la violence

Au moment de l’affaire des cocktails molotov à Montauban (dont depuis nous n’avons jamais connu les suites pour les personnes arrêtées) j’ai déjà évoqué la question de la violence pour rappeler que je ne suis ni du côté de la violence en soi, ni du côté de la non violence en soi (une des fausses alternatives offertes par le pouvoir).

Un commentaire m’incite à revenir sur le sujet qui conduit à tant d’autres.

Le constat fait est juste : depuis des années les manifestations pacifiques sont sans suite, des défilés qui sont presque un exutoire. D’où ma critique des stratégies syndicales : les réformistes finissent par l’emporter car ils sont cohérentes, face aux révolutionnaires qui s’épuisent car les discours ne correspondent plus aux actes.

Ceci étant je ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. La France n’est pas un pays merveilleux mais dans le contexte mondial, ils sont des millions qui aimeraient avoir nos problèmes quotidiens, et de tels acquis ne sont pas les résultats de cadeaux d’un capitalisme éclairé, mais bien le résultat d’un rapport des forces où c’est vrai les syndicats se contentent de luttes défensives depuis les années 2000, mais sans ces luttes nous serions encore plus bas. Je ne pense donc pas que les milliers d’heures à se promener dans les rues ont été sans effets. La question est donc celle du rapport entre la revendication et l’action qui lui est liée.

Dans le cadre de ce rapport des forces si le combat des gilets jaunes ont démontré quelque chose c’est l’art de Castagnette dans sa manipulation de la violence, car il se sait aidé depuis des lustres par les médias. L’art de la provocation est devenu industriel ! Bien sûr il peut se révéler parfois contre-productif quand le provoqué devient un enragé. Mais nous sommes loin du compte.

J’ose donc écrire que les violences policières ne sont rien par rapport aux violences médiatiques. Pour tous les blessés du pays cela peut paraître une insulte sauf à bien se comprendre. Pourquoi les médias passent en boucle une poubelle qui brûle et jamais une foule qui défile ? Parce que cette poubelle qui brûle embarrasse le pouvoir plus que la foule qui défile ? Les médias deviendraient des agents de la révolution ? Je le sais, des gilets jaunes ont pensé que si Micron a reculé un temps, c’est par peur de la dite violence ! Franchement qui peut y croire ? Qui peut croire que des commandos bien entraînés peuvent prendre d’assaut le Palais d’hiver qui ici est celui de l’Elysée ?

A Castelsarrasin pour le premier blocage, il y a eu acte de violence quand les gilets jaunes ont rendu le péage gratuit, les forces de l’ordre n’osant pas intervenir. Par la suite, armées et protégées les forces de l’ordre ont maintenu l’ordre ambiant. Quand elles tenaient le péage, il fallait les affronter ? Autant je dis que dans le rapport de forces on peut bloquer une route, autant je dis que quand les CRS sont à l’œuvre inutile d’espérer faire mieux qu’eux, en termes de violence ! Le coup de génie d’Eric Drouet a été d’appeler à la prise des ronds-points, mais ce ne fut un coup de génie que parce que l’appel a été massivement entendu. Quand ensuite il a dit que, s’il était devant l’Elysée, il y entrait, là il a eu tout faux ! Aucun combat de rue ne permettra jamais d’entrer à l’Elysée ! Ou alors c’est méconnaître notre société ! Est-ce à dire que plus aucune victoire n’est possible ?

La question de la violence renvoie toujours à l’autre : mais qu’est-ce qu’on a gagné ? En 68 beaucoup ont cherché ce qui avait été gagné par les uns (les syndicats) et par les autres (les étudiants). Mais le bouleversement ne se mesure pas seulement dans le concret de l’instant. Les années 70 ont permis des victoires nombreuses qui ont conduit à la victoire de Mitterrand en 1981... au moment où la gauche ayant perdu l’élan de 68 se fit juste gestionnaire bienveillante de son héritage. Pour moi, l’histoire des gilets jaunes a bousculé la société en place et les pouvoirs peuvent continuer leurs mauvais coups, chez les fonctionnaires, dans les hôpitaux, à la poste, dans les entreprises, nous savons que des forces insoupçonnées peuvent jeter des grains de sable dans leurs machineries. Je n’ai pas aucun espoir démesuré vu la formule bien connue, pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté mais des milliers de gens savent que plus rien ne sera comme avant malgré les déceptions que je ne néglige pas. J-P Damaggio