Voici le témoignage de Jean Durou le charcutier de Septfonds dont le père fut un militant syndical et communiste de premier plan. J'ai beaucoup aimé cette rencontre qui a apporté uné clairage souvent inconnu de la vie sociale et politique du secteur à cette époque là.

Jean Durou  (enregistrement de Décembre 1984 surtout sur la résistance car en 1936 le fils Durou était jeune)

Comment le père est-il devenu communiste?

Avec des camarades venus de Paris comme Peyrières qui y avait participé à des manifs, à l'activité syndicale et qui venait avant 1920 du Parti Socialiste. Il s'est lancé à fond là-dedans. Il s'agit de Raymond Peyrières qui était plus militant que son frère Edouard. Il a fait une petite usine de béret avec sa femme ici à Septfonds. Il y avait aussi Maurice Gros qui était cordonnier.

Origine religieuse du père Durou?

Il n'était pas croyant pas plus que son grand-père paternel mais du côté de sa grand-mère maternelle ils étaient croyants. Il lisait beaucoup.

Les fêtes?

J'ai été avant guerre à la JC et il y avait des fêtes ici à Sepfonds et à Caussade. Je jouais du violon. On faisait des fêtes à Verdun sur les bords de la Garonne. On y jouait aussi et aussi à Ardus. C'était très agréable. A Caussade et ici c'était dans des salles. C'était plein. A Caussade c'était dans la salle du café des sports. Il y avait des choses magnifiques et c'était bien organisé. Tout le monde s'y mettait. Il y avait des femmes, des jeunes...

Les femmes participaient beaucoup à la politique?

Elles aidaient tout de même. Pour faire payer. Il y avait le foulard rouge, des réunions avec un monde fou car elles étaient contradictoires. Il y avait Aurin qui était venu et les militants qui passaient venaient toujours manger à la maison. On se déplaçait à pied ou en vélo quant à mon père je l'ai toujours vu avec une voiture. C'était pour le commerce.

La situation à Septfonds à ce moment là?

Avant la guerre avec les usines il y avait du monde partout et il fallait même un agent de ville. Il y avait du monde dans les magasins. Il y a eu une grève peut-être en 1920 et les meneurs ont été mis dehors. Ils utilisaient la violence pour se défendre.

Sur la langue d'Oc?

Dans les réunions ils parlaient français. Mais si quelqu'un posait une question en patois il répondait en patois. Dans les campagnes il y avait des petites réunions, et là c'était plutôt en patois. Ils se connaissaient. Mais en politique ils parlaient plutôt français. Tout le monde connaissait le patois mais pour parler politique c'était plutôt en français. Dans les réunions contradictoires parfois il y avait des bagarres en sortant. Une fois l'Action Française est venu faire une réunion et à la sortie on leur a pris les numéros du journal et on les a brûlés. Il y avait des républicains laïques avant tout et ils nous aidaient. Ils participaient à nos fêtes, à nos réunions.

Et les cordonniers pourquoi étaient-ils souvent des communistes? Est-ce que le magasin de Gros était lui aussi un lieu de débat continuel?

C'est exact je vois chez Maurice, moi même j'étais jeune encore, j'allais tous les jours le voir, histoire de parler, par forcément de politique mais pour parler. Il y avait tout le temps quelqu'un. Il y avait une ou deux chaises. On s'asseyait sur des cartons

Et là on parlait patois?

Là c'était beaucoup en patois. Il y en a qui aiment parler patois. Moi ça ne me déplait pas. Il y a davantage de sel dans les réflexions. Roland Delpech aime beaucoup parler patois. Il y était presque toujours chez Maurice. Quand il raconte quelque chose il vous fait crever de rire. Il s'est fait arrêter lui aussi en 1941 et a fait de la prison. Il partage encore nos idées. Il travaillait aux chapeaux.

(cet entretien a été enregistré, copie écrite a été envoyée à Durou qui a corrigé ce qu'il a voulu et qui a ainsi pu vérifier après coup ses dires et je n'ai que la partie qui n'est pas dans le sujet puisque l'entretien devait porter surtout sur la Résistance,)

A partir de ce témoignage et de la partie sur la Résistance j'avais rédigé cette petite biographie reprise sur le livre Le PCF dans la Résistance en Tarn-et-Garonne :

Aimé Durou

 Aimé Durou naquit en 1891 à Septfonds où il exerça – jusqu’à son arrestation en 1941 – le métier de charcutier. Dès la fin de la guerre de 14-18 il rallie les rangs du jeune parti communiste aux combats duquel il participe désormais sans interruption. Porte-drapeau du Parti lors des consultations électorales, A. DUROU le sera souvent. Dès 1925, il est candidat aux municipales de Septfonds (avec Emile HÉBRARD, Jean RIVIÈRE, Edouard PEYRIÈRES, Louis ESCROUZAILLES et Jean-Marie LINON) ; la conclusion de la profession de foi est claire : « Vive l'internationale ouvrière et paysanne ! Vive le drapeau rouge emblème du monde entier ! » ; elle fait suite cependant à des revendications précises : « ... Vote de crédits aux grévistes et non aux gendarmes... Une cantine à l'école laïque... Empierrement de tous les chemins ruraux... ». Mais il sera également candidat au Conseil Général à Caussade (en 1928 et 1934) et à Nègrepelisse (en 1937) et, en 1936, candidat aux législatives dans la circonscription de Castelsarrasin.

