandonner le système esclavagiste, « où tout travail de l'esclave revêt l'apparence de travail non- payé », les colons vont faire appel à un système qui reconnaît la forme salaire, la rétribution du travailleur libre, et qui laisse croire que tout travail est payé[1] en important massivement des travailleurs immigrés sous contrats de cinq ans. A Maurice, on a appelé cette nouvelle forme d'exploitation de la force de travail étrangère « l'engagisme ».

Ce passage de l'esclavage à l'engagisme, au coolie trade comme on dira plus loin, ne s'est pas produit sans tâtonnements. Tout d'abord, à quel réservoir de main- d'œuvre puiser ? Des missions sont dépêchées de part et d'autre de l'Océan Indien : en Afrique, en Indochine, en Malaisie et en Insulinde. Vers 1829, des contingents d'Asiatiques, notamment des coolies chinois[2], étaient apparus sur une ou deux plantations.

Mais c'est le sous-continent indien, administré comme l'île Maurice par les Britanniques, qui fut l'objet des convoitises des colons sucriers. A cause de la crise économique qui affamait ses populations, l'Inde est apparue propice à fournir, à brève échéance et pour un temps indéterminé, les cargaisons de coolies dont ils avaient un si pressant besoin pour la prospérité de l'industrie sucrière. C'est l'immigration indienne qui allait donner un nouvel et fantastique élan à cette industrie. L'utilisation de la main-d'œuvre indienne n'était pas tout à fait récente. Labourdonnais et ses successeurs avaient recruté, en Inde, tantôt des esclaves, tantôt des artisans engagés. Ces ponctions n'avaient pas eu le caractère massif que prit l'immigration au XIXe siècle.

Les colons de Bourbon, l'île-soeur, en butte aux mêmes difficultés, depuis l'arraisonnement systématique des navires négriers par les vaisseaux de l'amirauté britannique, avaient introduit, pour de courtes périodes, des artisans indiens sous contrat, en 1829. Un petit nombre de planteurs mauriciens entreprit, à son tour, d'emprunter la voie inaugurée par des Réunionnais. L'année 1834 vit les premiers «laboureurs» indiens débarquer à Port-Louis. Les déboires et les désillusions des premiers immigrants ne contribuèrent pas au ralentissement du flux. Les nombreux échecs essuyés, tant avec les coolies chinois qu'avec les premiers laboureurs indiens, qu'il avait fallu rapatrier, n'eurent de conséquence que sur la date de la proclamation de l'abolition, que le gouverneur Nicolay tardait à promulguer.

 

Bilan

Pour ma période 1835-1838 ce sont 124 177 indiens qui furent ramenés.

Le sommet sera atteint pour la période 1855-1859 : 112636 Indiens.

Au total pour la période 1835-1879 ce sont 411 896 personnes dont seulement 94485 femmes.

 

Pour une petite île comme l’île Maurice c’est énorme. J-P Damaggio



[1] Cf. K. MARX in Le Capital, livre 1er, tome 2, pp. 210-211 : « Dans le système esclavagiste la partie même de la journée où l'esclave ne fait que remplacer la valeur de ses subsistances, ou il travaille donc pour lui-même, ne semble être que du travail pour son propriétaire. Tout son travail revêt l'apparence de travail non payé. C'est l'inverse pour le travail salarié : même le surtravail ou travail non payé revêt l'apparence de travail payé. Là, le rapport de propriété dissimule le travail de l'esclave pour lui-même, ici le rapport monétaire dissimule le travail gratuit du salarié pour son capitaliste. »

[2] Les immigrés chinois se soulevèrent, brûlèrent plusieurs lle-ta¬res de canne et furent rapatriés.