Dans l’affaire Malato apparaît Etienne Caussanel « fils d’un déporté du 2 décembre, républicain avancé mais nullement anarchiste employé à la Compagnie d’Orléans puis cordonnier sa femme étant femme de ménage chez Malato ». Etienne Caussanel est un fils de Louis dont le père s’est marié en 1862 à Paris.

 L'attentat de la rue de Rohan parfois appelé attentat du Louvre est un attentat anarchiste survenu le 31 mai 1905 à l'intersection de la rue de Rohan et de la rue de Rivoli à Paris qui visait le roi d'Espagne Alphonse XIII et le président Émile Loubet. Lors du passage du cortège du roi d'Espagne et du président français, une bombe est lancée par un anarchistes espagnol nommé Aviño par ailleurs connu sous le nom d'Alexandre Farras. Dix-sept spectateurs et spectatrices sont blessés et un cheval de l'escorte meurt des suites de ses blessures. Cinq anarchistes, Charles Malato, Pedro Vallina (es), Palacios, Harvey et Navarro, sont soupçonnés de l'attentat. Caussanel est dans le box des accusés pour avoir été intermédiaire dans le port de colis. Le 27 novembre 1905, Charles Malato et Pedro Vallina et Caussanel sont acquittés lors de leur procès.

Charles Malato, né le 3 juillet 1856 selon son acte de naissance était le fils d’un sicilien, ancien combattant de la révolution italienne de 1848 qui s’était réfugié en France dans la région de Toul (Meurthe-et-Moselle) où il avait épousé une Lorraine. Sa participation active à la Commune de Paris lui valut d’être condamné à la déportation en Nouvelle Calédonie où son fils, après avoir abandonné ses études de médecine, l’accompagna et où sa femme décéda.

 Voici  quelques échos de L'Humanité au sujet de l'attentat et du procès :

L’Humanité 5 juin 1905

Et l'après-midi, vers deux heures, il a recueilli les dépositions de Caussanel et de sa femme qui était occupée à des travaux de ménage chez Malato. Caussanel a déclaré qu'il avait reçu des correspondances destinées à Malato et provenant d'Espagne. Mais, a-t-il ajouté, je ne pouvais pas en être surpris autrement car je savais que Malato était en relations avec des Espagnols.

- Mais des colis provenant de Barcelone ?

-J'ai reçu d'abord un premier colis que j'ai apporté chez Malato et cela ne m'étonne point puisque je recevais des lettres venant d'Espagne. Lorsque j'eus remis ce colis à Malato, celui-ci me déclara qu'il désirait faire transporter ce paquet chez Vallina, rue Toullier. J'acceptai et comme Vallina était absent, je laissai le colis entre les mains de la concierge.

-Mais, demande le juge, êtes-vous sûr que ce paquet que vous avez été chargé de remettre à Vallina était bien celui que vous aviez reçu et porté chez Malato?

-Je l'ignore mais en tout cas, le colis que j'ai laissé rue Toullier était identique quant aux dimensions à celui que j'avais reçu.

Le 13 mai j'ai reçu un deuxième colis, plus volumineux que le précédent ; je suis allé le remettre à Malato qui ne m'a donné alors aucune instruction.

A la fin de son interrogatoire, Caussanel affirma au juge qu'il n'avait jamais reçu de journaliste ni fait aucune confidence. M. Leydet a entendu ensuite la femme de Caussanel. Il lui a demandé des renseignements sur les personnes qui rendaient visite à Malato.

-Je ne connais absolument aucune de ces personnes, a-t-elle répondu, et je n'avais pas de raison de me renseigner sur leur compte. Quant à Malato je ne puis avoir pour lui que des sentiments de profonde reconnaissance car il s'est montré très bon pour nous, notamment pendant la maladie de notre fils, qui était en traitement à l’hospice de Villejuif. Malato a toujours été très généreux et très doux pour nous tous

L'interrogatoire de Mme Caussanel a pris fin sur ces déclarations tout à l'éloge de l'écrivain.

 

L’Humanité 14 juillet 1905

Puis M. Leydet voulut faire dire à Malato que Caussanel avait des tendances anarchistes. Malato a répondu que Caussanel, fils d'une victime du 2 Décembre était un républicain enthousiaste mais qu'il était dérisoire de supposer que jamais il eût conçu la moindre idée anarchiste.

 

L’Humanité 29 novembre 1905

PROCUREUR-SCAPiN

Ce qui se passe dans cette affaire Malato, si trouble, si obscure par le rôle que la police française y a joué, devrait indigner toutes les consciences françaises qui ont quelque souci de la justice. D'abord, l'attitude de M. Bulot est scandaleuse. Certaines de ses apostrophes aux accusés sont abominables. Ses ironies ont quelque chose d'odieux. Nous connaissons des procureurs généraux féroces. Ceux-là révoltent moins que les procureurs plaisantins.

 Avant-hier, des agents de police furent pris en flagrant délit de mensonge. Le procureur général reprocha aux accusés de triompher trop facilement d'une «erreur ».Qu'est-ce que c'est que l'erreur d'un témoin à charge dans un procès capital comme celui-là, et que signifie ce grief contre les accusés, qui, triomphent avec trop d'éclat des mensonges où ils acculent la prévention ?

Hier ce fut pis encore, et M. Bulot dépassa les limites de l'invraisemblable. Il venait d'être établi par l'employé de la maison d'expédition de la maison Rosendo Soler, à Barcelone, expéditrice des deux colis reçus par Caussanel que, d'après le livre de la maison, le premier avait été expédié comme machine, le second comme pièces de machine. Sur les lettres d'expédition, les colis portaient Ferraille.

-Pourquoi ces changements d'indication ? interrogea Malato.

-Allez le demander à la maison d'expédition à Barcelone répondit M. Bulot.

En vérité, où M. Bulot a-t-il pris ces façons de narguer les accusés ? Depuis quand plaisante-t-on de la sorte des prévenus sous le coup d'une charge capitale ? Ce sont là procédés d'un autre temps et d'un autre pays. Est-ce que le ministre de la Justice va laisser se continuer ces indécences judiciaires et aggraver le cas où s'est mis l'accusation en recourant à de faux témoignages d'agents, par des facéties du goût de celle que je viens de rapporter ? Une affaire comme celle de Malato et de ses coaccusés ne comporte pas les basses ironies que M. Bulot-Scapin se permet. La Cour d'assises est un lieu sévère où la tenue est de rigueur. Il appartient au ministre de la Justice de rappeler à son procureur général qu'un procès criminel n'est pas une farce et de lui interdire de suppléer à l’absence de preuves par des plaisanteries cruelles à l'adresse des accusés. Gustave Rouanet