langues à Maurice

Cet article se divise en trois parties qui s’imbriquent : le social, le kréol, le multilinguisme.

Avant le départ je me suis penché un peu, au vu des témoignages d’amis, sur l’anomalie linguiste de ce petit pays, au premier abord le contraire de la France et son unilinguisme politique.

Occitaniste depuis les années 70, j’ai, par ce moyen, appris à être sensible au rapport entre les patois et les langues, les occitanistes ayant conduit depuis le début du XXème siècle un lutte pour sortir l’occitan, du patois, et le conduite vers un statut de langue, au moment même où ce patois disparaissait socialement après des siècles de résistance. A Maurice le patois a un nom qui s’écrit officiellement depuis 2010 : le kréol.

Pour le moment je me contente de poser la question sociale car à mes yeux les questions sociales ne sont pas seulement celles liées au travail. Il n’y a d’écologie que sociale et il n’y a de féminisme que social. La langue est depuis toujours la première question sociale : dis-moi ce que tu parles et je te dirais qui tu es !

En France mes amis occitanistes peuvent trouver à Maurice la preuve que le multilinguisme est une richesse et que les autorités françaises ayant conduit une lutte contre les langues régionales ont fait fausse route. C’est oublier en route que la Révolution française en prônant le français comme langue de communication avait des buts sociaux, comme elle inventa à cette même fait, l’état civil, le système métrique, le découpage en départements etc. Sauf exception, ce sont les forces réactionnaires qui, souhaitant maintenir le peuple dans l’ignorance, ont plaidé la cause des parlers locaux, comme l’église a utilisé le latin !

A Maurice le multilinguisme est très beau mais n’a pas pour autant résolu la question sociale. Si vous parlez français et anglais en plus des autres langues (l’arabe, le chinois ; le kréol etc.) c’est la condition sine qua non pour appartenir à la classe supérieure et je n’entends pas par classe supérieure seulement celle qui gouverne : pour obtenir la licence de chauffeur de taxi il faut connaître le français et l’anglais. Si j’indique qu’encore en 1990, 20% de la population était analphabète ai-je besoin de préciser de qui il s’agit ? Parler du multilinguisme et ses beautés, dans l’absolu, c’’est rater une case.

Donc, seulement en 2010 le gouvernement a décidé que le kréol (et je vais y revenir dans l’article suivant) pouvait être enseigné à l’école. Si cette langue garde toute sa puissance, cela tient seulement au fait que le peuple a continué de la parler, un peu comme si au cours du XXème siècle en France le peuple avait continué à parler les langues diverses du pays. Car Maurice démontre donc une chose : ce n’est pas parce que l’anglais est langue officielle que l’anglais est devenu la langue de tous, sans doute parce que les autorités ont montré une tolérance linguistique qui les avantageait. En France, où encore en 1936 ma mère est entrée à l’école sans connaître un mot de français, le "patois" a pu survivre par le peuple, malgré des décennies de politique linguistique contre le peuple.

La gauche française a cru que la démocratie souhaitable passait par une forme unique, par un seul chemin sans école buissonière. Une erreur qui en a conditionné plusieurs autres. A suivre. JPD

Mes deux articles précédents sur le sujet.

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