Joseph_Pierre_Durand_de_Gros_et_le_félibrige

En 1878 il y a une fête à Montpellier en l’honneur de l’idée latine lancée par le Félibrige. En 2011 elle a fait l’objet d’une étude précieuse[1] mais sans y lire la moindre trace du compte-rendu qu’en a fait un certain Joseph-Pierre Durand de Gros pour ses amis de Rodez qui l’y avaient envoyé. Je me suis plongé dans ce texte uniquement à cause de cette particularité : l’auteur est le fils d’un condamné de 1851 et de ce fait il s’est exilé lui-même en Angleterre et ensuite aux USA.

Devenu un scientifique atypique, il se replie ensuite dans son cher Rouergue et là, surprise, il se lance dans des études philologiques. Il ne cache pas sa faible compétence puisqu’il est devenu un simple «laboureur». Sauf qu’il se passionne pour la question et sa participation à la Fête latine doit y être pour quelque chose. Il va publier des articles jusqu’à sa mort dans la Revue des langues romanes qui sont accessibles sur Gallica : Notes de philologie rouergate, ICI.

Son point de vue sur la Fête latine est totalement iconoclaste. Il n’est pas contre le Félibrige même s’il considère que ce mouvement s’est fourvoyé. Il pose des questions d’écriture de la langue mais derrière cette question il va au-delà des questions techniques pour poser des questions politiques au sens large. Et à partir de là il ne glorifie pas le monde latin (peu porté sur le travail à un moment où cette valeur est cruciale) même s’il veut le défendre !

Je n’appartiens pas au monde des érudits de l’occitanisme donc je ne sais si ce texte a fait l’objet d’une étude historique mais j’imagine cependant que Perbosc a dû s’y pencher dessus sérieusement. J-P Damaggio

 

Nécrologie de Joseph-Pierre Durand de Gros (sans nom d'auteur)

Joseph-Pierre Durand de Gros (1826-1900). In: Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 13, N°49, 1901. pp. 122-123

Le 17 novembre dernier, mourait, à l'âge de soixante-quatorze ans, dans son domaine d'Arsac, près Rodez, Joseph-Pierre plus connu sous le nom de Durand de Gros, et aussi sous le pseudonyme de Philips. Fils d'un agronome distingué, il naquit à Gros le 16 juin 1826 [commune d'Onet le Château], fit ses études au collège de Rodez et au collège Henri IV. A dix-huit ans, il publia les Principes de l'algèbre universelle et commença ses études médicales, que vinrent interrompre les politiques de événements politiqued de 1848 et de 1851. Adepte des théories de Fourier et partisan des idées républicaines, il dut, lors de l’arrestation de son père, au coup d'Etat de décembre, se réfugier à Londres, où il assista aux premières expériences de suggestion hypnotique récemment importées des Etats-Unis sous le nom d'électro-biologie. Il se fit l'apôtre de cette science nouvelle par des conférences qui eurent du retentissement, et d'où sortit d'abord le livre sur l’Electro-dynamisme vital (1855), puis, après son séjour à Philadelphie où il termina ses études médicales le Cours de Braidisme ou hypnotisme nerveux (1860). M. Durand s'y montrait le hardi précurseur des écoles de Nancy et de la Salpêtrière, et c'est ce que n'ont pas toujours proclamé assez haut ceux qui reproduisirent ses idées et traduisirent en expériences ses théories. Rentré en France en 1860, il publia sur la physiologie, la psychologie philosophique, la philosophie et la métaphysique des sciences une longue suite dont quelques-uns l'entraînèrent en de mémorables polémiques  et qui tous dénotent une singulière originalité d'esprit et une parfaite indépendance de caractère. Ces qualités se retrouvent dans ses travaux philologiques, les seuls que nous ayons le droit d'apprécier. Les principaux sont des Etudes de philologie et linguistique aveyronnaises (1879) et une série d'articles publiés de 1882 à 1889 dans la Revue des langues romanes et réunis cette année même en un volume (Notes de philologie rouergate). Nous venons de les relire, et nous sommes plus frappés des réelles qualités d'observation et de pénétration dont le docteur Durand de Gros y a fait preuve que des lacunes (peu surprenantes chez un autodidacte) de sa préparation philologique. Nous ne conseillons pas cette lecture aux débutants en philologie, elle pourrait faire naître beaucoup d'erreurs dans leur esprit ; mais ceux dont l'orthodoxie fondamentale est bien peuvent s'y risquer : ils y trouveront un passe-temps toujours agréable et plus d'une fois utile.

Notes de philologie rouergate : ICI



[1] L’idée latine du Félibrige : Enjeux, boires et déboires d’une politique étrangère régionaliste (1870-1890) Nicolas Berjoan ICI (N°42 Revue d’Histoire du XIXème siècle)