sarah soilihi

Parfois l’histoire se joue à Toulouse. Aux législatives de 2017 dans la deuxième circonscription de Toulouse s’est passé un phénomène inaperçu et pourtant décisif. Benoît Hamon le candidat du PS à la présidentielle a décidé d’accorder toute sa «confiance»... à Salah Amokrane candidat d’EELV alors que le sortant est un élu PS de grande notoriété : Gérard Bapt ! Dès ce moment là il devenait clair que Benoît Hamon n’allait pas faire de vieux os au PS. Mais pourquoi soutenir Salah Amokrane ? Car il était devenu un de ses conseillers pendant la campagne de l’élection présidentielle.

Voici les résultats : les deux qualifiés sont, J-L Lagleize (Modem) : 37,6% et Anne Stambach-Terrenois 15,4% (LFI). Le sortant Gérard Bapt PS est donc battu de 600 voix avec 14,3%. Salah Amokrane : 6%, le FN a fait 9,9% et le PCF 2%. Au second tour la candidat LFI a fait 44,5 %.

La candidat LFI est une militant du Parti de Gauche qui possède à Toulouse un groupe « condition animale » où elle est très active. Le 22 février 2017 elle a participé à un débat public en présence de Samuel Airaud pour L214 Ethique et Animaux, Gérard Charollois pour la Convention Vie et Nature, Douchka Markovic et Fabienne Roumet pour la commission condition animale d'EELV, Matthias De Lozzo et Héléna Besnard et Hélène Thouy pour Le Parti Animaliste.

Est-ce une telle activité qui lui a permis d’être au second tour ? J’en doute mais passons au cœur de mon sujet : pour LFI, vu sa structuration, les municipales vont être une épreuve plus difficile encore que les européennes. Sur ce plan l’échec du FN qui sera le même que pour le RN, est devenu si classique que le gain d’une ou deux villes suffira à surmonter l’épreuve, d’autant que les résultats du premier tour dans les grandes communes aidera à crier victoire. Pour le RN c’est une cause entendue, les municipales sont négligeables.

Pour LFI la situation sera totalement différente et le cas de Marseille va devenir emblématique comme le cas de différentes villes de Seine St Denis avec pour une part moindre, le cas de Paris qui en 2014 avait donné lieu à la première grande polémique entre le PCF et le Parti de Gauche. Pour aujourd’hui je me contente d’analyser le cas de Toulouse d’où le rappel en introduction.

En 2001, au soir du premier tour des municipales à Toulouse, Les Motivé-e-s ont créé une énorme et belle surprise qui par la suite sera effacée de l’histoire aussi vite qu’elle est apparue. Jospin était au pouvoir avec le PCF et un peu partout en France des listes citoyennes vont apparaître. Les Motivé-e-s de Toulouse vont même tenter de fédérer cette nouveauté. L’homme qui symbolisait la liste était Salah Amokrane et le succès tenait pour une part au lien établi avec le groupe de musique Zebda.

Après les municipales, sans être toulousain, j’ai participé trois ans à la vie des Motivé-e-s, et j’ai constaté ce que je constate pour LFI. Au départ il y avait trois tendances : une tendance union de la gauche, une tendance associative, une tendance antisystème. Au soir du premier tour, les tendances union de la gauche et associative ont emporté la majorité en faveur d’une union avec la liste socialiste (ou inversement la liste socialiste accepta une union avec Les Motivé-e-s car sans la tête de liste PS François Simon, l’union aurait été impossible). Les Motivé-e-s, ayant passé la barre des 10% des exprimés (12%), pouvaient, se maintenir au second tour mais assuraient alors la victoire de la droite. Finalement la droite a tout de même gagné.

