aline pailler

aline pailler an 2000

Comme elle le rappelle, Aline Pailler a été députée européenne sur une liste PCF de 1994 à 1999. Elle en tire ici le bilan critique dans cet article publiée par l’Humanité le 6 mars 2000 sous la forme d’une tribune libre suite à des sollicitations du journal pour un débat, dans le cadre du Congrès du PCF. Aline Pailler ne mâche pas ses mots et mettant ses paroles en accord avec ses actes, elle se retrouvera en 2001, dans le cadre des municipales, aux côtés de la LCR. Pourquoi pas avec la liste Motivé-e-s ? Comme le disait à l’époque la LCR, Les Motivé-e-s ça sera un feu de paille et la LCR a eu raison sauf que par la suite, celui qui est sur la photo aux côtés d’Aline Pailler, Frédéric Borras, quittera la LCR pour rejoindre le Front de Gauche et aujourd’hui LFI.

En 2017, Aline Pailler comme Frédéric Borras, votera Mélenchon et c’est encore l’Humanité qui lui donnera la parole pour s’en expliquer. Habituée de l’abstention révolutionnaire, elle fera une exception.

« La semaine dernière j'ai donc décidé de mettre un mouchoir sur l'agacement que m'inspire l'arrogance de certains militants de la France Insoumise (idolâtres et donneurs de leçons) et de voter, de voter Mélenchon. » texte entier : le_vote_d'aline_pailler_en_2017

En fait je cherchais la référence à un article sur les rapports entre Aline Pailler et les gilets jaunes où elle approuvait clairement les violences, mais je ne l’ai pas trouvé. Comme il arrive souvent, on cherche un truc et on en trouve un autre. J-P Damaggio

 L'Humanité

JE NE PERDS PAS ESPOIR ! PAR ALINE PAILLER (*)

Lundi, 6 Mars, 2000

Si j'apporte ma contribution à la réflexion sur le PCF, c'est que je considère, depuis de nombreuses années, que le PCF était et reste indispensable dans l'organisation politique actuelle de notre démocratie. C'est aussi la raison qui a présidé à mon engagement sur la liste des européennes en 1994. Je crois avoir rempli mon mandat européen avec la plus grande rigueur, en toute loyauté avec le parti qui m'avait fait confiance. Mais là où je souhaitais un dialogue avec la direction du Parti, je n'ai trouvé, au mieux, qu'une écoute polie, mais sans suite, au pire, une indifférence totale que j'ai eu la faiblesse de prendre pour de la liberté pendant quelques mois. Heureusement, il y avait et il y a toujours les innombrables débats avec les communistes partout en France et parfois plus loin ! La sanction est tombée lors de la constitution de la liste de 1999 pour me rappeler à la triste réalité des jeux de pouvoir et des préoccupations médiatiques pour faire croire à une modernité à peu de frais, si ce n'est justement au prix d'un résultat électoral désastreux. J'espère que l'on a au minimum compris avec cet échec " qu'il est plus facile de surprendre que de convaincre " (Albert Camus).

Le respect que j'ai pour les militants communistes présents sur les terrains de lutte, que ce soit le chômage, les sans-papiers, la paix, le sida..., me donne le devoir d'intervenir dans le débat. L'histoire du PCF n'appartient pas seulement à ses dirigeants, mais à tous les communistes et, avec eux, à tous ceux qui y ont mis l'espoir de voir changer le monde. Le PCF est aussi un patrimoine, au sens qu'il nous a largement formés (ou déformés), que l'on soit ou non communiste. Je ne peux non plus rester sourde aux menaces qui pèsent sur la démocratie, notamment le dégoût du politique largement exprimé par le taux d'abstention aux élections. Faire de la politique au sens premier, et non au sens électoraliste, est un devoir qui s'impose à tous les partis. Au nom de tout cela, je ne peux jouer le jeu politicien ou partisan qui consiste à penser nos déclarations ou nos actes en fonction des seuls enjeux électoraux. À ce titre, je suis totalement orpheline des partis de gauche lorsque je vois " l'entente cordiale " sur fond de consensus qui fait voter aux députés des textes ou des budgets au seul motif qu'il faudrait éviter le retour de la droite. C'est la réponse faite à une délégation de docteurs et de professeurs de médecine venue rencontrer le groupe communiste à l'Assemblée nationale pour les informer que voter le budget de la santé reviendrait, en quelques mois, à mettre la santé des Français en grand danger. Vaut-il mieux être " assassiné " par la gauche ou par la droite ? Est-ce là notre seul choix politique ?

