valls barcelone

Périco Légasse est à Marianne le plus souvent critique gastronomique mais petit à petit il a pris des fonctions de journaliste. Il en est d’ailleurs devenu un des rédacteurs en chef pour la rubrique savoir-vivre. Son article sur la Catalogne me semble être celle d’un grand connaisseur de l’histoire espagnole, dont son prénom témoigne ?

J-P Damaggio.

 

Pourquoi Manuels Valls va mordre la poussière

Marianne 17 mai 2019

En choisissant de se présenter à la mairie de Barcelone, l'ancien Premier ministre français a-t-il seulement compris où il avait posé ses valises ? A l'évidence, non. PAR PÉRICO LÉGASSE

Selon les dernières enquêtes d'opinion réalisées en vue des élections municipales du 26 mai, à Barcelone, la déconfiture de Manuel Valls risque d'être retentissante. Deux instituts de sondage, CIS et Gesop, dont les prévisions pour les législatives du 28 avril se sont révélées exactes, donnent Barcelona En Comu, la liste de la maire sortante, Ada Colau, leader de En Comu Podem (antenne catalane du Podemos de Pablo Iglesias), au coude à coude avec celle de l'indépendantiste radical Ernest Maragall, qui portera les couleurs d'ERC, arrivé en tête aux législatives en Catalogne.

En troisième position viendrait la liste du Parti socialiste de Catalogne (version locale du PSOE de Pedro Sanchez) et en quatrième, celle de Pdecat, parti indépendantiste libéral dont la figure de prou est l'ancien président de la generalitat, actuellement en exil en Belgique, Carles Puigdemont. Quant à la liste Barcelona pel Canvi (« Barcelone pour le changement »), filiale catalane de Ciudadanos, conduite par Manuel Valls, elle est créditée, au mieux, de 8 à 9 % des voix, bien en deçà des études d'opinion effectuées au moment où fut annoncée sa candidature à la mairie. Des résultats d'autant plus décevants pour l'ancien Premier ministre que les candidats de Ciudadanos ont dépassé les 11 % à Barcelone le 28 avril.

A la lecture des différents commentaires publiés dans la presse catalane, comme dans les médias madrilènes, il semble que le discours ultrajacobin de Manuel Valls, parfois véhément, souvent maladroit, à l'intention des électeurs anti-indépendantistes, n'a pas convaincu.

Erreurs d'appréciation

Interrogés sur le flop annoncé du politicien français, les sociologues catalans expliquent que Manuel Valls a commis une réelle erreur d'appréciation, quant aux nuances de l'identitarisme catalan, en ne comprenant pas que les opposants à l'indépendance restent néanmoins attachés à l'autonomie de la Catalogne. Ne pas vouloir faire sécession avec l'Espagne ne signifie aucunement, pour l'immense majorité des Catalans, y compris pour ceux nés hors sol, une soumission à l'Etat central ou un quelconque renoncement aux droits régionaux. Une chose est de vouloir disposer d'institutions autonomes confirmant le statut de la Catalogne, une autre est de rompre définitivement avec Madrid.

En fustigeant sans discernement le nationalisme catalan, présenté par lui comme une dérive populiste, xénophobe et séparatiste d'une partie de la société catalane, oubliant qu'il passe lui-même pour un Français venu donner un cours de démocratie à une population immature, l'ex-député de l'Essonne a froissé des susceptibilités, y compris dans son propre camp. Enfin, croyant faire acte de patriotisme espagnol en manifestant à Madrid, le 10 février, avec les leaders de la droite, aux côtés des militants de Vox, parti néofasciste qui vient de faire son apparition sur la scène électorale, Manuel Valls s'est quelque peu fourvoyé (un dérapage qui met la Macronie mal à l'aise alors que la liste En marche aux européennes pensait siéger avec Ciudadanos).

Son message a été brouillé par des déclarations brutales, formulées sur un ton évangélisateur et vengeur. Lorsque l'on a suivi un parcours sinueux et que l'on franchit les Pyrénées en claquant les portes d'une République qui vous a tout donné, il faut veiller à ne pas trop jouer les redresseurs de torts chez ceux qui vous accueillent sans trop poser de questions. Même si elle n'a que 42 ans, la démocratie catalane, dans sa diversité, sa complexité, et les épreuves qu'elle a pour l'heure dignement surmontées, n'a pas forcément de leçons à recevoir d'un galopin venu se refaire une santé politique aux frais de la princesse. Manuel a sans doute confondu fierté ibérique et arrogance gauloise.