Julliard

Sur Marianne je lis très rarement les éditos de Jacques Julliard mais avec un tel titre j’ai bien été obligé. «Les deux grands pôles de la vie politique sont l’ordre et le progrès, comme disait Auguste Compte, ou encore l’ordre et le mouvement, comme disait François Goguel. L’un et l’autre sont nécessaires. Il est bon qu’il y ait des conservateurs et qu’il y ait des progressistes. Refuser cette latéralisation c’est choisir la guerre civile. »

Jacques Julliard ne sait-il donc pas que depuis longtemps les partisans de l’ordre plaident pour le mouvement, le progrès et même la démocratie ?

Au début des années 80 je suis devenu un défenseur de Michel Clouscard car il m’a convaincu de sa juste remise en cause, en ses fondements, des deux grands pôles de la vie politique mondiale qu’étaient en effet la gauche et la droite.

JF Khan (2)

Le lecteur est en droit de me répondre que bien avant un écrivain sicilien avait compris l’importance de tout changer pour que rien ne change. A cause de cette maxime j’ai passé quatre ans à lire (parfois en italien) les auteurs siciliens (j’y reviendrai).

Par la suite j’ai mesuré que suivant la place occupée dans la lutte des classes la dite maxime avait plusieurs lectures (c’est le fondement de la littérature).

Dans le camp des exploités :

Pour les dogmatiques : « rien ne change » était la part majeure de la maxime, « tout changer » devenant anecdotique.

Inversement, pour la social-démocratie « tout changer » était l’essentiel et tant pis si au bout du compte « rien ne change ».

Pour les révolutionnaires et donc pour les dialecticiens si rien ne change c’est bien parce que tout change. Isoler un terme de l’autre c’est perdre de vue la machine même du capitalisme.

Dans le camp des exploiteurs on retrouve exactement les mêmes trois tendances :

Pour les conservateurs historiques il ne faut rien changer tout en acceptant du bout des lèvres les changements minimisés.

Pour les centristes de toujours tout changer est naturel et si au bour rien ne change ce n’est pas leur faute.

Pour la révolution conservatrice aux commandes du capitalisme depuis les années 80 ils savent très bien que pour que rien ne change il faut tout changer. Ils se désignent du terme de progressistes !

 Sauf que Michel Clouscard, tout en ayant démonté l’alliance objective entre droite et gauche n’a pas su trouver les deux pôles de remplacement. Il a plaidé à la fin de sa vie pour «une refondation progressiste». Emmanuel Macron s’en charge ! Pour ma part, je plaide pour le face à face soumis/insoumis qui ne date pas de la naissance de la France insoumise. Il m’arriva de travailler dès 1990 à la publication de ce livre : Mémoires d’un exilé espagnol insoumis (1931-1992).

En conclusion, pour reprendre les termes de Julliard sur « les grands pôles de la vie politique », si je les conteste je n’en considère pas moins que je me définis, membre de la gauche. Le positionnement personnel et le pôle global ne sont pas de même nature. Comme un végétarien membre de la communauté des mangeurs (où la aussi tout change pour que rien ne change). J-P Damaggio

(1) Le Guépard de Lampedusa n’a été publié qu’à titre posthume tellement le livre, devenu un chef d’œuvre de la littérature mondiale, était considéré comme ridicule. Il ne concernait pas la fin du capitalisme mais la fin de l’aristocratie sicilienne. La phrase historique est dans la bouche de Tancredi qui en jeune arriviste comprend ce qu’il a à gagner dans le basculement de la séculaire Sicile vers le changement.