Je reprends ce texte, Retour de la manif de Toulouse, par Josette Aliès-Gramond. JPD

j'ajoute le lien la plateforme gilets jaunes de toulouse

D’habitude, il me suffit de penser au titre, et, je sais comment je vais m’y prendre. Là, rien ! Ou trop ! J’hésite entre : Honte à Macron et Castaner, Je ne vis pas dans le même monde que vous, Elle est pas belle la vie, Je reviens dans 5 ans voir si vous êtes toujours là ou Macron/ Castaner : tolérance zéro ! Bon, au fond, je verrai après.

12h45

 Nous quittons le bar à jambon près des Carmes où nous avons mangé un délicieux sandwich de serrano et de manchego, pour nous diriger vers Jaurès, point de ralliement. Qu’est-ce qu’il y a comme terrasses pleines de gens qui déjeunent et nous regardent avec mépris quand on passe à deux avec nos gilets ! Moi, je pense que dans 5 ans, ils seront déclassés et que d’autres, moins nombreux, les regarderont, peut-être, passer avec mépris. Il y a déjà beaucoup de camions, CRS, police, mais on avance vers la place Wilson. On approche du Capitole, que nous n’avons pas l’intention de squatter ! Il y a un gilet jaune sur la place ! Toutes les rues sont bouchées par les camions, et leur contenu. Capitole.

On est arrêté direct par des CRS. On nous demande de ne plus bouger. Un type appelle un gradé :

-         « J’en ai 2 » !

Je retiens mon rire.

-         « vous êtes gilets jaunes ?»

Pas de réponse. Nous portons tous les deux notre gilet.

Au bout de quelques minutes, Ben ose :

-« on ne va pas au Capitole, on veut juste passer »

Je le trouve gentil, Ben.

Moi, je regarde les gens passer. Certains croisent mon regard et baissent les yeux, d’autres sourient, contents d’avoir une anecdote pour l’apéro de ce soir, la majorité est indifférente. Je pense que ces gens assistent à une intervention tout à fait arbitraire, et qu’ils ne s’arrêtent même pas pour être sûr qu’on ne va pas être interpelés. Ça me fait bizarre. Moi, je me serai arrêtée et j’aurais demandé ce qu’il se passait. Le gradé arrive. Un autre derrière lui, nous photographie. Je pense, et le droit à l’image, bafoué, lui-aussi ?

-         « Où allez-vous ? »

Pas de réponse. Ben finit par répéter qu’on va à Wilson. On entend les grenades assourdissantes. Quelques minutes de plus. Face à face silencieux, sauf les tirs de grenades assourdissantes. Les passants passent. Sur la place, l’homme en gilet jaune est toujours assis sur un plot et parle avec d’autres. Un mec de la BAC, probablement. Sinon, pourquoi est-il sur la place alors qu’ils sont des dizaines de CRS à moins de 20 mètres ?

Tout à coup, on entend radio-CRS : « tout est fermé. »

-         « C’est bon, dit le gradé, vous pouvez avancer.

Dépêchez-vous. Je pourrais vous verbaliser. »

Nous remontons une petite rue, je compte 9 camions de CRS. Une vingtaine de CRS sont hors des véhicules et discutent entre eux en nous regardant passer.

On voit Wilson.

On voit de la fumée noire. On entend des cris. On entend des tirs. Mais, on ne peut plus avancer. On est maintenant une grosse centaine de personnes « nassées ». On voit le cortège. Enfin, on voit un cortège, nous apprendrons plus tard qu’ils ont chargé dès midi vingt, pour séparer le cortège en plusieurs morceaux. Entre ce cortège et nous, plusieurs murs de tortues ninja.

On essaie d’avancer. Ça charge vers nous. Le cortège essaie de venir nous chercher. Ça charge vers eux. Au bout de quelques escarmouches, Ben et moi, tentons de contourner. D’autres aussi.

Chaque fois qu’on s’approche, on est bloqué et, avec nous une autre centaine de personnes, qui, soit étaient déjà là, soit arrivent, comme nous par la même rue ou par d’autres.

Nous décidons de revenir à la voiture et d’essayer de rentrer par Cafarelli.

Pour arriver à la voiture qui est à ST-Michel, nous trouverons un moment de répit dans un local où un copain est en train de se préparer à essayer de passer. Masque, coquille, sérum physiologique, numéro de la « legal team » qu’il s’écrit sur le bras, et, bien sûr, un peu de lecture.

