Niedergang

CARTA_DE_ARGUEDAS_A_HUGO_BLANCO

 Lettre_présentée__par_Niedergang

LETTRE_DE_JOSE__MARIA_ARGUEDAS_A_HUGO_BLANCO

Arguedas

Il était une fois une histoire extraordinaire. Au cœur de la misère péruvienne quelques hommes se prenant pour la troupe de Fidel Castro prirent d’assaut la ville du Cuzco. Et déjà écrire Cusco ou Cuzco est le signe d’un engagement politique. C’était en 1962 et l’homme qui conduisait les paysans révoltés s’appelait Hugo Blanco et se prénommer Hugo était déjà le signe d’un engagement politique. Son rôle lui coûta une condamnation à mort transformée en 25 ans de prison

Au même moment, un écrivain péruvien, qui dans sa jeunesse fut aussi un prisonnier politique, se promenait dans les rues du Quartier Latin à Paris et découvrit la photo d’Hugo à côté de celle du Che et de Cienfuegos. José Maria Arguedas en sauta de joie. Contrairement à d’autres écrivains de son pays, il n’était là que de passage pour quelques jours.

De retour à Lima, sept ans après, sa jeune femme chilienne visitant des prisonniers politiques croisa Hugo Blanco. Elle en parla à son mari très ému et elle fit part de l’émotion en question à Hugo Blanco qui, par leur conversation, comprit qu’il pouvait écrire en quechua à Arguedas. L’écrivain en fut bouleversé : le quechua, la langue de son enfance, de son cœur, la langue tant chérie qui lui revenait ainsi comme un cri de révolte.

Cette immense joie ne pouvait cependant arrêter le révolver qu’il avait préparé pour le tourner contre lui, elle pouvait seule lui assurer une mort plus tranquille.

Le 26 novembre 1969 Arguedas meurt. Il avait auparavant demandé l’autorisation à Hugo de traduire les lettres pour les rendre publiques et le mois suivant, sur une revue d’Uruguay dirigée par Eduardo Galeano, la lettre donnée ici était au sommaire.

Le journaliste français du Monde Marcel Niedergang la présenta le 14 mars 1970. J’ai peut-être pu la lire à ce moment là car à l’Ecole Normale nous avions à disposition, tous les jours, Le Monde, Le Figaro et L’Humanité.

En fait je ne l’ai retrouvé que pendant les vacances de Pâques 1995 en arpentant les rues de Paris toute une journée. Je suis passé dans une librairie espagnole et j’ai trouvé le livre dont vous avez l’image. Un livre archive, un livre très cher, un livre dont je pensais que nous aurions un jour la traduction, un livre qui parmi les documents nombreux contenait la fameuse lettre.

En découvrant qu’un lecteur avait pris connaissance d’un clin d’œil déjà publié sur ce blog concernant Hugo Blanco, que ce clin d’œil était minime, j’ai décidé de me consacrer pendant trois jours à cette publication en trois étages.

D’abord l’original de la lettre qu’il m’a fallu recopier

La présentation qu’en fait Niedergang

Ma propre traduction car Niedergang n’a pris que quelques éléments qu’il a rendu plus « fluides » pour le lectorat du Monde. Je ne prétends en rien que ma traduction est meilleure (au contraire lisez plutôt le texte de Niedergang) mais c’est ma contribution à cet événement extraordinaire.

Aujourd’hui Hugo Blanco est devenu un vieux sage, la femme d’Arguedas qui a passé aussi un long temps en prison a bénéficié d’un film racontant sa vie et la révolution souhaitée par Arguedas attend toujours son heure. Mais son œuvre littéraire reste vivante même si l’œuvre ultime n’a jamais été traduite alors qu’elle aussi considérable que Cent ans de solitude. J-P Damaggio

P.S. Ce n'est pas la traductrice qui aurait manqué vu le travauil réalisé par Eve-Marie Fell pour présenter le livre-archive