J’ai déjà évoqué la question en particulier à partir de son livre sur Le crépuscule de la France d’en haut.

Je reviens aujourd’hui sur la question mais pour pointer cette fois une erreur du géographe.

Il explique à juste titre la déconnexion entre les classes populaires et le monde politique, syndical, médiatique d’où elles sont exclues puis il ajoute : «Ces occupations impressionnantes de terrain du cyberspace sont rarement suivies d’effet, mais elles attirent l’attention des médias. Sans surprise, les grandes villes gentrifiées fournissent l’essentiel des bataillons de cet activisme. » Il s’agit des activistes du clic ou du like qui se servent des pétitions sur change.org concernant la dénonciation de la loi El Khomri.

Il se trouve que ce peuple extérieur considéré comme extérieur à ce monde là a su l’utiliser pour conduire la révolte en suscitant effet – et là Guilluy a raison –l’intérêt des médias.

Il indique un peu plus loin p. 81 : « François Ruffin avait parfaitement compris la situation pendant le mouvement «Nuit Debout» : «L’enjeu, c’est que Nuit Debout sorte de l’entre-soi, que le succès d’une lutte repose sur la rencontre entre différentes classes sociales ». On ne pouvait mieux analyser ce mouvement essentiellement issu des catégories supérieures et intellectuelles, des étudiants, des intellos précaires et des catégories supérieures et intellectuelles blanches.»

Et il termine ainsi :

« Mais, si ma classe dominante n’a pas grand-chose à redouter des mouvements qui émergent des métropoles mondialisées, elle a tout à craindre d’une radicalisation de la France populaire et périphérique. »

Et il cite les bonnets rouges qui ont anticipés en partie les gilets jaunes.

 Le drame des gilets jaunes c’est que tout en appartenant à cette France périphérique, ils ont été conduits à utiliser Paris et les grandes métropoles comme lieux majeurs de leurs manifestations ! Succombant ainsi aux sirènes des médias que par ailleurs ils dénonçaient si fortement. Tout le monde a pu le vérifier, les médias ont raffolé des manifs parisiennes, les occupations des ronds-points devenant périphériques !

 Guilluy a pointé avec minutie l’existence de cette France périphérique tout en oubliant que comme le reste du pays elle pouvait vivre sous influence de la France métropolitaine dont le rejet n’était pas l’assurance d’échapper à son emprise idéologique !