Sansal__Khadra__Nouvel_Observateur_7_mars_2019

 

le cadre algérien

Quelque chose a-t-il vraiment changé dans les médias français par rapport aux années 90 quand ils donnaient en priorité la parole aux variantes de l’islamisme algérien ? Ou alors est-ce parce que l’Algérie a changé ? Boulem Sansal le note, la France gouvernementale, toute tendance confondue, supposée être du côté des démocrates, a été du côté des dictateurs.

Et puisqu’il s’agit de deux écrivains comment ne pas être surpris que l’un d’eux soit un ex-officier de l’armée et l’autre un ex-haut-fonctionnaire ?

Par des chemins imprévus ils sont venus à l’écriture pour dire l’Algérie volée par le pouvoir de leur pays et aujourd’hui ils affichent leur joie et leur crainte.

Ils ne parlent pas de facebook car ils ne parlent pas du cœur des manifestations donc ils n’évaluent pas l’effet de cette «modernité». Daoud observe que le smartphone enjambe l’oral et l’écrit par l’image qui est supposée parler d’elle-même. Et la diffusion du premier film où la photo de Boutef a été descendue, comme à l’Est on a descendu les statues de Staline, a été décisive. Sauf que pour les statues de Staline c’étaient les chaînes d’infos ordinaires qui faisaient «le travail», alors qu’avec Facebook c’est le peuple en arme (téléphonique) qui impose ses images.

Comment tirer les leçons des précédentes révoltes facebook ? Dont celle de France ? Suffira-t-il de continuer à dire que les manifs finiront avec des fleurs ? Il est vital de suivre cette nouvelle vague de colère en saisissant à la fois ses spécificités considérables, et son inscription dans la globalisation. La place des écrivains me semble être une des spécificités majeures et qui tient aussi aux efforts des journalistes, depuis des décennies, pour maintenir une presse, certes sous contrôle, mais audacieuse en même temps. Et je pense à l'écrivain-artiste, marque authentique d'un humour algérien si puissant dans le mouvement actuel : Fellag. J-P Damaggio