Ted Margadant

Je découvre aujourd'hui ce compte-rendu du livre de Ted Margadant.

Je n'en partage pas le contenu que je commenterai plus tard.

Il a le mérite d'exister (je ne sais s'il existe d'autres présentations) et il apport donc ses lumières au débat. J-P Damaggio

 

Ted Margadant sur les Annales du Midi 1982

 Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 94, N°156, 1982. pp. 118-120;

Compte-rendu du livre Révoltes paysannes de 1851 Margadant (Ted. W.), French Peasants in Revolt. The Insurrection of 1851, Princeton University Press, Princeton, New Jersey, 1979.

 

L'auteur, né en 1941, est « Associate Professor of History » à l'Université de Californie Davis. Il fournit lui-même dans une longue introduction le résumé de son étude qui, à la lumière des travaux français ou anglo-saxons, veut mettre en relief l'entrée dramatique de dizaine de milliers de paysans dans un mouvement d'origine urbaine en faveur de la démocratie sociale. Il veut aussi voir des relations sans étude véritablement comparative entre les mouvements de juillet 1789, de décembre 1851 et de mai 1968 qui représenteraient tous une résistance à la répression gouvernementale. Après une brève analyse des principales caractéristiques de l'insurrection, l'auteur examine ses fondements économiques et sociaux. Il constate que les variations de la conjoncture économique ne sont étroitement en relations ni avec la répartition géographique ni avec la base sociale de l'insurrection de 1851. Des organisations politiques ont été les médiateurs indispensables entre les forces sociales et l'action politique. Deux autres chapitres analysent la crise politique qui explosa avec violence en décembre 1851 et présentent une thèse qui doit être maintenant acceptée définitivement : ce sont les sociétés secrètes «Montagnardes» d'origine urbaine qui ont formé les militants de la paysannerie qui a pris les armes en 1851. Les Montagnards ont réussi à transformer les électeurs républicains en conspirateurs. Les trois derniers chapitres examinent les violents chocs et les arrestations massives après le coup d'État. Le thème développé par l'auteur est celui de l'anachronisme des soulèvements paysans contre les troupes disciplinées de l'État. La conclusion est donc pessimiste : la conspiration et la révolte n'ont conduit les paysans qu'à une impasse et à la prison. Selon Ted. W. Margadant la police d'Etat de Napoléon fut construite sur la ruine du mouvement montagnard qui était, nous l'avons vu, à la base des révoltes de 1851.

La géographie des révoltes de 1851 était déjà connue; sur ce point l'ouvrage n'apporte que peu d'éléments nouveaux, mais il les présente dans un schéma d'ensemble permettant des comparaisons. L'analyse est poussée dans le détail pour certaines régions : l'arrondissement de Béziers (p. 9). Les tableaux généraux montrent qu'au total 21 600 « rebelles » participèrent au mouvement contre la troupe dans 230 communes. Au total il y eut dans leur rang 60 tués et environ 150 blessés, alors que les troupes perdirent 9 tués et 44 blessés.

Dans les conflits avec les gendarmes les chiffres furent respectivement de 3 et 10 pour les rebelles, de 7 et de 12 pour les gendarmes. Au total environ 80 tués. C'est relativement peu.

Nous avons particulièrement apprécié les pages denses de la conclusion (pp. 336-344) qui tentent une synthèse. Elles montrent le caractère ambigu de l'insurrection de décembre 1851 qui présente à la fois les traits modernes d'une organisation politique et ceux plus traditionnels d'une solidarité paysanne. « Le peuple en armes pour défendre la République était aussi des villageois en arme contre l'État». L'auteur affirme que la répression de 1851 mit fin à la longue histoire des soulèvements armés dans la France rurale. Parmi les pistes de recherche ouvertes par l'auteur on peut signaler l'influence des Montagnards et des sociétés secrètes qui avaient déjà joué un rôle important lors des élections du 13 mai 1849. De très judicieuses observations sur les « chambrées » et les « sociétés » viennent prolonger les observations de Maurice Agulhon. La bibliographie est abondante : elle recense surtout les dossiers des séries BB18 et BB30 des Archives nationales, ainsi que ceux des archives de la Guerre (Vincennes). Les dossiers des archives des Bouches-du-Rhône, du Gard, de l'Hérault, du Vaucluse, du Lot-et-Garonne ont été également exploitées. Pour les sources imprimées la présentation est un peu confuse : on trouve côte à côte des études générales et des articles ponctuels, des brochures de 1851-1852 et des thèses récentes. L'index est le bienvenu ; il recense aussi bien les thèmes que les noms de lieux et de personnes. Des cartes et des tableaux viennent aérer une présentation un peu compacte surtout au début de l'ouvrage. Nous formulerons des réserves sur certains titres de chapitres : la violence collective (chap. 11) et le triomphe de la contre-révolution (chap. 12). En comparaison des journées révolutionnaires parisiennes de la monarchie de Juillet, la violence rurale de 1851 semble en fait très limitée dans ses manifestations et ses conséquences. En outre, le terme de contre-révolution est plutôt associé dans la France du xixe siècle aux mouvements ultraroyalistes et légitimistes. Il est étonnant de le voir aussi s'appliquer à la politique du Prince Président qui reste pour la plus grande partie des Français un héritier des idées révolutionnaires et napoléoniennes. Enfin, habitué à des plans plus schématiques en deux ou trois parties, le lecteur français est un peu déconcerté par l'énumération de douze chapitres d'ailleurs très inégaux en volume. Malgré ces remarques qui restent à la surface, il faut reconnaître qu'il s'agit d'un livre qui vient se placer à côté des études de Frédéric A. De Luna, de Roger Price et de Peter H. Amann sur la IIe République. Il est à souhaiter qu'on puisse un jour le trouver en traduction française car il contient beaucoup d'informations et de jugements sur la France du milieu du XIXe siècle et plus spécialement sur la France méridionale. J.Cl. Drouin.

Accès gratuit au livre en anglais  : ICI