siné gilets jaunes

Par ce clin d’œil à Siné Mensuel, je me dis qu’en effet il ne serait pas inutile de reprendre les idioties évoquées autour des gilets jaunes. Un beau travail d’étudiant pour mettre en face des opposants aux fake news leurs nombreux bobards. J-P Damaggio

 Siné Mensuel n° 84 - mars 2019

À l'heure où l'on ne cesse de parler de fake news, force est de constater que les « fausses nouvelles » subissent la concurrence des inepties et contre-vérités proférées à longueur de journée tant par nos politiques que par les journalistes et autres éditorialistes, jamais avares dans ce domaine. Le mouvement des gilets jaunes semble les avoir survitaminés.

Dès le départ, il convenait de discréditer un mouvement social insoupçonné et insoupçonnable. Le 14 novembre, Emmanuel Macron ouvre le bal, en qualifiant ce mouvement de « poujadisme contemporain ». Trois jours plus tard, Bernard-Henri Lévy compare les gilets jaunes aux manifestants du 6 février 1934 marchant sur l'Assemblée nationale. «Depuis 1934, jamais une manifestation autre que des manifestations festives a été organisée sur ce site», déclare Christophe Castaner. Le ministre de l'Intérieur a sans doute oublié le million de personnes défilant le 30 mai 1968 sur la plus belle avenue du monde, en soutien à de Gaulle, et les centaines de milliers de manifestants de la Manif pour tous du 24 mars 2013.

Le 2 décembre, l'Arc de triomphe, saccagé, devint soudainement « symbole de la République » ! Un symbole national, on en convient, mais depuis quand ce monument, décidé par Napoléon et inauguré par Louis-Philippe, symbolise-t-il la République ?

Le mouvement des gilets jaunes s'est rapidement avéré une aubaine pour les chaînes d'information, l'occasion de mobiliser une ribambelle de spécialistes -ou prétendus tels. Sur LCI, Michel Wieviorka affirme au soir du 3 décembre que le nombre d'interpellés est inédit et qu'il n'y avait pas eu beaucoup de voitures brûlées en Mai 68. Au terme de cette troisième journée de mobilisation, la police avait procédé à l'interpellation de 412 personnes à Paris. Wieviorka a dû oublier que la police avait embarqué, le 3 mai 68, 574 étudiants. Quant aux voitures incendiées, on ne rappellera pas le bilan du « printemps des enragés » par indulgence.

PÉTAIN, LE RETOUR DU REFOULÉ

Le 7 janvier, Wieviorka assène, cette fois sur Canal+, que le A entouré d'un cercle est un symbole d'extrême droite. L'auteur de plusieurs ouvrages sur le Front national confond donc le symbole de l'anarchisme avec la croix celtique!

Invité sur France Inter, le 15 novembre, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux avait confondu Charles Maurras et Marc Bloch. Raillé, l'intéressé avait expliqué sur Twitter qu'il n'était «pas réveillé ». Curieuse défense. Le 5 janvier, dénonçant l'intrusion de gilets jaunes dans la cour de son ministère, Griveaux s'exclame : «Ils ont attaqué la maison France. «La maison France», une expression propre au maréchal Pétain et inusitée depuis la Révolution nationale.

Le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, s'est lui aussi risqué à la citation, le 30 janvier, lors des questions au gouvernement, mais en attribuant à Churchill, une phrase de... Coluche ! Décidément, convoquer l'histoire n'est jamais sans risques...

LAURENT CHOLLET

Siné Mensuel n° 84 - mars 2019