Suite au message précédent, voici la réactoin rapide de Guillermo Almeyra, un chroniquer important du journal La Jornada et d'ailleurs qui n'est pas tendre.

Mélenchon au Mexique

Jean-Luc Mélenchon était à la gauche du Parti socialiste français simplement parce que le PS avait couru loin vers la droite et qu'il était social-libéral. Mélenchon est un social-démocrate modéré piqué par une tarentule nationaliste, ainsi que la "gauche radicale", à l'instar du communiste de droite grecque Tsipras ou de l'excommuniste espagnol Pablo Iglesias, apparus comme des révolutionnaires, c'est-à-dire par simple défaut.

Mélenchon n'est pas un fils intellectuel de Marx ou de Jean Jaurès mais, selon ses propres mots, de Rafael Correa, Cristina Fernández de Kirchner, Lula et Hugo Chávez, qu'il interprète à la lumière de Laclau-Mouffe, le couple de "théoriciens" de la disparition des classes et d’un "populisme" vague et paralysant qui a servi de base, par exemple, au kirchnerisme. Électoraliste et nationaliste, les travailleurs ne sont perçus que comme des électeurs possibles et ils mesurent les processus, en fonction des résultats aux élections. C'est pourquoi, pour lui, la gauche en France est réduite à seulement 3% du parti communiste, 0,5% du trotskisme et 9,5% [en fait 6,5%] qu'il a lui-même obtenus (voir l'interview publiée par La Jornada) et, pour avoir perdu ses espoirs "socialistes", il cherche au Mexique dans les idées AMLO un nouvel enthousiasme. Bien sûr, il ne sait pas ce qu'est le Mexique ni ce qu'est MORENA et pense que ce que AMLO a dit ou dit est de 24 carats, et coïncide avec la réalité, et maintient sans hésiter qu’AMLO a trouvé la bonne position contre Trump sans se rendre compte qu'il s'est jeté à terre, immédiatement après l'ordre d'arrêter le flux migratoire centraméricain et national.

AMLO, qui sait que Trump veut expulser quatre députés américains de parents étrangers, en violation de la Constitution américaine et de toutes les lois, prendra bien soin de recevoir Mélenchon afin de ne pas être accusé d'avoir demandé des conseils qui sentent le soufre et il le quittera la main tendue et sans son spectacle pour les Français de palais très épais.

Le gauche sans forme de MORENA obtiendra ce qui est à sa portée. Comme AMLO ignore ce que Mélenchon fait en France parce que son souci est mexicano-mexicain-tricolore, il croit aux critiques de la presse, il croit que le Français est très "radical" et il l'accueille à bras ouverts. Par exemple, Paco Ignacio Taibo II s'est empressé de le recevoir mais de critiquer Yeidckpol[1], la présidente de MORENA qui n'avait pas assisté à la réception mais se trompait quant à la véritable raison de cette violation de la courtoisie traditionnelle mexicaine: la femme d'affaires de droite n’a pas eu peur d'affronter le visiteur mais ne voulait simplement pas croiser un parti qui puisse contrôler un gouvernement, car elle ne fera rien pour organiser et renforcer une gauche intellectuelle qui la dérange.

En revanche, cette gauche qui reste dans un état encore gazeux n’a rien à apprendre des Tsipras, de Syrisa et autres Mélenchones, si respectueux des institutions de l’appareil de l’État, et si électoralistes.

Au contraire, il est urgent de faire le point sur l’évolution de Tsipras et de Syriza qui ont préparé la voie au retour des conservateurs, avec les popes et tout le reste, ou de Pablito «el churumbel» Iglesias, qui détruit Podemos ou des « progressistes » latino-américains, comme Cristina Fernández de Kirchner, candidate milliardaire à la vice-présidence argentine à la tête d'une vaste coalition de droite.



[1] Yeidckol Polevnsky est la dirigeante du parti MORENA qu’AMLO a fondé après avoir quitté le parti de gauche PRD.