Outre le combat électoral, A. DUROU menait avec ses camarades (parmi lesquels Maurice GROS, Raymond et Edouard PEYRIÈRES ) la lutte pour le renforcement du parti : diffusion de la presse (la cellule diffusait en 1938 30 exemplaires de l'hebdomadaire fédéral «La Vague» ), organisation des fêtes : « On a eu des fêtes du Parti ou de la J. C. ici à Septfonds et à Caussade ... Je jouais du violon ... On faisait aussi des fêtes sur les bords de la Garonne à Verdun ... et aussi à Ardus. A Caussade et ici, c'était plein ... C'était bien organisé, tout le monde s'y mettait ... » se souvient Jean DUROU. Soutien aux ouvriers chapeliers de Septfonds et de Caussade et, à partir de 1934, le combat contre le fascisme... constitueront les principales activités des communistes de Septfonds.

Ils ne baisseront pas, et DUROU le premier, les bras lors de la déclaration de guerre et l'interdiction du Parti... Bien au contraire... Nous avons déjà évoqué le combat de l'époque, la solidarité avec les Espagnols et l'organisation de l'évasion en 1939 d'un certain nombre d'entre eux, la mise en place d'une organisation clandestine... Aimé DUROU en est la cheville ouvrière ...

Après l'arrestation de P. COUCHET, c'est A. DUROU qui est chargé d'assurer la responsabilité du parti dans le département. Une vie nouvelle commence pour lui. Toujours sur la brèche, il prend part à toutes les réunions et expéditions nocturnes clandestines. Il ne se sent jamais las ; il se trouve partout où sa compétence et son aide morale sont nécessaires. Mais les collaborateurs surveillent, épient, dénoncent... C'est la grande rafle de juin-juillet 1941 ; A. DUROU figure parmi les camarades victimes du coup de filet policier.

Arrêté le 23 juin 1941, il sera condamné en janvier 1942 à 15 ans de travaux forcés. Transféré de Beausoleil à la centrale d'Eysses, il y restera jusqu'en mai 1944. Paradoxalement, la vie à Eysses était, toutes proportions gardées, meilleure qu'à Beausoleil. Les prisonniers (on en comptait 1 200 ) s'y organisent pour défendre leur dignité. Un rescapé se souvient de DUROU : « ... Très bon camarade, à l'abord facile, aimant conter histoires drôles et mots poivrés, Aimé DUROU était, en outre, doté d'un assez remarquable organe vocal. Fin musicien possédant toute la gamme du répertoire classique, nous aimions beaucoup l'entendre «nous pousser» quelques grands airs, toujours forts appréciés de tous ...» (1). Avec ses camarades, Aimé DUROU participe le 19 février 1944 à la révolte d'Eysses (2) ; le 30 mai, il sera avec eux livré par Vichy aux Allemands. De Compiègne (où ils sont emprisonnés jusqu'au 17 juin, ce qui leur permet d'apprendre le débarquement en Normandie ), ils doivent repartir, pour les camps de la mort.

Aimé DUROU reste peut de temps à Dachau, il est dirigé fin 1944 vers Buchenwald ; Raymond PEYRIÈRES, lui aussi à Dachau, part pour Auschwitz : il n'en reviendra pas. DUROU réussit à survivre jusqu'à la Libération : «... Nous l'avions perdu de vue à la Libération et nous ignorions tout de lui lorsque nous le vîmes réapparaître début mai 1945, rare rescapé d'un convoi arrivant du grand camp proche de Weimar... », se souvient E. PARAVEL (1). Réapparition donc au camp de Dachau, libéré le 29 avril 1945 par les troupes américaines.

DUROU pouvait donc bénéficier des premiers matins de la Libération. Malheureusement, «... transformé en véritable squelette ambulant ... », il ne put supporter la nouvelle alimentation, trop riche en calories, trop importante... Ce ne sera pas le seul à décéder dans ces circonstances, ce sera, entre beaucoup d'autres le cas de Roger PÉDURAND, celui d'Ange HUC.

Aimé DUROU... Sa vie porte témoignage — comme celle de tous ses camarades, de tous nos camarades — du combat des communistes pour la liberté, la dignité humaine, pour une France indépendante et forte. Sa vie — comme celle de ses camarades — est une preuve ; preuve que -"homme a un avenir.

Notes :

1 : « De Beleyme à Dachau », par Edmond PARAVEL ; chez l'auteur, 3, rue Élysée Reclus, 24100 BERGERAC (livre que je possède)

2 : On se réfèrera notamment à l'ouvrage de Jean Guy MODIN, « Le Bataillon d’Eysses ». Amicale des Anciens d'Eysses 16, rue Leroux. 75116 PARIS. Selon le témoignage publié dans « La Voix du Midi » du 12 juin 1945 « il n'hésita pas à ouvrir le grand portail et à chanter « La Marseillaise » et « Le chant du :Départ » devant les G.M.R. qui tiraient sur eux pendant la sanglante répression commandée par Vichy » A. VAZZOLER