J’en profite pour « rentrer » le numéro sur mon portable, idiote que je suis, je ne l’avais pas encore fait !

Nous avons repris la voiture.

Cafarelli : bloqué !

15 h

Arnaud-Bernard : bloqué ! Des gilets jaunes partout. On arrive à entrer dans un parking vers Arnaud Bernard. On rejoint les gilets jaunes sans cortège. On réussit à arriver rue Bayard. On doit être au moins 600 sans-cortège ! Toutes les issues sont encore bloquées. La grosse artillerie arrive pour nous empêcher d’avancer. Les sans-cortège, forment un trop gros cortège ! Combien de camions ? Beaucoup trop pour que je compte ! Le camion à eau doit faire demi-tour pour venir vers nous. Ça ne braque pas bien. Bon à savoir ! Il fait encore une manœuvre pour se positionner contre le cortège qui avance trop vers nous à son gré. Il tire.

-         « Ils ont mis les traçants » hurle quelqu’un près de moi.

On avance, le non-cortège grossit, grossit. On passe Jeanne d’arc ! On voit le cortège qui tient Jaurès ! Je me dis que cette fois, on va pouvoir passer. On ne pourra jamais traverser Jaurès pour rejoindre le cortège. Tirs de grenades, lacrymos, LBD ou grenades de désencerclement, je ne sais pas faire la différence au bruit.

Le cortège nous attend, avance pour essayer de nous faire une trouée, tout le monde ramasse ! Ça commence à bien piquer les yeux ! Les canons à eau se déchaînent sur le cortège : ils ne braquent pas assez bien pour faire demi-tour et nous charger. Par contre, il semble qu’ils puissent modifier l’orientation des jets ! Ça chante, ça crie, ça s’indigne, mais, surtout, ça court !

Au plus près, je serai à 20 m du cortège !

À ce jeu d’avancer/reculer, à un moment, le cortège avancera presque jusqu’à Jeanne d’Arc, pendant que nous, nous reculerons plus loin que Jeanne d’arc !

Je me retourne pour voir si les ninjas ne sont pas dans mon dos, et si je peux recommencer à avancer et… là, Oh merveille ! Un feu d’artifice est tiré. C’est trop beau cet arc-en-ciel. Ça fait nuage de paix dans la fumée des lacrymos ! C’est magique. Je me dis que c’est sûr, on va passer. Et, là, je vois Ben plié en deux, suffoquant. On sort du boulevard, et je découvre, qu’il y a beaucoup de gens qui reprennent leur souffle dans la ruelle. Une dame demande à Ben si elle peut faire quelque chose, je lui demande si elle sait où il y a une pharmacie, et elle nous dit qu’elle a du sérum phy ! Génial ! Ben est immédiatement soulagé, même si ces yeux restent injectés.

Il est 17h.15

On décide de lâcher. Ben n’est plus en état et ça ne servira à rien d’être des boulets. Retour silencieux et peu glorieux à la voiture. Méga coup de barre. Ben respire mieux et ses yeux sont encore rouges. Moi, j’ai plutôt la nausée. Nous n’avons pas pu manifester, mais, nous avons pu être gazés ! Je ne sais pas combien il y avait de personnes dans les cortèges de Toulouse, mais, si à chaque carrefour, ça s’est passé comme on l’a vécu entre Jeanne d’Arc et Jaurès, il y avait foule. Dans le tour que nous avons fait des tentatives d’entrée, il y avait au moins 4000 personnes empêchées de manifester aujourd’hui à Toulouse. Les lignes de métro et de bus étaient fermées, ça aussi ça a dû faire du monde empêché. Je n’ai vu personne agresser un uniforme, je n’ai vu personne jeter quoi que ce soit sur qui que ce soit, je n’ai vu personne casser quoi que ce soit. J’ai vu des fous armés charger, tirer, gazer, sans sommation pendant 3 heures.

En 65 ans, j’en ai fait des manifs, y compris à Toulouse, mais, jamais, je n’avais assisté à une telle violence de la part des « forces de l’ordre ».

Je sais que les « sans-cortège », nous avons bénéficié de la possibilité d’éviter les mouvements de foule, et, donc les matraquages. Si nous avions pu rejoindre un cortège, ma description serait sûrement différente. J’aurais vu les blessés. Là, je n’ai vu que les « médics » courir vers le cortège à chaque charge, et, il y en a eu beaucoup.

La police nous protège, ça crève les yeux !

Honte à Macron ! Honte à Castaner ! Collabos du libéralisme.