Secrétan

Pour un tas de justes raisons, depuis des années Bernard Ouardes est habité par le fondateur de l’usine des métaux de Castelsarrasin. Une passion qui l’a conduit à accéder à des Archives familiales qui en l’occurrence permettent d’aller au-delà du personnage public pour pouvoir en brosser un portrait global.

Si le lien Castelsarrasin-Secrétan est très fort, la vie de l’industriel va beaucoup plus loin et au moins jusqu’à la statue de la Liberté. Sur ce seul thème, Secrétan-Bartholdi, Bernard Ouardes pourrait nous faire entrer au cœur de cette Troisième république naissante, en son aspect artistique et politique.

 Puisque le premier aspect traité par sa conférence à l’ASPC, le parcours industriel de l’homme, commençons par évoquer comment, Eugène Secrétan, parti de rien et devenu le Napoléon du cuivre (formule meilleure que de dire roi du cuivre). En fait l’aspect industriel croise son sens du commerce et l’histoire militaire. Après 1870 il était temps de moderniser l’armement français dans lequel le cuivre allait devenir la pièce maitresse et qui dit armement dit commandes publiques. Or, comme indiqué, nous sommes en République or l’industrie sidérurgique est historiquement entre les mains d’une part de la noblesse pour la France, et tout particulièrement entre les mains des Anglais pour le monde, donc la République va plutôt faire confiance à un enfant du peuple. Bernard Ouardes répètera à chaque instant le combat entre celui parti de rien, et ceux partis de tout. Pour mieux expliquer le final rocambolesque ?

En très peu d’années Secrétan va accéder au sommet de l’échelle sociale pour retomber à la case prison !

Mais voyons d’abord, après l’industriel, l’homme social, celui qui marie ses deux filles avec des personnages de haut rang (fils du président de la Cour des Comptes), achete des maisons colossales et surtout construit une collection de tableaux unique au monde dans l’univers des collections privées.

Bernard Ouardes a déjà évoqué au cours d’une conférence historique la vente de la collection Secrétan construite en seulement dix ans (1879-1889), mais sur la seule histoire de L’Angélus de Millet, il pourrait tenir un auditoire en haleine plusieurs heures Voir document :

Sur_la_vente_Secrétan

Pourquoi la vente d’une collection qu’il s’était promis d’offrir au Louvres ?

Dans sa guerre contre les Anglais Secrétan a découvert que quand il voulait acheter du cuivre, avec eux qui contrôlaient la matière première, le prix montait, montait, et dès que sa commande était achevée, le prix baissait, baissait. Si en matière de production il pouvait tout contrôler et obtenir des résultats très compétitifs, son point faible était donc l’approvisionnement qui allait se transformer en procès pour accaparement !

Encore un sujet qui mériterait à lui seul une conférence car là aussi, Bernard Ouardes a pu accéder à des documents de l’industriel, apportant un éclairage inédit sur les années de procès. En créant un syndicat du cuivre il avait voulu passer un accord avec ceux qui possédaient les mines pour se garantir sur trois ans, un cuivre à prix fixe et raisonnable. On pourrait imaginer les rapports avec par exemple la société chilienne. Mais il fut le bouc émissaire et l’instrument d’une vengeance sociale. Son séjour à la Santé fut cependant très bref.

Mais afin de garder le meilleur pour la fin d’une conférence qui passionna le public, il restait à présenter l’homme, le lutteur permanent, le père de famille, l’époux.

A Castelsarrasin comme ailleurs (sauf à Dive où voici peu Bernard Ouardes a présenté Secrétan), tout le monde n’est pas conscient de l’importance historique de ce monument unique que fut Secrétan. Il y a bien en ville une impasse Girardin mais pas d’impasse Secrétan or l’usine qu’il a fait construire sur la commune en un lieu trouvé intelligemment (le rail, le canal et la caserne proche) a donné son identité à la ville après 1875. J-P Damaggio