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(ci-contre la carte de toutes les smart cities : on constate dans le sud-est la présence de celle de Mont Trésor Mon Désert déjà évoquée)

Il m’a fallu aller à Maurice pour découvrir, par la presse, les ravages des smart city ! J’étais passé il y a peu à Chartes sans remarquer les éléments de smart city mais à Maurice le principe est partout. Et en particulier dans la capitale.

Qu’est-ce qu’une smart city ? Voyons par l’exemple.

Port-Louis est la capitale de l’île car c’est là qu’a pu être installé l’indispensable port. Donc dès le départ, au XVIII ème siècle les institutions politiques y ont pris place. Avec l’ère du tourisme la ville a été disqualifiée. Tous les guides incitent à l’éviter sauf pour une journée de visite du marché, et au quartier chinois. Ils expliquent qu’après 17 h elle se vide, les habitants préférant s’installer du côté de Curepipe.

Depuis 2015 les autorités ont décidé d’en changer l’image avec un très vaste projet de smart city qui a commencé par l’aménagement du front de mer : le Caudan. Le lieu a été inauguré pendant notre séjour et nous avons en effet arpenté à pied la promenade en bord de mer avec restos, musées, magasins etc. bref un lieu moderne par excellence quand on sait que les rues piétonnes sont inexistantes à Maurice.

Après ce premier aménagement une autre étape est prévue qui suscite bien des colères. Derrière la maison du gouvernement il y a un Champ de mars qui est l’hippodrome le plus grand d’Afrique. Le lieu n’est pas seulement symbolique en tant qu’hippodrome mais en tant que lieu des grands rassemblements populaires comme celui qui fêta l’indépendance. Il s’agit de le déplacer vers le nord du pays afin d’y installer à la place une forme de Disneyland. Tout comme il s’agit de déplacer le Palais du gouvernement vers le centre du pays afin d’offrir largement la ville aux touristes.

A présent le Parti travailliste qui dans l’opposition s’oppose à ce projet pharaonique.

« Un colloque intitulé “Port-Louis, quel avenir ?” a été tenu hier par le Parti Travailliste (PTr) au Gymkhana, au Champ-de-Mars. Le leader des rouges, Navin Ramgoolam, a parlé de l’histoire de Port-Louis. Dès lors, Navin Ramgoolam s’est opposé au projet Heritage City, avant de déclarer que s’il revient au pouvoir, «Port-Louis demeurera la capitale administrative». D’autres intervenants, dont des Port-louisiens, ont dit «non» à la décentralisation de la ville. «Lorsque j’étais Premier ministre, a déclaré Navin Ramgoolam hier, j’avais mis un comité de préservation du patrimoine sous la houlette d’Alain Gordon-Gentil. Port-Louis loge notamment le musée de la photographie et des lieux de culte. Nou bizin preserv nou leritaz. LAsanble nasional pa kapav deloze; li bizin ress dan Port-Louis. Si deloz Parlman ek hipodrom, Port-Louis pou vinn enn lavil mor », est d’avis le leader du PTr. »

« Si on déloge le Parlement et l’hippodrome, Port-Louis peut devenir une ville morte.» Ce n’est pas là le meilleur argument car si ça entraîne la perte de 10 à 15 000 fonctionnaires on peut supposer que ça apportera autant d’employés de restaurants, d’hôtels et autres agents du tourisme. La vraie question est celle de la forme à donner au développement du tourisme car dans les faits les emplois perdus dans ce cas à Port-Louis se retrouveraient ailleurs.

D’autres posent la question financière : « Notons aussi que 52 milliards de roupies sont investies par les promoteurs et les étrangers pour les Smart Cities.» C’est en effet énorme au vu des problèmes sociaux par ailleurs.

Un smart city c’est donner aux riches pour leur procurer un bel environnement pendant que les pauvres regardent passer le train de la modernité. JP D.