Il n’y a jamais eu à ma connaissance de bilan partagé sur les effets d'une union de la gauche qui ne date pas d’hier. L’an 1936 est une des références (je laisse ici 1924) avec ce constat : les radicaux se sont servis de l’union de la gauche pour se remettre en selle (voir comment Blum a été débarqué). L’an 1981 est une autre référence et elle montre clairement comment Mitterrand s’en est servi pour remettre en selle « la troisième voie » à savoir l'alliance au centre. Jospin a été le plus honnête (avec pourtant une politique bien peu à gauche) ce qui ne lui a pas permis de rester en selle. Sauf qu’au-delà du monde électoral l’union de la gauche a permis des avancées sociales correspondant à une époque de l’histoire.

 Au cours des années 80, le clivage droite/gauche a été mis en cause par le FN d’abord, par Les Verts ensuite. Du côté du PCF, vu que le PS s’est à nouveau tourné vers le centre, il y a eu l’appel à l’union du peuple de France mais avec quelle traduction politique ? Il n’y a pas eu une élection sans qu’au second tour le PCF n’appelle à sauver le PS !

 Le FN a inventé un nouveau clivage : nationaliste/mondialiste.

Les Verts ont inventé un nouveau clivage : écolos / non écolos.

Le FN s’en est tenu a ses positions : pas d’alliances possibles.

Les Verts ont jonglé : un coup avec, un coup sans la gauche.

Pour le moment Jadot reprend le ni droite ni gauche.

 Bref, avec ces européennes, les trois premiers partis (RN, LREM, EELV) ont joué sur la corde ni droite ni gauche ! Preuve s’il en fallait une, que le clivage droite/gauche s’est perdu dans la nuit de l’histoire.

 Oui mais pour la gauche, quel autre clivage ? Pour France insoumise Mélenchon rappelle dans Libération le 23 avril : « Il y a trois piliers dans notre stratégie. Je l’ai décrit dès 2013, dans une interview croisée avec Ernesto Laclau, le penseur du populisme de gauche. Notre méthode reste la conflictualité. C’est elle qui crée de la conscience politique en déchirant le voile des prétendues évidences. Mais pour cela, on s’adresse d’abord à la raison, avec le programme. Ensuite, on convoque les sentiments. Il y a une affectivité spécifique à la famille politique humaniste. Nous cherchons à lui donner une forme politique, dans l’action. Et enfin, quand Marine Le Pen dit «vous êtes des Blancs chrétiens», je réponds «vous êtes des enfants des Lumières». »

Ces piliers ne disent pas où est le nouveau clivage sauf à entendre qu’il y a d’un côté le 1% de dominants et les autres que Podemos, France Insoumise ou d’autres peuvent capter. Podemos a martelé longtemps : « la caste et nous ». Sauf que ce clivage social ne fonctionne pas car il est faux et la distinction avec le FN encore moins, les Lumières ayant été contradictoires comme le rappelle de belle manière Michéa.

 Avec les Européennes, France insoumise a souhaité récupérer une championne dans la défense des animaux au moment même où ce courant présentait une liste. Tout comme EELV a récupéré et fait élire des membres de l’Alliance des écologistes indépendants qui brouillent les cartes sur ce même point. Parce qu’il y a des émotions autour de ce sujet ?

 Pour construire une stratégie d’émancipation, l’élection présidentielle a montré autour du vote Mélenchon (le vote LFI est autre chose), qu’une part du courant «union de la gauche» peut apporter sa contribution mais qu’il ne peut plus être une référence, même s’il pèse encore dans la société. Alors un populisme de gauche contre celui de droite ? C’est faire revenir par la fenêtre une gauche chassée par la porte ! Le clivage de l’insoumission face à la soumission me convient mais faut-il encore que l’insoumission appelée par la porte, ne soit pas chassée par la fenêtre, par son mode de fonctionnement ! J-P Damaggio