Desmarais Damaggio

 

Desmarais-Damaggio en grande discussion philosophique à Montréal

(2008 photo MF Durand)

 A classer et déclasser des archives débordantes je tombe sur cette lettre sans date de Jacques Desmarais. Sous son regard lointain, ma vie défile. J’ajoute quelques notes pour s’y retrouver. J-P Damaggio

 Salut,

En Louisiane déjà, je te voyais classer méticuleusement les découpures de journaux (1).

Puis dans ton apart. de la rue de Pomponne, j'ai vu l'ampleur des dossiers que tu accumulais et qui seraient désormais encore mieux nourris par l'achat récent d'un photocopieur ! (2)

20 ans plus tard, avec un chapeau d'éditeur en plus, je ne sais trop comment tu fais pour faire vivre ces monstres de paquets de mots. (3)

J’en suis pour ma part seulement à tenter de rassembler dans les bonnes cases ma correspondance. Je n'ai pas l'ambition pour le moment de classer par ordre chronologique! Seulement de mettre Jean-Paul avec Damaggio, André avec Laberge, James avec Atkins, etc. (4)

C'est une telle richesse qui défile sous mes yeux et repasse pelle-mêle entre mes mains! C'est plus fourni jusqu'à 1999, soit jusqu'à l'arrivée du courriel à la maison. Quoique dans ton cas, c'est avec une régularité étonnante que me sont arrivées les publications diverses. (5)

Parfois, j'ai gardé les doubles de mes lettres ce qui me permet de suivre le fil. Mais ces lettres, les miennes, si elles me renseignent sur le contexte, elles renvoient une image de légèreté qui me déprime un peu à comparer aux trésors que j'ai entre les mains.

J'ai trouvé consolation dans une de tes lettres que je citerai de mémoire. Tu m'annonçais ton passage aux fonctions syndicales et tu disais avoir auparavant manqué de maturité à l'égard de toi-même et des autres, que cela t'avais pris 12 ans avant de comprendre ce qui te manquait; tu prévoyais devoir attendre un autre 12 ans pour saisir ce qui te chicotait au moment d'écrire. Du coup, tu serais rendu sur le bord de la retraite... (6)

Cette lettre, parmi des centaines, tu l'as sans doute oubliée et tu ne pourrais pas la ré-écrire aujourd'hui. Que je puisse te la remémorer en disant quelle m'aide à vivre aujourd'hui montre la profondeur de nos échanges, grâce à toi surtout. D'autant que je signale ici non pas un argument, mais plutôt une émotion personnelle livrée en toute amitié.

Il s'en trouve tout plein dans tes écrits et je sais que je ne t'ai pas assez dit merci pour cette longue et incomparable amitié. Jacques

Notes

1-L’action commune dans une école de Franklin, Louisiane, 1975-1976, pour y enseigner le français fut cause de notre rencontre. Je rangeais les coupures de journaux depuis déjà très longtemps.

2-Un jour Jacques frappa à ma porte à Montauban. Je ne savais pas qu’il était en route pour un voyage vers la France. Et ce photocopieur faisait suite à d’autres moyens de reproduction que j’ai acheté, comme une ronéo et un photocopieuse thermique. C’était juste avant que je n’achète l’ordinateur. Nous étions en 1985.

3-La lettre date donc de 2007 à la création des Editions La Brochure et à faire vivre des mots morts, je vais avoir du mal à faire vivre des mots édités.

4-Avec Marie-France nous avons eu le plaisir de rencontrer cet ami de toujours de Jacques, James Atkins qui en sa Gaspésie nous offrit un repas de roi.

5-L’arrivée du courriel, en même temps pour lui et pour moi, va en effet bouleverser les rapports humains en les noyant dans l’oublie permanent.

6-Etrange ce regard que je portais alors sur moi-même ! D’un côté douze ans de vie totalement célibataire, puis douze ans de vie qui en effet me conduisirent à la retraite et donc à la naissance des Editions La Brochure.

7-La découverte de Jacques puis du Québec en général m’a poussé vers des horizons toujours inachevés.