Ernest pignon Ernest 1

Par quelle porte Ernest Pignon Ernest est-il entré dans l’univers pasolinien ? La question devient d’autant plus importante quand l’affiche de l’expo d’Avignon reprend le dessin de Pasolini portant le corps de Pasolini. Au débat de la FNAC André Velter déclare au détour d’une phrase : « la force révolutionnaire du passé ». Il s’agit là, indique-t-il, d'une phrase de Pasolini et en effet une phrase cruciale.

Ernest Pignon Ernest n’utilise que le dessin en noir et blanc, une arme du passé quand règne l’image en couleur. Cette phrase « la force révolutionnaire du passé » est un pied de nez aussi bien à la gauche qu’à la droite.

La droite ne voyait dans le passé que des raisons d’être passéiste.

En conséquence, la gauche, (elle se place souvent comme une conséquence de la droite), ne voit dans l’avenir (le progrès) que la promesse du meilleur. Une division des rôles entre le passé et le futur que le capitalisme des années 60 a commencé à inverser ! Le capitalisme a cessé alors d’être un enfant du passé, de la tradition, de l’ordre, pour devenir une promesse d’avenir, de futurisme, de désordre de ce qu’il avait adoré auparavant.

détail pasolini

Et la gauche n’a pas saisi ce contre-pied que par contre Pasolini a observé, étudié, dénoncé de toute la force de son art. Non je ne vais pas enfermer Pasolini dans ce seul élément mais puisque telle fut la phrase prononcée, j’ai voulu apporter une part de mon approche.

En conséquence, la photo du détail du visage de Pasolini que j’ai pris dans l’expo, n’a en soi aucun intérêt. Dans Face aux murs René de Ceccaty insistera cependant sur ce dessin. Son texte est presque à la fin, un peu comme une conclusion qui revient cependant à Pierre Bergounioux et son changer le monde.

Dès le début du débat et encore à la fin c’est à un spectacle sur Pasolini qu’Ernest Pignon Ernest invite les participants à se rendre, un spectacle où René de Ceccaty apporte sa contribution. Je ne sais pourquoi je n’ai jamais été convaincu par son propos sur l’artiste. Puis-je l’être par son texte Une immortelle «autopietà» ? «Dès que j’ai commencé à écrire des textes critiques sur Pasolini, dès que j’ai commencé à le traduire en français, les images qu’Ernest Pignon Ernest lui a consacrées m’ont accompagné, si bien que son regard sur le poète a fini par s’identifier à la vision que j’avais de son visage, plus fidèle qu’une photographie.»

Le texte est beau, certes, mais sans pouvoir dire pourquoi, je reste sur ma faim. J-P Damaggio