Le hasard a fait que j’ai eu l’occasion autour des années 1983-1986 d’interroger beaucoup de membres du PCF du secteur de Saint-Antonin dont des amis de Laguépie. Tout a commencé quand je suis allé me faire couper les cheveux chez le coiffeur Grandit… Par ailleurs ce dernier m'a indiqué que Raymond Granier était unoriginal qui ne discutait avec personne mais j'ai tenté une rencontre et je suis devenu un admirateur de ce personnage qui m'a mis sur lapiste de l'usine à fer de Bruniquel, usine à fer qui m'a permis de rencontrer Diego Lara autre personnage merveilleux de la vallée de l'Aveyron.

 

Témoignage de Denis Rossignol et Vaisse de Laguépie sur la période 1934-1939

Il était trésorier de cellule et de section et les cotisations arrivaient de Caylus, St Antonin, Lexos-Verfeuil et Laguépie. Il conserve de l'époque (sa seule époque de militantisme) un souvenir de grand enthousiasme.

Pour préparer une réunion de cellule ça durait au moins un mois. Il fallait aller voir les uns et les autres sinon on n'avait personne. Pour lui la cellule n'existera vraiment que vers 1934 et c'est Matayron qui vient la fonder.

[Note 2019 : L’arrivée à Montauban du dentiste Pierre Couchet a relancé l’organisation communiste. Laguépie était fortement communiste mais sans organisation à proprement parler.]

 L’année suivante en 1935 ils ont présenté la liste Bloc Ouvrier et Paysan aux élections contre la liste du maire en place communiste jusqu’en 1931-32. Ils ont vendu 100 almanachs. Il y avait 7 Humanités lues à Laguépie et le journal Regards. Florimond Bonte est venu signer un livre. En même temps nous avons vendu les Cahiers du Bolchevisme. Nous étions accusés de tout. J'ai été accusé d'avoir volé des saucissons.

Il se souvient d’Aurin, Matayron, Pédurand et d'un autre qui habitait chemin quelque chose (peut-être Montsarrat). A Montauban il allait à des réunions dans un petit estaminet de Villebourbon.

Le cas Granier

Concernant l'affaire Granier/Mercadier [voir ci-dessous portrait de Granier] il dit que Granier était ric et rac et Mercadier plus coulant. La raison de la dispute serait une mauvaise conduite de Granier avec les femmes qui passaient au bureau. 

Il se souvient de la grève des travailleurs de l'adduction d'eau.

Sur la grève des travailleurs de la chaussure, il se souvient qu'elle a eu lieu chez Philippe. Pour boucher l'entrée de l'usine ils avaient mis des piquets de grève à chaque bout de la rue et ils défilèrent en ville avec le drapeau rouge. Mais ensuite ils ont dû aller pleurer chez le patron pour se faire réembaucher. La grève avait eu lieu sur un coup de tête et avait été mal préparée. Un des meneurs était un gars de la cellule : Marty.

Les fêtes

Il se souvient très bien de deux fêtes : Verdun et Ardus. A Verdun c'était si bien organisé et si agréable qu'il n'est revenu que vers 4 heures du matin. Il avait pour se déplacer une 5 chevaux dite une trèfle qu'il utilisait pour son métier. Une autre grande activité fut l'organisation du départ en train pour Decazeville où ils virent Thorez. A la Libération un militant de Laguépie a été à la fédé : Gaston Larroque.

Pour les campagnes électorales un de ceux qui l’a marqué, c'était Ulrich qui distribuait des billets de 100F pour avoir des votes mais il est mort l'année après dans une noyade à Royan.

 

Liste des membres de la cellule du PCF surtout à partir de 1934: (composée à partir de témoignages de Rossignol, Grandit et Prunet et qui permet de saisir une sociologie du PCF rural)

Granier Fernand : secrétaire (secrétaire de Mairie)

Rossignol Denis : trésorier (peintre et plâtrier)

Eché Gaston : retraité, révoqué de 1920 (la grève des cheminots Laguépie ayant sa gare)

Larroque Gaston : usine de chaussures (école du PC)

Larroque Iréné

Larroque Charles : charcutier

Robert Barbet : blessé du poumon

Grandit : cheminot sur la voie ferrée

Rey : garde champêtre

Couderc : sabotier (2 frères)

Roques : menuisier

Laubiès : boucher

Delmas : agriculteur à Lez

Coustières : agriculteur

Marty : ouvrier à l'usine de chaussure

Marty : mécanicien

Paul Dalet : manoeuvre

Dalet père

Segond Germain : sabotier

Cassagnol : mutilé

 Petite biographie de FERNAND GRANIER que j'ai réalisée au même moment.