D'autres questions tout aussi fondamentales remettent en question ce qui fait à mes yeux la différence entre la social-démocratie qui se contente de gérer au mieux le capitalisme, et un parti révolutionnaire : la directive électricité, le budget de la Sécurité sociale, les 35 heures, la loi Chevènement, la liste folle des privatisations... Comment se contenter d'abstentions, de propositions de lois cache-misère, là où il faudrait poser courageusement les problèmes, mener le débat et participer aux luttes pour un changement radial de société. Quelle est aujourd'hui la capacité, ou mieux, la volonté du PCF de mener ce travail avec ses propres forces et celles de l'extérieur ? Signer quelques pétitions ou organiser quelques rares manifestations est le degré zéro de l'intervention politique pour un parti qui a des députés, des sénateurs, des élus européens, des ministres ! Vous devez interpeller le gouvernement, poser les conditions claires et exigeantes de votre participation à ce gouvernement, proposer des voies à la transformation sociale et penser l'international autrement que comme des relations d'appareils ! Oui, le monde a changé, mais pas dans le sens du progrès : plus d'aliénation, plus de domination des pouvoirs économiques, moins d'épanouissement, et la libération des peuples renvoyée à l'utopie. De nouveaux rapports Nord-Sud et les luttes de classes n'ont jamais été aussi nécessaires et pertinents que dans ce monde mondialisé par l'économique et le financier. Ce n'est pas en jouant le consensus et en copiant les us et coutumes de la bourgeoisie, fût-elle socialiste, que l'on va motiver les citoyens à s'engager. Les sauteries dans les ministères, les bilans d'autosatisfaction et les louanges répétées du premier ministre, la défense des scandaleuses pratiques de certains personnages politiques ne peuvent passer pour de l'ouverture ou de la modernité.

En ce qui concerne la préparation du Congrès, il faut en finir avec l'hypocrisie de pratiques soi-disant démocratiques, alors qu'il ne s'agit que d'organiser le résultat que l'on désire, en caricaturant ou en minimisant les critiques, les remarques ou la contestation dans le Parti et au-delà, parmi les sympathisants. La crise qui a résulté de la cacophonie au moment de la guerre du Kosovo est en cela exemplaire. À quoi sert la diversité des partis si chacun peut défendre tout et son contraire, le " oui " et le " non " à Maastricht, l'OTAN au Kosovo et les négociations ? Si un parti s'enrichit des contradictions qui peuvent survenir, il a aussi la responsabilité de porter, d'initier des projets de société, de faire avancer la réflexion en profondeur et de grandir les luttes, à l'écoute et en constant débat avec ses militants et la société, mais pas seulement en additionnant les points de vue. Le risque à tout attendre du mouvement social ou de " la base ", que l'on euphémise en " les citoyens ", est d'instrumentaliser le mouvement social et de ne pas travailler les idées au plus haut niveau pour donner des chances à la contestation sociale de se prolonger en projet politique. Revendiquer le mouvement de novembre 1995 et participer à un gouvernement qui met en place ce que les composantes de la " majorité plurielle " refusaient à l'époque est pour le moins démobilisateur. Il en est de même lorsque le groupe communiste annonce qu'il votera la loi des 35 heures malgré ses insuffisances et ses dangers la veille d'une manifestation contre le chômage qui aurait pu être un point d'appui pour améliorer la loi de Martine Aubry !

Il semble malheureusement que la seule stratégie du PCF soit sa participation au gouvernement coûte que coûte. L'autre préoccupation est de " communiquer " avec des outils fort onéreux qui masquent, souvent bien mal, le manque de contenu et de bilan. Je pourrais dès aujourd'hui donner les grandes orientations de ce qui sortira du congrès tel qu'il est préparé : des dirigeants syndicaux et quelques personnalités du " mouvement social " à la tête de la nouvelle structure. On peut trouver les noms rien qu'à la lecture de l'Huma qui prépare et orchestre leur venue " providentielle ". On nous donnera quelques nouveautés avec une ouverture à des " non communistes ", qui pourtant ont leur carte en toute discrétion (voir la " double parité " de Bouge l'Europe !), on demandera à d'autres conseillers médiatiques de ne surtout pas la prendre, on préparera la reconversion de tel ministre et le tour sera joué. On obtiendra une direction d'élus et de notables toujours plus coupée des militants. Tout cela au profit d'une " force " nébuleuse, dont la diversité des membres avec leurs multiples engagements par ailleurs en fera un comité de soutien permanent bienveillant et peu impliqué dans la vie du Parti au quotidien. Je ne pense pas que ce genre de structure apporte beaucoup en termes de démocratie. Le divorce entre le Parti et la société a été reconnu par sa direction lorsqu'elle a décidé la double parité pour les européennes. Le constat était courageux et tragique, la réponse n'a pas été à la hauteur. Je ne perds jamais espoir : comme l'écrivait Gorki, " il vaut mieux attendre le meilleur de l'homme, en attendre le pire, c'est le pervertir ".

(*) Journaliste. Députée européenne de 1994 à 1999. Membre du Conseil économique et social.