lettre noël arnaud

 

Franchement, je ne pensais plus avoir cette lettre de Noël Arnaud. C'est une réponse à une lettre où je lui demandais de corriger un article sur le typographe Lucien Carrio. Elle a quelques mérites en particulir au sujet du  livre sur Dotremont. On devine que l'écrivain est heureux d'habiter une résidence du nom de Diderot. J-P Damaggio

Cher Jean-Paul,

Me l'avais-tu dit ? Je n'en sais plus rien, mais assurément je ne m'attendais pas à ce que tu tires de notre rencontre chez Diderot, si brève (quoique des plus agréables) et si décousue quelque texte que ce soit qui ait un peu d'intérêt. Or les propos que tu me prêtes, ou que j'ai tenus mais que tu as su mettre admirablement en musique, sont tout à fait utiles en ce sens qu'ils rendent un hommage cent fois mérité et trop souvent négligé aux typographes en général et à ceux notamment qui ont œuvré dans la Résistance et qui prenaient, comme tu l'écris, "autant de risques que les auteurs", j'ajouterais "et peut-être davantage".

Je suis très content de tes citations du Matricule des Anges parce qu'elles nomment deux personnes que j'apprécie infiniment : Régine Detambel et François Caradec.

Au chapitre 2, j'ai coupé une des deux phrases concernant Pierre de Lescure. En effet, c'est avec Jean Lescure (d'ailleurs authentique résistant, mais gaulliste et antirévolutionnaire) et non Pierre de Lescure que la Main à Plume a eu des histoires.

Dernière page : Boris Vian, dans son recueil de poèmes a ouvert une rubrique : "Sansonnets", mais le recueil s'intitule Cent Sonnets et a été publié sous ce titre.

Oui, le livre de Jacques Bureau est stupéfiant. Au demeurant, il faut noter que la méfiance envers de Gaulle des services anglais commandés par le colonel Buckmaster était telle qu'ils ont plusieurs fois préféré aider des groupes de résistants d'extrême-gauche plutôt que des organisations de résistance gaulliste. Ceci, pour l'extrême-gauche, compensait au moins partiellement les réticences du B.C.R.A. dirigé par des réactionnaires fieffés comme le colonel Rémy à fournir les armes qu'il était censé distribuer.

La biographie de Christian Dotremont est à lire avec prudence : elle a été pratiquement dictée à la Belge (dont le nom m'échappe, son livre est resté à Penne) par le frère de Christian : Guy Dotremont qui est un cureton déchaîné voulant à tout prix réconcilier son frère défunt avec Dieu et tout le saint frusquin, en tout cas le réconcilier posthumement avec son père, journaliste et écrivain d'extrême-droite, Stanislas d'Otremont dont Christian s'était violemment séparé.

D'accord pour les trois autres parties de la Poche de Point Gauche. Quand tu voudras.
Mon bon souvenir à Marie-France et pour toi mes pensées les plus cordiales.

Noël Arnaud