Donc après les municipales, la tendance antisystème qui a considéré que l’union avec le PS étant une trahison, elle a quitté le navire (Patrick Mignard en fut une figure majeure), mais Les Motivé-e-s avec quatre élus municipaux possédaient une force de frappe concrète : local municipal, secrétaire payé par la mairie, et des élus rémunérés dont Salah Amokrane. Petit à petit le mouvement s’est mis à tourner à vide en se tournant pour une part du côté d’une union des «quartiers», et de l’autre en autocélébrant son originalité. L’épreuve qui allait mettre un terme à l'élan de 2001 a eu lieu en 2002 avec les élections présidentielles et législatives. D’un côté le courant associatif ne voyait pas d’avenir en dehors de Toulouse, et de l’autre, le courant union de la gauche voulait que Les Motivé-e-s fassent de la politique. Finalement, Salah Amokrane sera candidat aux élections législatives, sauf qu’avec un seul candidat Motivé-e-s nous étions face à un double danger : la personnalisation, et la réduction des courants à un seul.

Indirectement Les Motiv-é-e-s ont donné lieu à la naissance, au même phénomène régional pour les régionales de 2004 : l’Alternative en Midi-Pyrénées (AMP), mais ils refusèrent majoritairement d’y participer sauf qu'il y avait déjà très peu de monde !

A partir de là, Les Motivé-es c’était fini et alors, vive les «Indigènes de la République» ! En 2005, Salah Amokrane figure parmi les signataires, à titre de «soutiens», du manifeste «Nous sommes les Indigènes de la République !», acte de naissance médiatique d’un mouvement qui va s’incruster dans le paysage grâce aux médias, car je ne l’ai jamais vu organiser de grands rassemblements.

Par la suite, un des membres du groupe Zebda et des Motivé-e-s, Magyd Cherfi, a participé à la victoire du PS en 2007 et a été élu, mais sans renouveler cette expérience, et Salah Amokrane a continué son utile combat associatif tout en gravitant dans l’univers politique mais à titre individuel. Il est devenu logiquement un bras droit de Benoît Hamon dès la présidentielle puis à Génération.s, et on le retrouve à présent tout aussi logiquement signataire dans le camp de Clémentine Autain (dès 2014 ils ont signé ensemble des appels). Pourquoi logiquement : car sa ligne politique est celle de la complicité avec les «quartiers». J’appelle «quartier» cette idée qu’il existe une alliance possible avec des «identitaires» adeptes par exemple de réunions entre gens de la même «race». Il arriva à José Bové pour sa campagne des présidentielles de 2007 d'user aussi de ce mythe. Mais alors que vient faire Mélenchon dans cette galère ?

Un mouvement citoyen très fort peu émerger car il existe profondément dans la société, mais ensuite pour s’organiser il doit permettre l'affichage des divers courants qui peuvent et doivent cohabiter (sous peine de marginalisation voire d’effacement), comme Mélenchon a cohabité des années au sein du PS en pensant tirer à gauche cette machine. Si un courant se sent écarté ou s’il veut écarter les autres alors le fragile édifice s’effondre. Le FN qui m’a beaucoup appris a réussi à éviter cette épreuve car les différences ont été minimes par rapport à un socle commun clair : pas d’alliances avec personne.

 Mélenchon à Marseille a bien connu Sarah Soilihi devenue la n° 2 de liste Hamon aux Européennes où Salah Amokrane était le n° 5 et qui le 9 mai à Toulouse, avec Mouss et Hakim pour la partie musicale, ont animé une réunion où les «quartiers» étaient en bonne place. Aux législatives de 2017, la candidate LFI, Sarah Soilihi a obtenu 18,47 % des suffrages. Le FN a été en tête avec 30,84 %, suivi d'Alexandra Louis 24,89 %. Sarah Soilihi championne du monde kick boxing a débuté son engagement politique au PS en 2012. En 2015, elle a été porte-parole de la tête de liste aux régionales… Christophe Castaner puis est passé un temps à LFI et est donc à présent à Génération.s. Ainsi va la vie !

 Bref, quels types d’union pour des municipales à Marseille et Toulouse et avec qui comme tête de liste ? Dans les couloirs les négociations doivent être plutôt dures (ou rudes). Amokrane est le contraire de Mélenchon : il est né de la base et l’autre du sommet, mais quelle base et quel sommet aujourd'hui ?

J-P Damaggio