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Au fil des ans, la classe politique française a considéré que la gestion du pays n’était rien d’autre que la gestion d’une entreprise. Pas seulement la classe politique : au début des années 2000 une militante de la CFDT me disait que l’Education nationale avait besoin d’être gérée comme une entreprise !

Mais l’entreprise évoluait plus vite que la capacité de la classe politique à s’y adapter !

Aujourd’hui à l’heure de la start-up nation, Macron est devenu le plus achevé des chefs d’entreprise. On peut donc lui appliquer le livre prémonitoire de François Caradec, Monsieur Tristecon chef d’entreprise.

Il a été écrit en 1960 au moment où les hommes du pouvoir comme ceux qui le contestaient en étaient à la pratique et à la théorie du capitalisme monopoliste d’Etat, quand ce capitalisme touchait à sa fin comme le mouvement de mai 68 en apportera une belle démonstration.

Le livre a eu droit au prix de l’humour noir, grâce à un jury au sein duquel François Caradec le reconnaît, il avait «quels complices dépravés tels que Siné, Léo Malet, Anatole Jakovsky et naturellement, Blavier». Sans compter le complice Raymond Queneau. André Blavier n’était autre que son éditeur mais à ce moment là personne ne le savait.

C’était une époque où il était rigoureusement impossible d’imprimer le mot «con» sur une couverture de livre ou dans la presse donc pour annoncer l’obtention du prix de l’humour noir le Figaro a titré : Monsieur T. chef d’entreprise. Pas cal Pia célébra l’auteur en lui avouant avoir connu la famille de Tristecon ! Noël Arnaud lui demanda un exemplaire gratuit «que je ne pouvais refuser à un ancien camarade de commando» précise Caradec.

Je ne sais s’il s’agit d’un exemple vécu par le typographe François Caradec (il a fait tant d’autres choses) mais son Monsieur Tristecon est une des plus belles annonces de la macronie ! En ces temps présents où Internet redonne vie aux livres d’occasions, pour six francs trois sous vous pouvez obtenir quelques vestiges de ce roman qui avait été tiré à peu d’exemplaires. Vous le savez, on n’est pas prémonitoire sans risque ! J-P Damaggio