La constitution de la Cinquième République a pour une part été copiée de celle de la Troisième et contre celle de la Quatrième. Cependant elle ne fut pas conçue d’un bloc puisque c’est seulement en 1962 que De Gaulle a introduit un des premiers changements majeurs, l’élection présidentielle au suffrage universel. Il y en a eu d’autres ensuite.

Cette élection présidentielle au suffrage universel a aussitôt subi les critiques de la gauche pendant que Mitterrand en faisait l’axe… de son avenir ! Pour le dire autrement, une part de la gauche a basé son succès possible sur un système qu’elle contestait fortement ! Voilà pourquoi Jospin a décidé d’en finir avec le septennat pour mettre ensuite les législatives à la remorque de la présidentielle.

 Il se trouve que loin de la classe politique, les citoyens ont tout de suite plébiscité cette élection. Par erreur ? Par passion pour la monarchie républicaine ? Poussé par les médias ?

 Il existe depuis toujours deux électorats : celui qui vote par conviction et celui qui vote pour le moins pire mais qui peut gagner. Pendant longtemps j’ai observé une plus forte participation au second tour… quand il n’y a plus que deux candidats seulement ! Je ne vais pas faire parler les abstentionnistes mais s’ils se mobilisent davantage pour une présidentielle, ça tient au fait, me semble-t-il, qu’ils savent que tout se joue là, et que les autres élections constituent seulement le décor.

Et sur ce point comme sur tant d’autres, l’année 1981 est devenue en France, une charnière.

1) L’abstention a évolué : elle a d’abord frappé la droite et encore plus l’extrême-droite, car il était entendu à gauche que le bulletin de vote, gagné justement par la gauche, était instrument de changement social, mais depuis que la gauche au pouvoir n’a pas répondu aux attentes, l’abstentionnisme est passé à gauche !

2) Le vote pour des idées a diminué au profit du vote pour le moins pire… dès le premier tour. Cet abstentionnisme diminue donc à gauche, seulement quand il y a espoir de basculement… d’où le score de Mélenchon en 2012 et en 2017, d’où aussi l’effondrement du PCF à partir du moment où après 1981 il a été perçu comme étant à la remorque du PS.

3) Le Pen a compris dès 1970 l'importance de la présidentielle sauf que pour l’électorat d’extrême-droite gagner ce n’est pas accéder aux commandes mais seulement peser sur les commandes ! Je rappelle que Le Pen a été candidat en 1974 quand il fallait seulement 100 signatures d’élus et, à cause de lui, pour 1981, la barrière a été mise à 500 signatures. Il a dû attendre 1988 pour y reprendre place.

4) Comme par ailleurs nous sommes passés à l’ère de la révolution conservatrice, la solidité des électorats s’est effondrée tout comme le rapport droite/gauche.

 En conclusion je considère qu’en se mobilisant plus fortement à la présidentielle l’électorat fait preuve d’une juste conscience des réalités mais que par contre, quand les candidats prétendent que leur score vaut approbation de leur programme, ils se trompent lourdement ! Leur score (bon ou mauvais) n’est que la matérialisation du système. Si le système est une enveloppe on ne peut y faire entrer que des résultats au format de l’enveloppe.

Avec une dernière observation : la forte participation vaut-elle approbation de la monarchie républicaine ? Non mais elle manifeste une claire conscience des enjeux politiques de l’heure. Et la démocratie participative et tous ses avatars n’y changeront rien. La monarchie du président reste minime par rapport à la monarchie des féodaux régionaux qui, pourtant, ne sont pas élus au suffrage universel direct !

Ceux qui proposent une 6ème république ne disent jamais s’ils veulent maintenir ou pas, l’élection du président au suffrage universel. Un système au cœur des républiques d’Amérique latine sans que jamais aucune gauche de ces pays n’ait souhaité le remettre en cause. Au contraire les gauches en question souhaitent des réélections infinies ! J-P Damaggio