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Au Festival d’Avignon nous sommes des habitués d’un lieu classique de la commedia delle’arte, la Cour du Barouf. Surprise cette année : le lieu est fermé. Nous apprendrons par la suite, grâce à la revue d’Utopia, que le lieu, propriété de l’évêché est occupé au bénéfice de familles de migrants par l’intermédiaire de l’association Rosmerta.

Voici la déclaration :

« Afin de palier aux carences des services de l'État en matière d'hébergement des réfugiés, l'association Rosmerta, composée de plusieurs centaines de citoyens bénévoles, occupe depuis fin décembre un bâtiment de 400 m2 pour y mettre à l'abri des mineurs isolés et des familles avec enfants en bas âge. Cette réquisition citoyenne d'une ancienne école en vente et inoccupée à l'année permet aux bénévoles de loger, nourrir, scolariser et soigner 42 personnes.

Aux services d'hébergement d'urgence saturés, Rosmerta propose une alternative citoyenne, solidaire, horizontale et humaine.

Le propriétaire des lieux est l'association diocésaine d'Avignon, représenté par l'archevêque Cattenoz. Après une première plainte pour mise en danger de la vie d'autrui et occupation illicite, entraînant des auditions policières de certains militants, l'archevêque a finalement saisi le Tribunal d'Instance en vue d'une procédure d'expulsion. Une nouvelle audience est prévue le 8 juillet. L'association Rosmerta est en train de réfléchir à des solutions en vue de pérenniser son action d'intérêt général au 7 rue Pasteur, notamment par le biais de l'achat du bâtiment.

Le bâtiment est donc vide tout au long de l'année, sauf en ce fameux mois de juillet où l'on ne retrouve plus un seul espace libre à Avignon. Ainsi, la cour était habituellement un lieu du Off. L'impossibilité de trouver un accord entre les différentes parties concernées fera que cette année le lieu ne sera pas un énième lieu de théâtre (et ne soyez pas inquiets, amateurs de commedia dell'arte vous pourrez retrouver les créations de la Cour du barouf dans d'autres lieux). Rosmerta fonctionne sur fonds propres, bien sûr elle ne paye pas - encore - ses loyers, mais chaque événement festif organisé lui permet de remplir les frigos, financer les scolarités et payer les fluides. Le bâtiment est ouvert aux avignonnais à l'année, en donnant accès à des locaux de réunion, où par exemple des ateliers de danse et de théâtre ont lieu, avec une réelle mixité.

Nous sommes nombreux à ressentir dans cette initiative le souffle d'air frais que cet espace de liberté et de solidarité offre à notre ville, et force est de constater six mois plus tard que les avignonnais se sont emparés du 7 rue Pasteur. Tout au long de l'année, il s'y passe de belles choses et il est à souhaiter que le diocèse et les pouvoirs publics en prennent enfin conscience.

Vous pouvez signifier votre attachement à cette action en signant l'appel du comité de soutien, que vous trouverez dans le hall du cinéma Utopia et sur place, au 7 rue Pasteur. Vous pouvez aussi aider financièrement l'association via la plateforme helloasso de Rosmerta ou remplir la petite cagnotte au cinéma La Manutention. »

 La version des Compagnies du Off qui se sont trouvées sans lieu n’est pas aussi simple que l’indique cette déclaration. D’ailleurs à lire ceci : (et ne soyez pas inquiets, amateurs de commedia dell'arte vous pourrez retrouver les créations de la Cour du barouf dans d'autres lieux), rien sur les murs des bâtiments de ce qui était la Cour du Barouf, n’indique les dits autres lieux !

 Voici la déclaration des survivants qui ont pu créer avec retard, La Cour des Platanes :

« Cher(e)s ami(e)s,

TOUT LE MONDE A DROIT A UN TOIT

Après 22 ans de bons et loyaux services, la Cour du Barouf n'ouvrira pas ses portes cette année au public. En effet, l'immeuble situé au 7 bis de la rue Pasteur a été squatté par les membres du Collectif Rosmerta, parmi lesquels se trouvent des intermittents du spectacle et la trésorière d'Avignon Festival & Compagnie, pour y héberger des familles de sans-papiers. Bref, 156 représentations sur 220 ont dû être supprimés, 3 compagnies ont dû annuler leur participation au Festival Off et des intermittents du spectacle vont perdre leur statut professionnel. C'est seulement grâce à la bienveillance du Père Krzysztof, officiant à la Paroisse d'Avignon Centre, que des emplois seront sauvés, que des compagnies pourront effectuer des représentations et c'est grâce au concours de la Mairie d'Avignon que des étudiants en Art Dramatique pourront continuer à effectuer leur parcours de formation professionnel en donnant des représentations sur l'Esplanade du Petit Palais. Oui, tout le monde a droit à un toit, les sans-papiers comme les intermittents du spectacle. Mais il ne faut pas que ce toit soit subtilisé par ruse par des travailleurs du spectacle vivant à d'autres travailleurs du spectacle vivant. Le théâtre et le Festival d'Avignon Off méritent mieux que ça.

Carlo Boso, directeur artistique de la Cour du Barouf »

 

D’un côté l’association Rosmerta qui bénéficie du soutien d’Utopia (la revue a été offerte sur les pare-brise des 1600 voitures du parking des Italiens) et de l’autre un modeste papier blanc accessible à la Cour des Platanes, le lieu nouveau qui n’apparait dans le catalogue du Festival off qu’à la fin en dehors de l’ordre alphabétique ! L’équilibre de l’information !

On apprend à la Cour des Platanes que le directeur de la Cour du Barouf (Alain Bertrand lié à Montauban me semble-t-il) a pu trouver un point de chute au Cinévox mais il y a eu 80 intermittents chassés du festival et les survivants de la commedia dell'arte auront eu beaucoup moins de spectateurs, n’étant pas repérables sur un lieu unique et classique.

 Je n’aurais pas écrit cet article si le journal du Vaucluse n’avait pas, en Une rappelé que les géants du Festival In avec Emmanuelle Béart en vedette n’étaient passés «discrètement» auprès des migrants. Je me réjouis qu’une association pallie les manques des autorités en offrant un toit à des migrants, que des puissants viennent saluer les faibles mais le résultat final ?

Normalement le 2 juillet un procès devait avoir lieu pour statuer sur le squat mais naturellement il a été renvoyé au 8 septembre. L’issue du procès ne fait aucun doute, le bâtiment va revenir aux propriétaires mais l’idée c’est de gagner du temps pour que l’hiver approchant les migrants ne puissent pas être délogés.

Pendant ce temps combien de SDF dorment dans les rues la nuit à Avignon ? Combien d’intermittents sans toit ? Je n’oppose pas les uns aux autres mais faute d’action globale, le squat en question laisse entendre que les migrants valent plus que les autres avec les conséquences que l’on sait. J-P Damaggio