(extrait du livre Le PCF dans la Résistance en TetG)

Né en 1893 à Mirandol (Tarn), Fernand GRANIER participa, comme marin, à la première guerre mondiale. Son bateau «Le Danton» ayant été torpillé, il s'accrocha à une bouée et attendit des heures avant d'être repêché ; ce long séjour dans une eau glacée explique les ennuis de santé dont il fut victime.

A partir de 1920, il participe à tous les combats du jeune Parti Communiste, dans lequel il prend peu à peu d'importantes responsabilités : en 1929, il est secrétaire du rayon du Tarn-et-Garonne ; il est également très souvent le porte-drapeau du Parti lors des élections : candidat aux élections cantonales en 1928 et 1937 à Saint-Antonin, candidat aux élections législatives en 1928, 1932 et 1936 à Montauban. Militant infatigable, il parcourt — malgré un état de santé déficient et son éloignement de Montauban — une bonne partie du département, contribuant efficace ment au développement de l'électorat communiste. En 1936, il obtiendra près de 8 % des voix, et sera l'un des artisans de la réalisation du Front Populaire .... C'est ce que les hommes de Vichy ne lui pardonneront pas.

Professionnellement, Fernand GRANIER est secrétaire de mairie à Laguépie, dont le maire, Léon MERCADIER est membre du Parti, et le restera jusqu'en 1931-1932. A cette époque, L. MERCADIER est en désaccord avec le Parti et sa tactique «classe contre classe». Les conditions de travail de F. GRANIER deviennent difficiles, surtout après les élections municipales de mai 1935 (où la liste de L. MERCADIER est élue contre une liste présentée par le Parti, et conduite par Gaston ÉCHÉ). Peut-être y eut-il d'autres raisons que des divergences politiques ; en tout cas, en 1936, Fernand GRANIER est licencié.

Il trouve un poste de secrétaire de mairie à Marsillargues (Hérault), jusqu'à la dissolution en 1940 de cette municipalité communiste. Il revient alors à Caylus, chez sa seconde épouse (la première, tuberculeuse, était décédée en 1931), et reprend contact avec les camarades, notamment avec Aimé DUROU (Septfonds) ; le fils de ce dernier, Jean, se souvient des endroits auxquels F. GRANIER apportait des tracts ... Afin d'élargir le combat, F. GRANIER décida de se rendre à Laguépie, et de renouer les liens avec les camarades de cette localité.

Dénoncé, il sera arrêté le 21 janvier 1941. Menottes aux poings, il quitte Caylus où il laisse sa femme et ses deux fillettes. Prisonnier politique, le voilà interné à Saint-Sulpice, puis déporté en Algérie (et notamment au camp de Bossuet). Après le débarquement allié en Algérie, il revient (janvier 1943) en liberté surveillée à Villefranche-de-Rouergue. Là, il connut les difficultés de nombreux communistes : trouver du travail pour vivre ; un garagiste sera son sauveur. Là, il continuera la lutte et sera membre du Comité Local de Libération.

En novembre 1946, sa santé ruinée par les épreuves subies, il décédait .... A 53 ans seulement, disparaissait ce rude combattant auquel les communistes de notre département doivent tant.

Cette courte biographie reprend un article publié dans le N° 144 des «Nouvelles du Tarn-et-Garonne» ; elle a été établie à partir des témoignages de sa veuve, de sa belle-sœur et de divers camarades et d'un entretien avec Raymond MATAYRON (également candidat communiste aux législatives de 1936) ; en tant que responsable syndicat CGT, il participa à une réunion à Laguépie au sujet du licenciement de F. GRANIER.

[Note 2019 : A rédiger cet article aujourd'hui il serait un peu différent. En particulier le PCF a indiqué à chaque fois que les arrestations du 21 janvier 1941 étaient le fruit de dénonciations or il n'y avait pas besoin de dénoncer des personnes connues comme communiste et vivant encore a grand jour. Ces arrestations sont enlien directeur avec la guerre que Hitler décide de faire à Staline.]

[Note 2019 : Après la Libération Laguépie aura un maire communiste dont le fils est aujourd'hui Conseiller Régional Front de Gauche, Serge Regourd, et dont je salue les analyses sur les gilets jaunes et son action en général.]

J-P Damaggio